Allergie aux curares : les femmes paient le plus lourd tribut !

vendredi 1er juillet 2011 par Dr Alain Thillay9310 visites

Accueil du site > Allergènes > Médicaments > Allergie aux curares : les femmes paient le plus lourd tribut (...)

Allergie aux curares : les femmes paient le plus lourd tribut !

Allergie aux curares : les femmes paient le plus lourd tribut !

vendredi 1er juillet 2011, par Dr Alain Thillay

Anaphylaxie per-anesthésique en France : une étude nationale de 8 ans. : anesthesia in France : An 8-year national survey Paul Michel Mertes, François Alla, Philippe Tréchot, Yves Auroy, Eric Jougla, Groupe d’Etudes des Réactions Anaphylactoïdes Peranesthésiques

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - 19 April 2011 (10.1016/j.jaci.2011.03.003)

- Contexte :

  • Plus d’attention devrait être accordée aux rares effets indésirables mais graves comme l’anaphylaxie afin d’accroître la sécurité de l’anesthésie.

- Objectif :

  • Rendre compte des résultats d’une enquête de 8 ans concernant l’anaphylaxie survenant pendant l’anesthésie en France.

- Méthodes :

  • Les données des patients qui ont subi l’anaphylaxie entre le premier janvier 1997 et le 31 décembre 2004, ont été analysées.
  • Les incidences estimées ont été obtenues en combinant cette base de données avec les données du réseau de pharmacovigilance français à l’aide d’une méthode capture-recapture.
  • Le nombre de patients exposés aux agents a été obtenu à partir des données recueillies au cours de l’enquête nationale de pratique de l’anesthésie.

- Résultats :

  • Au total 2516 patients ont été inclus.
  • Le diagnostic d’une réaction à IgE a été établi dans 1816 cas (72,18%).
  • Les causes les plus fréquentes étaient :
    • les agents de blocage neuromusculaire (curares), n = 1067 soit 58,08% ;
    • le latex, n = 361 soit 19,65% ;
    • et les antibiotiques, n = 236 soit 12,85%.
  • La médiane de l’incidence annuelle par million de procédures était plus élevée pour les femmes 154,9 (5ème au 95ème percentile, de 117,2 à 193,1) que pour les hommes 55,4 (5ème au 95ème percentile, de 42,0 à 68,0).
  • Cela atteint 250,9 (5ème au 95ème percentile, de 189,8 à 312,9) pour les femmes dans le cas des réactions allergiques aux curares.
  • Chez les enfants, un diagnostic de réactions à IgE a été obtenu dans 122 cas (45,9%).
  • Les causes les plus fréquentes ont été :
    • le latex, n = 51 soit 41,8% ;
    • les curares, n = 39 soit 31,97% ;
    • et les antibiotiques, n = 11 soit 9,02%.
  • A l’encontre de la population adulte, pas de prédominance féminine observée.

- Conclusion :

  • L’incidence des réactions allergiques per-anesthésiques, estimée sur une base nationale, est plus élevée que dans les études antérieures.
  • Ces résultats doivent être pris en compte dans l’évaluation du rapport bénéfice-risque des différentes techniques d’anesthésie chez les individus.
  • L’incidence de réactions semblables selon le sexe avant l’adolescence suggère un rôle des hormones sexuelles dans l’augmentation de l’anaphylaxie chez les femmes.

Les réactions allergiques aux anesthésiques sont certes rares mais potentiellement graves pouvant mettre en jeu le pronostic vital. Cette étude épidémiologique française effectuée sur une durée de 8 ans cherche à mieux préciser l’incidence de ces réactions survenant pendant la procédure d’anesthésie et à la comparer aux études antérieures.

Sur le période de 8 ans, du premier janvier 1997 au 31 décembre 2004, 2516 patients ayant subi un accident lors d’une anesthésie ont été répertoriés, parmi lesquels 72,18% ont été authentifiés comme étant dû à une réaction allergique IgE dépendante.

Cela ferait en gros une moyenne annuelle de 227 cas d’allergies à IgE.

Il est sûr que cela représente vraiment peu comparativement au nombre d’actes d’anesthésie pratiqués chaque année en France.

Un article du Figaro du début 2011 rapporte le nombre de 8 millions d’actes d’anesthésie, tous types d’actes confondus, chaque année en France.

En 1999, une étude multicentrique publiée par Laxenaire et al. comptant 1648 patients mettait en évidence 692 réactions anaphylactiques vraies soit 42%, 611 réactions qualifiées d’anaphylactoïde et 345 dus à d’autres causes comme surdosage, réaction vagale, hyperréactivité bronchique…

Cette enquête s’étalait de juillet 1994 à décembre 1996 soit sur 30 mois, la moyenne annuelle serait donc là de 276 cas d’accidents allergiques vrais.

Sur ce point, somme toute, à bien considérer les différences méthodologiques, ces résultats restent dans la même fourchette.

Par contre, Laxenaire rapporte des réactions IgE dépendantes avérées que dans 42% des cas contre 72% dans celle-ci, les méthodologies diagnostiques s’améliorant, on peut penser que nous devenons plus performants pour prouver l’existence de ces réactions allergiques vraies.

Alors que les auteurs de la présente étude comparativement aux études nationales antérieures notent une augmentation des réactions anaphylactiques per-opératoires.

Pour Laxenaire, les agents responsables sont dans l’ordre : les curares à 61,6% des cas, le latex à 16,6% et enfin les antibiotiques à 8,3% ; s’agissant d’une étude de tous âges, les chiffres restent comparables.

En prenant à part les cas d’enfants, le latex est à la première place.

Pour ces accidents per-opératoires, cette étude montre, comme les autres, une prépondérance féminine tous particulièrement pour les curares.

D’ailleurs, le sexe féminin est le seul facteur de risque d’allergie per-anesthésique.
Cette étude pose la question habituelle du dépistage des allergies durant l’acte d’anesthésie.

Faut-il imposer un dépistage systématique d’allergie aux curares ?

Toutes les études s’accordent pour suggérer l’intérêt des tests cutanés aux curares pour le diagnostic rétrospectif d’un accident per-anesthésique pour lequel les myorelaxants sont suspectés.

Dans le cas de la prédictivité, ces mêmes experts confirment bien le fait de ne pas recommander les tests aux curares.