Urticaire chronique : l’arbre qui peut cacher la forêt !!

mardi 6 mars 2012 par Dr Stéphane Guez3999 visites

Accueil du site > Maladies > Urticaire > Urticaire chronique : l’arbre qui peut cacher la forêt !!

Urticaire chronique : l’arbre qui peut cacher la forêt !!

Urticaire chronique : l’arbre qui peut cacher la forêt !!

mardi 6 mars 2012, par Dr Stéphane Guez

Urticaire chronique et auto-immunité : association retrouvée dans une grande étude de population. : Ronit Confino-Cohen, Gabriel Chodick, Varda Shalev, Moshe Leshno, Oded Kimhi, Arnon Goldberg

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - 16 February 2012 (10.1016/j.jaci.2012.01.043)

- Introduction :

  • L’urticaire chronique (UC) est une affection commune qui dans de nombreux cas est considérée comme idiopathique.
  • Des preuves récentes montrent que dans un certain nombre de cas l’UC a une origine auto-immune.

- Objectif de l’étude :

  • Il a été de caractériser l’association entre UC, pathologie auto-immune, et présence de marqueurs sérologiques d’inflammation ou d’auto-immunité dans une grande population non sélectionnée.

- Matériel et Méthodes :

  • Les données de 12778 patients ayant un diagnostic d’UC porté par un allergologue ou une dermatologue, et collectées sur 17 ans au sein d’une grande organisation de santé en Israël ont été analysées.
  • Pour chaque patient, les auteurs ont recueilli des informations :
    • sur le diagnostic principal bien défini de la maladie auto-immune
    • et sur les marqueurs sérologiques liés auto-immuns et inflammatoires.
  • Des données similaires ont été recueillies au sein d’un groupe contrôle de 10714 patients qui ont consulté des dermatologues, des allergologues ou des médecins généralistes et qui n’avaient pas d’UC.

- Résultats :

  • Avoir une UC est associée à un risque accru d’hypothyroïdisme, d’hyperthyroïdisme et d’anticorps antithyroïdiens.
  • Les femmes ayant une UC ont une augmentation significative de l’incidence de la polyarthrite rhumatoïde, du Sd de Sjögren, de maladie coeliaque, de diabète sucré de type I et de lupus systémique, avec un diagnostic porté principalement 10 ans après celui d’UC.
  • Les marqueurs suivants : augmentation du volume plaquettaire, facteur rhumatoïde positif, anticorps antinucléaires positifs, ont tous une prévalence significativement plus importante chez les patients ayant une UC.

- Conclusion :

  • Une forte association a été trouvée entre UC et affection auto-immune.
  • Un facteur pathogénique commun est impliqué dans la forte prévalence des auto-anticorps, et l’existence d’un processus inflammatoire chronique est traduite par une augmentation du volume plaquettaire moyen.
  • Ces données ont des implications pour le diagnostic, la prise en charge et le pronostic des patients ayant une UC.

Dans ce travail portant sur l’analyse d’une très grande population de patients ayant une UC, les auteurs démontrent qu’il existe un lien statistique fort avec le risque d’association à une pathologie auto-immune précise.

Une positivité des marqueurs auto-immuns ou d’inflammation chronique permet de repérer ces UC particulières.

Cette étude Israélienne est très intéressante car portant sur un très grand nombre de patients alors que la plupart des travaux publiés ne portent que sur de faibles populations de patients le plus souvent sélectionnés et ayant une UC.

Depuis longtemps, on sait qu’il y a une association possible avec une maladie auto-immune, et sa recherche fait partie de l’exploration classique des allergologues qui ont toujours peur de « passer » à coté d’un tel diagnostic.

La donnée qui nous semble la plus intéressante est la notion du diagnostic auto-immun porté en moyenne 10 ans après le diagnostic d’UC. Cela signifie que ce premier symptôme ne peut être relié à la maladie sous jacente qu’après un certain temps. Il faut donc un suivi rigoureux de ces patients ayant une UC, probablement en faisant régulièrement un bilan inflammatoire et auto-immun en plus de l’évaluation clinique, pour mettre en évidence cette association à une affection auto-immune le plus précocement possible.

Enfin, le volume plaquettaire moyen qui n’est pas un marqueur bien connu, semble cependant être très sensible dans ce travail pour dépister une inflammation chronique sous jacente.