Les phénotypes : il n’y a plus que ça de vrai, même dans la toux chronique.

mardi 29 janvier 2013 par Dr Philippe Carré575 visites

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Les phénotypes : il n’y a plus que ça de vrai, même dans la toux chronique.

Les phénotypes : il n’y a plus que ça de vrai, même dans la toux chronique.

mardi 29 janvier 2013, par Dr Philippe Carré

Inflammation des voies aériennes chez les patients avec une toux chronique non asthmatique. : Marcin Grabowski1,2, Sven Seys2,3, Ann Decraene3, Ahmad Kasran2, Ellen Dilissen2, Wojciech Barg1, Wojciech Medrala4,5, Lieven J Dupont3, Bernard Panaszek4, Dominique M A Bullens6,7

1Department of Physiology, Wroclaw Medical University, Wroclaw, Poland
2Clinical Immunology, Department of Microbiology and Immunology, KULeuven, Leuven, Belgium
3Pneumology, Department of Clinical and Experimental Medicine, KULeuven, Leuven, Belgium
4Department of Internal Medicine, Geriatrics and Allergology, Wroclaw Medical University, Wroclaw, Poland
5Department of Clinical Research, Medical School of Legnica, Legnica, Poland
6Pediatric Immunology, Department of Microbiology and Immunology, KULeuven, Leuven, Belgium
7Clinical Pediatrics, UZ Leuven, Leuven, Belgium

dans Thorax 2013 ;68:125-130 doi:10.1136/thoraxjnl-2012-201895

- Introduction :

  • La toux chronique non asthmatique (TC) est un challenge clinique et les mécanismes physiopathologiques sous-jacents restent toujours incomplètement compris
  • Une des comorbidtés les plus communes de la TC est le reflux gastro-oesophagien (RGO)
  • L’altération de l’épithélium des voies aériennes peut contribuer à l’inflammation des voies aériennes dans la TC.

- Objectif :

  • Les auteurs ont étudié l’inflammation des voies aériennes chez des patients ayant une TC, comparativement à des contrôles sains
  • Les patients ayant un RGO étaient traités par des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) et la réponse de la toux aux IPP était évaluée.

- Patients et méthodes :

  • L’expectoration était induite chez 41 adultes ayant une TC et 20 contrôles non fumeurs qui étaient appareillés sur l’âge et le sexe
  • Les auteurs ont comparé le compte cellulaire différentiel des expectorations par centrifugation (cytospin) et par production de cytokines et de chémokines au niveau de l’ARNm et/ou des protéines, par PCR en temps réel et cytomètrie de flux, entre les patients avec une TC et les sujets sains
  • De plus, l’inflammation des voies aériennes était évaluée chez les patients avec différentes comorbidités.

- Résultats :

  • Aucune différence n’a été observée dans les comptes cellulaires des expectorations entre les sujets ayant une TC et les sujets sains
  • Les taux de protéine-1 chémo-attractante monocytaire (MCP-1) étaient significativement plus élevés chez les patients par rapport aux contrôles
  • L’ARNm de la lymphopoïétine thymique stromale (LTS) était significativement plus souvent exprimé dans l’expectoration des patients ayant une TC que chez les sujets contrôles
  • Les taux de TGF-β n’étaient pas différents entre les patients et les sujets contrôles, mais ils étaient significativement plus bas chez les répondeurs aux IPP par rapport aux non répondeurs (p=0.047)
  • Il n’y avait pas d’évidence d’altération de la balance lymphocytaire T helper (Th1/Th2/Th17) chez les patients avec une TC
  • Les patients ayant un RGO avaient significativement plus d’éosinophiles dans les expectorations que les patients sans RGO.

- Conclusions :

  • La toux chronique se présente sous différents phénotypes particuliers
  • Des taux élevés de MCP-1 dans les expectorations sont présents dans une large partie des patients ayant une TC, et une majorité de ces patients avec une TC ont des taux élevés de LTS dans les expectorations, produite le plus probablement par des altérations des cellules épithéliales des voies aériennes.

La toux chronique idiopathique, définie comme une toux durant plus de 8 semaines, est source de nombreux problèmes diagnostiques, et l’inflammation sous-jacente des voies aériennes est mal caractérisée, notamment au niveau des cellules épithéliales bronchiques.

Les auteurs ont émis l’hypothèse que dans la TC, après la stimulation initiale de l’épithélium (par exemple par stimulation vagale, libération de médiateurs, stimulation réflexe secondaire à un RGO, ou effet mécanique répétitif sur l’épithélium des accès de toux), cet épithélium pourrait commencer à produire des chémokines.

Ils ont ainsi analysé la libération de cytokines et de chémokines par des moyens non agressifs (analyse des expectorations) chez 41 sujets ayant une TC non asthmatiques par rapport à 20 sujets sains contrôles. Une étude de la réponse de la TC aux IPP a été réalisée chez tous les patients.

Leur hypothèse est renforcée par la constatation que :

  • en cas de TC, il existe une proportion significativement plus élevée de MCP-1 dans les expectorations, cytokine qui peut être synthétisée par les cellules épithéliales et pourrait servir de mécanisme de réparation de l’épithélium
  • une grande proportion des patients avec une TC expriment l’ARNm de la LTS, qui est produite par les cellules dendritiques mais aussi les cellules épithéliales ; elle pourrait jouer un rôle majeur dans la TC
  • les taux de TGF-β, identiques chez les sujets avec TC et les sujets sains, étaient significativement plus bas chez les sujets avec TC répondeurs aux IPP, ce qui laisse penser que ces sujets répondeurs ont des caractéristiques spécifiques d’inflammation des voies aériennes. Il est aussi possible que la chute des taux de TGF-β soit la conséquence du traitement, avec moins de stress épithélial et par là une diminution de la sécrétion de cytokines.

Il n’y avait par contre pas de différence dans les pourcentages de lymphocytes entre les sujets avec TC et les sujets sains, ce qui laisse penser que les cytokines lymphocytaires T ne jouent pas de rôle majeur dans l’inflammation des voies aériennes en cas de TC.

Il apparaît donc que la TC est probablement une maladie qui intègre différents phénotypes, conduisant à différents tableaux inflammatoires en fonction du mécanisme de déclenchement initial de la toux ou des comorbidités associées (les sujets avec une TC et un RGO ont des taux d’éosinophiles plus élevés que ceux n’ayant pas de RGO, ce qui peut correspondre aussi à un phénotype spécifique).

Le fait que la plus grande partie de ces patients aient des taux élevés de MCP-1 et de LTS, plaident pour l’implication des cellules épithéliales des voies aériennes dans la TC, par le biais de la stimulation induite de la paroi bronchique.