Allergie moléculaire et hyménoptères : c’est pas parce que c’est moderne que c’est mieux !

lundi 13 février 2012 par Dr Stéphane Guez579 visites

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Allergie moléculaire et hyménoptères : c’est pas parce que c’est moderne que c’est mieux !

Allergie moléculaire et hyménoptères : c’est pas parce que c’est moderne que c’est mieux !

lundi 13 février 2012, par Dr Stéphane Guez

Allergologie moléculaire appliquée à l’allergie aux vespidés : phospholipases et antigène 5s sont nécessaires pour distinguer une sensibilisation à Vespula ou Poliste. : R. I. Monsalve1,*, A. Vega2,†, L. Marqués3,†, A. Miranda4,†, J. Fernández5,†, V. Soriano5,†, S. Cruz6,†, C. Domínguez-Noche7,†, L. Sánchez-Morillas8,†, M. Armisen-Gil9,†, R. Guspí10,†, D. Barber1
Article first published online : 9 JAN 2012

DOI : 10.1111/j.1398-9995.2011.02781.x

dans Allergy

- Introduction :

  • La réactivité croisée entre espèces d’hyménoptères est variable selon les molécules allergisantes des venins.
  • La vraie source de sensibilisation doit cependant être établie pour assurer l’efficacité de l’immunothérapie au venin d’hyménoptère.

- Objectif de l’étude :

  • En région méditerranéenne, les espèces Polistes dominulus et Vespula sont toutes deux cliniquement pertinentes car elles y cohabitent
  • Un panel d’allergènes majeurs de venin de vespidés a été utilisé pour étudier si le dosage des IgEs peut permettre de distinguer la sensibilisation entre ces 2 espèces.

- Matériel et Méthodes :

  • 59 patients ayant des réactions allergiques aux piqures de vespidés et un dosage d’IgEs Cap et/ou des IDR positives au venin d’hyménoptère ont été étudiés.
  • Les IgE contre les recombinants et les composants naturels du venin de chaque espèce de guêpe ont été dosés selon la méthode ADVIA Centaur System.

- Résultats :
Les IgEs contre les antigènes 5 recombinants sont détectées chez 52% des patients testés (13/25)

  • La sensibilité augmente à 80% (20/25) lors de l’utilisation d’Ag5 s naturels et à 100% avec le panel complet d’allergènes naturels purifiés, car les IgEs sont positives :
    • soit pour Ag5s (Pol d 5/Ves v 5)
    • soit pour les phospholipases (Pol d 1/ Ves v 1) des 2 espèces de vespidés
    • soit pour l’ensemble des composants en même temps.
  • Dans 69% des cas, il est possible de définir la sensibilisation la plus probable vis-à-vis d’un insecte et pour les autres cas, une indication à une double désensibilisation n’est pas exclue.
  • La hyaluronidase de Vespula est démontrée comme n’ayant pas de valeur ajoutée pour la spécificité des dosages.

- Conclusion :

  • Les allergènes majeurs du venin de P dominulus et Vespula vulgaris, à savoir phospholipases et antigènes 5s sont nécessaires pour déterminer l’insecte impliqué chez les patients allergiques aux vespidés.

Les auteurs ont étudié l‘intérêt de l’allergologie moléculaire pour faire le diagnostic précis de l’espèce de guêpe impliquée chez des patients allergiques aux vespidés.

Les dosages d’IgEs contre Pol d1, Ves v 1, nPol d5, Ves v5 permettent dans 70% des cas, en association avec la clinique, de déterminer l’espèce sensibilisante.

Ce travail est intéressant et va certainement aider les cliniciens bien que l’interprétation des résultats faite par les auteurs puisse être discutée.

En effet, les auteurs annoncent un diagnostic possible entre sensibilisation à Vespula ou poliste chez 70% des patients.

Cependant, si on se réfère aux tableaux édités, l’interprétation est beaucoup plus délicate. Chez seulement environ 17% des patients peuvent être séparés clairement vespula ou poliste avec les dosages CAP vespula et poliste. Avec les dosages d’IgE contre les allergènes moléculaires, ce chiffre augmente, mais tout au plus à 30% si on retient comme critère une positivité nette pour les allergènes seulement d’une espèce vespula ou poliste avec négativité de l’autre.

Les auteurs ont interprété les tableaux différemment, en tenant compte du taux des IgE spécifiques : si un taux d’allergènes pour vespula est très élevé ils retiennent une sensibilisation probable pour vespula et pas pour poliste, même s’il existe également une positivité pour les allergènes de la poliste.

Cette interprétation est discutable d’autant que les auteurs démontrent dans ce même article, que selon le la nature de l’antigène 5s de la poliste, recombinant ou naturel, la sensibilité varie de façon considérable (presque négative pour le recombinant, élevé pour l’extrait naturel purifié).

Il n’est donc pas logique de considérer le taux des IgE spécifiques comme un critère de diagnostic, seul la positivité devrait être retenu d’autant qu’il n’y a pas de preuve clinique permettant d’affirmer le diagnostic retenu finalement par les auteurs.

Nous ne sommes donc pas convaincus par l’apport de l’allergologie moléculaire actuelle dans la différenciation entre sensibilisation aux différentes espèces de venin, ou du moins le diagnostic n’est fiable que tout au plus chez 30% des patients ayant une double sensibilisation vespula et poliste.