Faites gaffe les acariens : les virus se planquent dans le nez.

mercredi 4 juillet 2012 par Dr Philippe Carré596 visites

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Faites gaffe les acariens : les virus se planquent dans le nez.

Faites gaffe les acariens : les virus se planquent dans le nez.

mercredi 4 juillet 2012, par Dr Philippe Carré

Taux élevés d’IgE aux acariens et risque de sifflements chez des enfants asthmatiques infectés par le rhinovirus. : Manuel Soto-Quiros, Lydiana Avila, Thomas A.E. Platts-Mills, John F. Hunt, Dean D. Erdman, Holliday Carper, Deborah D. Murphy, Silvia Odio, Hayley R. James, James T. Patrie, William Hunt, Ashli K. O’Rourke, Michael D. Davis, John W. Steinke, Xiaoyan Lu, Joshua Kennedy, Peter W. Heymann

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - June 2012 (Vol. 129, Issue 6, Pages 1499-1505.e5, DOI : 10.1016/j.jaci.2012.03.040)

- Contexte :

  • La pertinence de la sensibilisation allergique, évaluée à partir des titres d’IgE sériques, vis-à-vis du risque d’exacerbation d’asthme liée à l’infection à rhinovirus n’est pas claire.

- Objectif :

  • Les auteurs ont examiné la prévalence des infections à rhinovirus par rapport au statut atopique d’enfants traités pour des sifflements au Costa Rica, pays avec une fréquence d’asthme en croissance.

- Méthodes :

  • Les enfants inclus (n=287) avaient de 7 à 12 ans
  • 96 étaient en phase aigue de sifflements, 65 avaient un asthme stable, et 126 étaient des sujets contrôles non asthmatiques
  • Des techniques de PCR, incluant un séquençage des gènes pour identifier les souches de rhinovirus, ont été utilisées pour identifier les virus dans des lavages nasaux
  • Les résultats étaient analysés en fonction des sifflements, des IgE totales, des IgE spécifiques et des taux de NO dans l’air exhalé.

- Résultats :

  • 60% des enfants ayant des sifflements avaient des résultats positifs pour le rhinovirus, comparativement à 13% des enfants avec un asthme stable et 13% des sujets contrôles (p<0.001 pour les deux comparaisons)
  • Parmi les enfants siffleurs, 75% des souches de rhinovirus détectées étaient du groupe C
  • Des taux élevés d’IgE aux acariens (particulièrement à Dermatophagoides) étaient habituels et corrélés significativement avec le taux des IgE totales et la fraction de NO dans l’air exhalé
  • Le risque le plus important de sifflements était observé chez les enfants ayant des taux d’IgE aux acariens d’au moins 17.5 UI/ml et qui étaient positifs pour le rhinovirus (OR pour les sifflements, 31.5 ; IC à 95%, 8.3-108 ; p<0.001).

- Conclusions :

  • Des titres élevés d’IgE aux acariens étaient courants et augmentaient de façon significative le risque de sifflements aigus provoqués par une infection à rhinovirus chez les enfants asthmatiques.

Dans les pays tempérés, les infections virales de l’arbre respiratoire sont associées à l’immense majorité des crises de sifflements chez les enfants, dont un certain nombre sont atopiques. Il apparaît qu’une infection à rhinovirus associée à une sensibilisation et à une exposition à des pneumallergènes augmente le risque de symptômes aigus, ce qui suggère que ces deux facteurs de risque agiraient de façon synergique dans la survenue des exacerbations d’asthme.

Les auteurs ont voulu vérifier cette hypothèse dans un pays à climat tropical, le Costa Rica, chez 161 enfants ayant des sifflements ou un asthme stable, comparés à 126 enfants non asthmatiques ; ils ont évalué chez ces enfants les taux d’IgE totales et spécifiques, le taux de NO dans l’air exhalé, et la présence de rhinovirus dans le liquide de lavage nasal par une technique PCR.

Les résultats montrent que :

  • 60% des enfants siffleurs avaient du rhinovirus, comparativement à 13% des autres enfants
  • 75% des souches de rhinovirus détectées étaient du groupe C
  • Les taux d’IgE aux acariens étaient corrélés au taux des IgE totales et du NO
  • Le risque le plus important de sifflements était observé pour un taux d’IgE aux acariens d’au moins 17.5 UI/ml associé à la présence de rhinovirus.

Cette étude confirme que les enfants ayant des taux d’IgE élevés (principalement aux acariens) avaient un risque important de sifflements en cas d’infection à rhinovirus ; il faut noter que cette étude a été faite dans un pays où la sensibilisation aux acariens est importante (même si l’exposition n’a pas été mesurée), l’humidité persistante favorisant leur développement.

La corrélation positive entre les taux d’IgE aux acariens et les taux de NO dans l’air exhalé apporte une preuve supplémentaire du rôle des acariens dans la survenue et l’entretien de l’inflammation des voies aériennes, notamment en cas d’infection virale des voies aériennes chez l’enfant.

Il est difficile d’envisager des traitements anti-viraux préventifs en raison de la diversité antigénique des souches de rhinovirus et du fait aussi que 40% des enfants avaient une recherche virale négative ; a contrario, la caractérisation du statut atopique de ce phénotype particulier d’enfants permettrait d’identifier ceux qui pourraient bénéficier de traitements anti-allergiques spécifiques.