Faites gaffe les animaux à poils : les puces à IgE s’attaquent à vous !

mercredi 9 mai 2012 par Dr Philippe Carré410 visites

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Faites gaffe les animaux à poils : les puces à IgE s’attaquent à vous !

Faites gaffe les animaux à poils : les puces à IgE s’attaquent à vous !

mercredi 9 mai 2012, par Dr Philippe Carré

Les anticorps de type IgE à la lipocaline d’origine animale, la kallicréine et la sécrétoglobine sont des marqueurs de l’inflammation bronchique dans l’asthme sévère de l’enfance. : Nordlund B, Konradsen JR, Kull I, Borres MP, Önell A, Hedlin G, Grönlund H.

IgE antibodies to animal-derived lipocalin, kallikrein and secretoglobin are markers of bronchial inflammation in severe childhood asthma.

dans Allergy 2012 ; 67 : 661–669

- Contexte :

  • Le diagnostic d’allergie basé sur l’analyse des composants allergéniques permet de détecter les composants ayant une réactivité croisée ou étant spécifiques des allergènes
  • Cette étude analyse les profils d’IgE à des composants allergéniques uniques, en relation avec l’inflammation bronchique dans l’asthme sévère de l’enfance.

- Méthodes :

  • 95 enfants d’âge scolaire ont été évalués, 39 ayant un asthme contrôlé léger à modéré et 56 un asthme sévère non contrôlé
  • Les composants allergéniques (n=111) d’allergènes alimentaires et d’allergènes respiratoires polliniques et péréniaux ont été analysés en utilisant une puce allergénique en phase immuno-solide
    - Le compte d’éosinophiles sanguins (109/l), l’inflammation bronchique (FENO, ppb), la fonction respiratoire (VEMS %) et l’hyperréactivité bronchique (HRB) (courbe dose-réponse de la provocation à la métacholine) ont été mesurés.

- Résultats :

  • Une réponse IgE spécifique à plus de trois composants d’origine animale – lipocaline (nMus m 1, rEqu c 1, Fel d 4, rCan f 1,2), kallicréine (rCan f 5) et sécrétoglobine (rFel d 1)- était plus fréquente chez les asthmatiques sévères comparativement aux enfants ayant un asthme contrôlé (n=14 vs n=3, p=0.030)
  • Ces sujets avaient aussi un taux d’éosinophiles plus élevé (0.65 vs 0.39, p=0.021), une fraction de NO dans l’air exhalé plus élevée (38 ppb vs 25 ppb, p=0.021) et une augmentation de l’HRB (112 vs 28, p=0.002) comparativement à d’autres asthmatiques sévères positifs à moins de composants lipocaline /kallicréine/ sécrétoglobine
  • Parmi tous les sujets sensibilisés, il y avait des corrélations entre les taux d’IgE spécifiques pour rFel d 4 et nMus m 1 (r=0.751, p<0.001) et pour rFel d 4 et rEqu c 1 (r=0.850, p<0.001).

- Conclusion :

  • La sensibilisation multiple aux composants lipocaline, kallicréine et sécrétoglobine est associée à une augmentation de l’inflammation bronchique chez les asthmatiques sévères
  • De plus, des aspects de réaction croisée ont été observés entre les différents composants de la lipocaline.

Un sous-groupe d’enfants asthmatiques reste insuffisamment contrôlé malgré un traitement maximal, parce qu’ils ont des facteurs aggravants ou qu’ils sont résistants au traitement en l’absence de facteurs de risque identifiés. La sensibilisation à divers allergènes est fréquente dans l’asthme persistant de l’enfant et pourrait affecter sa gravité. Il paraît donc nécessaire d’appréhender au mieux l’importance de cette sensibilisation.

Le diagnostic de l’allergie à partir à partir des composants allergéniques est une nouvelle méthode de mesure in vitro des IgE spécifiques dirigées contre les composants allergéniques dérivés des animaux, et peut être faite en utilisant une technique de puce à ADN ; la seule commercialisée est la puce à allergènes en phase immuno-solide (ISAC, Phadia), qui est une méthode semi-quantitative ; les allergènes des espèces les plus communes et les plus à même de donner des réactions croisées y sont présents. Le but de cette étude était donc d’utiliser cette technique pour analyser les réponses IgE spécifiques parallèlement à l’évaluation de l’inflammation bronchique, dans deux cohortes d’enfants ayant un asthme sévère ou asthme léger à modéré et contrôlé.

L’étude a concerné 95 enfants (56 sévères et 39 contrôlés), qui ont eu une évaluation de leur statut clinique (par questionnaire standardisé) et spiromètrique (par le VEMS), et du niveau de leur inflammation bronchique (par le compte d’éosinophiles, la mesure de la FENO et la mesure de l’HRB par test de provocation à la métacholine). Leurs sérums ont par ailleurs été évalués par la technique ISAC, contenant 111 composants allergéniques.

Cette étude souligne les implications cliniques de la sensibilisation d’origine animale chez des asthmatiques d’âge scolaire :

  • la sensibilisation à plus de 3 composants uniques (lipocaline, kallicréine et sécrétoglobine) était plus fréquente chez les asthmatiques sévères par rapport à des sujets ayant un asthme contrôlé, bien que la sensibilisation spécifique soit similaire dans les 2 cohortes
  • un grand nombre d’IgE testées vis-à-vis des pneumallergènes n’apportait rien de plus vis-à-vis du degré de sévérité de l’asthme
  • cette sensibilisation était associée à une positivité plus élevée des marqueurs d’inflammation bronchique et des cures répétées de stéroïdes oraux
  • de plus, il y avait une réactivité croisée entre les lipocalines issues du chat, du cheval et de la souris.

Des études antérieures avaient montré qu’une multisensibilisation à des pneumallergènes augmentait le risque de sifflements persistants chez des jeunes enfants ; cette étude apporte des arguments supplémentaires en démontrant quels sont les composants qui sont associés à la sévérité de l’asthme. L’association entre ces composants et l’inflammation bronchique pourrait être une conséquence de l’exposition ubiquitaire à des animaux à poils, vecteurs de la transmission des composants allergéniques qui sont de petite taille et se déposent dans l’arbre respiratoire ; l’existence de réactions croisées entre lipocalines provenant d’animaux différents pourrait être un facteur d’aggravation des symptômes asthmatiques.

Les techniques d’identification allergéniques utilisant le DNA, que ce soit pour des allergènes purifiés ou des recombinants, permet de mieux identifier les sources allergéniques ; elles peuvent avoir des implications dans la compréhension du niveau de contrôle de l’asthme. Mais elles nécessitent une évaluation précise quant à la pertinence de leur utilisation en clinique.