Quand les anti-IgE s’attaquent aux polypes.

lundi 12 novembre 2012 par Dr Philippe Carré4629 visites

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Quand les anti-IgE s’attaquent aux polypes.

Quand les anti-IgE s’attaquent aux polypes.

lundi 12 novembre 2012, par Dr Philippe Carré

L’omalizumab est efficace chez les patients allergiques et non allergiques ayant des polypes nasaux et de l’asthme. : Gevaert P, Calus L, Van Zele T, Blomme K, De Ruyck N, Bauters W, Hellings P, Brusselle G, De Bacquer D, van Cauwenberge P, Bachert C.

Upper Airways Research Laboratory, Department of Otorhinolaryngology, Ghent University Hospital, Ghent, Belgium

dans J Allergy Clin Immunol. 2012 Sep 26. pii : S0091-6749(12)01294-8. doi : 10.1016/j.jaci.2012.07.047.

- Contexte :

  • Les patients adultes ayant des polypes nasaux ont souvent une comorbidité asthmatique, entraînant des conséquences importantes sur la qualité de vie de ces patients
  • Les polypes nasaux et l’asthme peuvent représenter un challenge thérapeutique ; l’inflammation due à ces deux pathologies comporte de nombreuses caractéristiques communes, telles que l’éosinophilie des voies aériennes, la formation d’IgE locales, et un profil cytokinique TH2
  • L’omalizumab est un anticorps murin humanisé anti-IgE qui a une efficacité prouvée chez les patients ayant un asthme allergique sévère
  • L’omalizumab pourrait être une option thérapeutique pour les patients ayant des polypes nasaux et de l’asthme.

- Objectif :

  • Le but de cette étude était d’étudier l’efficacité clinique de l’omalizumab chez des patients ayant des polypes nasaux et une comorbidité asthmatique.

- Méthodes :

  • Les auteurs ont conduit une étude randomisée, en double-aveugle, contrôlée contre placebo, chez des patients allergiques et non allergiques ayant des polypes nasaux et un asthme associé (n=24)
  • Les patients ont reçu 4 à 8 injections sous-cutanées d’omalizumab (n=16) ou de placebo (n=8)
  • L’objectif principal était la réduction des scores totaux endoscopiques de polypes nasaux après 16 semaines
  • Les objectifs secondaires incluaient des changements des scanners des sinus, des symptômes nasaux et asthmatiques, des résultats de questionnaires validés (questionnaire court de santé, score de rhinosinusite à 31 items, questionnaire de qualité de vie de l’asthme), et des taux de biomarqueurs dans le sérum et les sécrétions nasales.

- Résultats :

  • Il y avait une diminution significative des scores totaux endoscopiques de polypes nasaux après 16 semaines dans le groupe traité par omalizumab (-2.67, p=0.001), qui était confirmée par l’analyse tomodensitométrique (score de Lund-Mackay)
  • L’omalizumab avait un effet bénéfique sur les symptômes des voies aériennes (congestion nasale, rhinorrhée antérieure, perte de l’odorat, sifflements et dyspnée) et sur les scores de qualité de vie, indépendamment de l’existence d’une allergie.

- Conclusion :

  • L’omalizumab a démontré une efficacité clinique dans le traitement des polypes nasaux associés à un asthme, ce qui suggère l’importance et la fonctionnalité de la formation d’IgE locales dans les voies aériennes.

La rhinosinusite chronique avec polypes nasaux (RSCPN) et l’asthme sont des désordres inflammatoires complexes ; parmi les patients ayant une RSCPN, environ 30 % ont un asthme associé, et la réponse des deux pathologies aux traitements habituels est faible avec des récidives fréquentes des polypes.

La physiopathologie des RSCPN est caractérisée par une inflammation locale importante à éosinophiles, avec production de médiateurs pro-inflammatoires et d’IgE tissulaires locales ; la production d’IgE locales est indépendante de l’existence d’une allergie. Des stratégies visant à antagoniser les anticorps IgE pourraient être intéressantes dans ce contexte.

L’omalizumab est un anticorps humanisé anti-IgE qui est indiqué dans le traitement des asthmes allergiques modérés à sévères (aux USA) ou sévères (en Europe), dont les symptômes ne sont pas contrôlés par le traitement maximal recommandé ; il se lie aux IgE libres circulantes et inhibe leur fixation sur les récepteurs de haute affinité, et il diminue la densité des récepteurs sur les cellules-cibles.

Cette étude visait donc à évaluer l’efficacité clinique d’un traitement pendant 16 semaines par omalizumab, chez 16 patients ayant des polypes nasaux et un asthme associé, de façon randomisée contre placebo (chez 8 patients) et en double-aveugle. Les résultats montrent :

  • une diminution significative des scores totaux endoscopiques de polypes et du scanner dans le groupe traité par omalizumab
  • un effet bénéfique sur les symptômes des voies aériennes nasales et bronchiques et sur les scores de qualité de vie, indépendamment de l’existence ou non d’une allergie.

Il existe une différence entre le taux sérique des IgE et les taux tissulaires locaux chez les patients ayant une RSCPN ; on sait que les taux sériques d’IgE ne sont que partiellement corrélés aux taux locaux et à l’inflammation à éosinophiles, et que les taux locaux dans la muqueuse nasale sont liés à la sévérité de la maladie et à la présence d’un asthme associé. Les résultats de cette étude supportent l’importance des taux d’IgE locales dans la physiopathologie de la RSCPN avec asthme.

Cette étude de « preuve de concept », faite sur un faible échantillon de patients, montre que l’omalizumab pourrait être une option thérapeutique efficace chez des patients ayant une RSCPN sévère associée à un asthme ; les patients étaient sélectionnés sur la présence de polypes et d’un asthme, indépendamment de l’existence d’une allergie, mais le traitement était aussi efficace chez les patients non allergiques que chez ceux étant allergiques.

Il est important de préciser qu’à ce jour l’omalizumab n’a d’indication que dans les asthmes allergiques non contrôlés, même si des études sont en cours dans l’asthme non allergique, et que seuls des « case reports » ont montré une amélioration dans certains cas de RSCPN, chez des patients sévères traités hors AMM. Certaines études ayant montré le rôle déterminant de la production locale d’IgE tissulaires, des recherches sont nécessaires pour comprendre leur rôle exact chez les patients ayant une maladie sévère des voies aériennes, et savoir si à l’avenir des traitements anti-IgE, compte-tenu de leur coût élevé, pourraient avoir une place dans ce type de pathologies chez certains patients sélectionnés.