Les allergiques seraient-ils des gens comme les autres ?

lundi 4 juin 2012 par Dr Céline Palussière813 visites

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Les allergiques seraient-ils des gens comme les autres ?

Les allergiques seraient-ils des gens comme les autres ?

lundi 4 juin 2012, par Dr Céline Palussière

Les animaux domestiques à la naissance n’augmentent pas les maladies allergiques chez les enfants à risque. : Caroline J Lodge1, Adrian J Lowe1,2, Lyle C Gurrin1, Melanie C Matheson1, Anne Balloch2, Christine Axelrad2, David J Hill2, Cliff S Hosking3, Sima Rodrigues1, Cecilie Svanes4,5, Michael J Abramson7, Katrina J Allen2,6, Shyamali C Dharmage1

dans Clinical & Experimental Allergy

- Contexte :

  • Les données de la littérature sont contradictoires en ce qui concerne l’exposition aux animaux domestiques et le risque de maladie allergique dans l’enfance, spécialement parmi ceux qui ont des antécédents familiaux d’allergie.

- Objectif :

  • Le but était d’explorer les relations entre l’exposition au chat et au chien à la naissance et la survenue d’allergies au cours des 12 premières années, dans une cohorte de naissance sélectionnée sur l’allergie familiale.

- Méthodes :

  • Une cohorte de naissance prospective de 620 enfants ayant une histoire familiale de pathologies allergiques a été recrutée.
  • Les données sur la présence d’animal domestique, la démographie familiale et des échantillons de sang de cordon ont été collectés à la naissance.
  • Les données sur les sifflements, l’eczéma, le rhume des foins au cours de l’enfance ont été recueillies 18 fois au cours des deux premières années, à 7 ans et à 12 ans.
  • Les tests cutanés ont été réalisés aux âges de 2, 7 et 12 ans ainsi que chez les parents.
  • Des analyses de régression ont été utilisées pour étudier les associations pertinentes avec ajustement aux potentiels facteurs de confusion.

- Résultats :

  • L’exposition aux chats ou aux chiens a montré un une réduction modérée du risque de sifflements (aOR=0.76 ; IC 95% 0.53-1.09) et du rhume des foins (aOR=0.71 ; 0.49-1.02) après l’âge de 7 ans.
  • Les effets protecteurs étaient supérieurs chez les enfants de parents non sensibilisés (aOR pour les sifflements 0.55 ; 0.31-0.98, aOR pour le rhume des foins 0.33 ; 0.12-0.77 pour l’exposition aux chats seulement ou aux chats et aux chiens à la naissance).
  • Avoir un animal domestique n’était pas corrélé à des IgE dans le sang de cordon ou à une sensibilisation à l’âge de 2 à 12 ans.

- Conclusion et pertinence clinique :

  • La présence d’animaux domestiques a diminué ou n’a eu aucun effet sur la pathologie allergique jusqu’à l’âge de 12 ans.
  • Nous n’avons trouvé aucune preuve que l’exposition aux chats et aux chiens à la naissance n’augmente le risque de pathologie allergique chez les enfants à haut risque.

Des millions d’animaux domestiques en France… mais combien dans les familles d’allergiques ? Est-ce une hérésie ?

Avoir un animal familier doit-il être réservé aux non allergiques, sous peine de condamner les enfants à tomber malades ?

C’est la question que se sont posée les auteurs de cette étude, tout comme se la posent les parents voulant préserver leur progéniture des allergies.

Plus de 600 bébés issus de familles d’allergiques ont été suivis de la naissance à l’âge de 12 ans, avec analyse des antécédents familiaux, de la présence d’animal au domicile, et de la survenue de pathologies atopiques.

La survenue d’allergies ou de sensibilisations a été recherchée par questionnaire, tests cutanés et IgE spécifiques dans le sang de cordon.

La présence de chat ou de chien n’était pas associée à une augmentation des allergies (eczéma, asthme, rhinite allergique) entre 2 et 12 ans. Dans certains cas (lorsque les parents ne sont pas eux-mêmes sensibilisés) l’animal familier était même plutôt protecteur.

Les résultats obtenus par cette vaste cohorte sont très intéressants de par la taille de l’échantillon, la durée de l’étude et les critères d’évaluation retenus, avant tout cliniques. Ceci donne du poids aux résultats trouvés.

Ces résultats concordent avec des études plus anciennes qui établissaient un effet protecteur de la présence de chats au domicile… à condition que cette exposition aux allergènes soit assez forte. Ici l’aspect quantitatif n’est pas abordé.

Les familles d’allergiques pourraient donc, comme les autres, prétendre à avoir un animal domestique, sans passer pour des criminels !

Quand on connait l’impact social des allergies, leur retentissement dans la vie quotidienne et scolaire des enfants, ces données peuvent apporter un réconfort aux parents qui souhaiteraient avoir un animal.

Les liens affectifs de l’enfant avec l’animal familier sont en effet précieux… tant qu’il ne devient pas lui-même allergique à l’animal, car là, les choses vont se compliquer…