Le tabagisme est-il un frein à la sénescence immunitaire protectrice chez les sujets asthmatiques âgés ?

jeudi 17 janvier 2013 par Dr Philippe Carré691 visites

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Le tabagisme est-il un frein à la sénescence immunitaire protectrice chez les sujets asthmatiques âgés ?

Le tabagisme est-il un frein à la sénescence immunitaire protectrice chez les sujets asthmatiques âgés ?

jeudi 17 janvier 2013, par Dr Philippe Carré

Le tabagisme diminue la décroissance liée à l’âge des taux d’IgE et maintient l’inflammation à éosinophiles. : Tadao Nagasaki1, Hisako Matsumoto1,*, Hitoshi Nakaji1,2, Akio Niimi1,3, Isao Ito1, Tsuyoshi Oguma1, Shigeo Muro1, Hideki Inoue1, Toshiyuki Iwata1, Tomoko Tajiri1, Yoshihiro Kanemitsu1, Michiaki Mishima1

dans Clinical & Experimental Allergy

- Contexte :

  • Des études épidémiologiques ont montré que le tabagisme augmente la propension à développer de l’atopie et de l’asthme
  • Cependant, les effets du tabagisme sur l’atopie et l’inflammation à éosinophiles chez les asthmatiques, incluant les gens âgés, restent inconnus.

- Objectif :

  • Déterminer les effets du tabagisme sur les taux d’IgE sériques et l’inflammation à éosinophiles chez les asthmatiques de tous âges.

- Méthodes :

  • Les associations des taux d’IgE sériques , des comptes éosinophiles sériques et des taux d’oxyde d’azote dans l’air exhalé (FENO) avec le tabagisme et l’âge, ont été mesurées de façon transversale chez 307 sujets asthmatiques naïfs de corticoïdes
  • Les niveaux d’éosinophiles et de lymphopoïétine stromale thymique (LST) dans les expectorations, qui favorisent l’inflammation à TH2, ont été analysés
  • Les fumeurs actifs ont été exclus de l’analyse des facteurs contribuant à la FENO.

- Résultats :

  • Les taux d’IgE sériques, d’éosinophiles sériques et de FENO diminuaient avec l’avancement en âge chez les sujets n’ayant jamais fumé, alors que la décroissance des taux sériques d’IgE avec l’âge n’était pas observée chez les fumeurs
  • De plus, le tabagisme actif était associé à des comptes d’éosinophiles sériques plus élevés
  • Chez les asthmatiques atopiques, le déclin lié à l’âge des taux d’IgE sériques était moins prononcé chez les ex-fumeurs que chez ceux n’ayant jamais fumé, et les asthmatiques atopiques ex-fumeurs avaient des comptes d’éosinophiles sanguins plus élevés et une FENO plus élevée, quel que soit l’âge
  • Enfin, les taux de LST dans l’expectoration étaient associés aux proportions d’éosinophiles des expectorations et au nombre de paquets-années
  • Les fumeurs et les ex-fumeurs avaient des niveaux de LST plus élevés que ceux n’ayant jamais fumé.

- Conclusions et relevance clinique :

  • Chez les asthmatiques naïfs en corticoïdes, le tabagisme peut atténuer la décroissance liée à l’âge des taux d’IgE et maintenir une inflammation à éosinophiles, dans laquelle la LST peut être impliquée.

L’inflammation asthmatique est caractérisée par une infiltration à éosinophiles et à lymphocytes Th2 ; l’identification des facteurs qui peuvent initier ou augmenter cette infiltration est importante pour la prise en charge de l’asthme, et des études suggèrent que l’exposition à la fumée de tabac peut être un de ces facteurs.

L’immuno-sénescence, c’est-à-dire la décroissance du système immunitaire liée à l’âge, est un concept récent ; les auteurs ont émis l’hypothèse que les taux sériques d’IgE et l’inflammation à éosinophiles diminuent avec l’âge chez les asthmatiques n’ayant jamais fumé, alors que cette diminution est absente chez ceux qui ont fumé ou qui fument encore.

A cet effet, les auteurs ont évalué l’évolution des taux des IgE, des éosinophiles et de l’oxyde d’azote dans l’air exhalé (FENO), en fonction du tabagisme et de l’âge, de façon transversale chez 307 sujets asthmatiques naïfs de corticoïdes ; ils ont mesuré aussi le taux de lymphopoïétine thymique (LST) dans les expectorations, cette lymphokine étant induite par le tabagisme et jouant un rôle dans le maintien de l’immunité à Th2.

Les ex-fumeurs étaient définis par un sevrage du tabac depuis au moins 1 an.

Les résultats montrent que :

  • les taux d’IgE, d’éosinophiles et de FENO diminuaient avec l’âge chez les sujets n’ayant jamais fumé, ce qui n’était pas observé chez les fumeurs
  • le tabagisme et les taux plus élevés d’IgE étaient des facteurs de risque indépendants d’augmentation des éosinophiles dans le sang
  • chez les patients atopiques, le déclin des IgE lié à l’âge était moins net chez les ex-fumeurs, et les comptes d’éosinophiles et la FENO étaient plus élevés, quel que soit l’âge
  • les taux de LST étaient proportionnels aux taux des éosinophiles dans les expectorations et au nombre de paquets-années
  • les fumeurs et les ex-fumeurs avaient des niveaux de LST plus élevés que ceux n’ayant jamais fumé.

Ces résultats suggèrent que le tabagisme, et à moindre degré les antécédents de tabagisme, peuvent atténuer la diminution des taux sériques d’IgE liée à l’âge, et maintenir des taux d’IgE élevés chez les asthmatiques les plus âgés, en particulier s’ils sont atopiques ; ils peuvent aussi maintenir une inflammation à éosinophiles, dans laquelle, la LST peut jouer un rôle, peut-être par le biais d’une modification épigénétique des cellules épithéliales bronchiques.

Les mécanismes favorisant l’augmentation des effets du tabagisme sur l’inflammation à éosinophiles chez les asthmatiques atopiques ex-fumeurs ne sont pas connus ; ils pourraient faire intervenir les lymphocytes T mémoires.

Même si cette étude peut avoir des facteurs de limitation (étude transversale et non de cohorte pouvant être source de facteurs confondants, tabagisme évalué par des auto-questionnaires, patients fumeurs ou ex-fumeurs les plus âgés pouvant avoir une BPCO associée), les auteurs concluent que le tabagisme peut atténuer l’immuno-sénescence et maintenir l’inflammation à éosinophiles chez les asthmatiques, et que celle-ci doit être prise en compte dans la prise en charge des sujets âgés exposés au tabagisme, particulièrement s’ils sont atopiques.