Surf Médiatorique

jeudi 27 septembre 2012 par Dr Hervé Masson238 visites

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Surf Médiatorique

Surf Médiatorique

jeudi 27 septembre 2012, par Dr Hervé Masson

Depuis « l’affaire du Médiator », nombre de médecins s’engouffrent désormais dans le créneau lucratif de la dénonciation de l’incurie de leurs confrères et des instances de surveillance de la santé.

Ils savaient EUX, le disaient depuis longtemps. L’industrie pharmaceutique ne pense qu’au profit et est prête à toutes les malversations pour vendre à tous prix des produits qui sont au mieux inefficaces, au pire dangereux et ceci avec le consentement des prescripteurs et des agences de surveillance nationales.

Le Pr Philippe Even et le Pr Bernard Debré apportent leur pierre à cette entreprise de dénigrement par un livre dont la violence de ton indispose.

Très égoïstement, j’avoue m’être contenté de parcourir les pages concernant mon métier : « La désensibilisation des asthmes allergiques » sûrement écrit par le Pr Even, ex-pneumologue, ex-hospitalo-universitaire et qui se consacre depuis qu’il est à la retraite en 2000 à l’écriture d’opuscules pour clamer avec violence son animosité contre l’industrie pharmaceutique et l’incurie du monde médical qui est trop bête pour se rendre compte qu’il se fait abuser (« Les Scandales des hôpitaux Paris et de l’hôpital Pompidou », en 2001 ; avec Bernard Debré déjà à l’époque, « Avertissement aux malades, aux médecins et aux élus » en 2002 ; « La vérité sur les compagnies pharmaceutiques : Comment elles nous trompent et comment les contrecarrer » en 2005.)

Dans ces quelques pages consacrées à mon métier que je pratique avec passion et sincérité, je me fais traiter de « gourou allergologue, jouant à l’immunologiste et qui, bardé de certitude, est sans formation scientifique.... etc... ». Ouhhlala... on peut dire qu’il ne nous aime pas ce Monsieur !

S’appuyant sur des publications écrites à l’époque où il était en activité, 1973.. 1975... 1977... et pour les dernières les années 90, il accuse les fabricants d’allergènes de tromper les allergologues pour des raisons purement mercantiles et les instances internationales qui autorisent la désensibilisation dans tous les pays du monde d’être soit incompétentes soit corrompues.

Une telle haine contre une thérapeutique qui présente d’énormes avantages aurait pu me déstabiliser, moi le petit allergologue de province face à un grand Prooofesseur.

Heureusement, les prises de positions extrémistes dans de multiples domaines du Pr. Even m’ont rassuré.

Quand un pneumologue affirme que « ... le danger du tabagisme passif est, en fait, inexistant. », qu’un médecin soutient qu’un taux excessif de cholestérol n’est pas un facteur de risque cardio-vasculaire... on en vient à comprendre que le but recherché est uniquement la provocation et l’outrance pour vendre du papier.

Que mes patients soient rassurés en tous cas, les 10.000 allergologues présents lors des congrès mondiaux d’allergologie qui travaillent, cherchent et publient sur l’efficacité de la désensibilisation ne doivent sûrement pas tous être manipulés ou des truands.

Pour en finir avec notre agresseur, je ne résiste pas au plaisir d’actualiser les connaissances du Pr Even en matière de désensibilisation.

Lui qui, à l’époque où il voyait encore des malades, prônait l’utilisation de corticoïdes injectables retard pour traiter l’allergie et l’asthme alors que cette technique a démontré sa dangerosité depuis, apprendra beaucoup de l’étude réalisée au Danemark cette année qui montre l’efficacité de l’immunothérapie par rapport aux corticoïdes que vous pourrez lire sur notre site.

Le débat de société sur la manière dont sont étudiés, commercialisés et surveillés les médicaments est pourtant très important. Des erreurs et des dérives ont eu lieu, c’est certain, et il faut qu’ensemble nous travaillions à améliorer le système sans pour autant instaurer un climat de suspicion outrancier chez nos patients.

Idéalement, les études de mise sur le marché devraient être faites par des experts indépendants, n’ayant jamais travaillé pour l’industrie pharmaceutique et dont la rémunération proviendrait exclusivement de la collectivité.

Soit plusieurs millions d’Euros de budget annuel.

On augmente les impôts ou on fait confiance à la conscience professionnelle de médecins, qui ne sont pas tous bêtes ou vénaux, et à l’amélioration des systèmes de surveillance ?