Une « usine à gaz » allergologique pour aider les allergiques au lait ou pour rendre fou les allergologues ?

vendredi 1er février 2013 par Dr Stéphane Guez935 visites

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Une « usine à gaz » allergologique pour aider les allergiques au lait ou pour rendre fou les allergologues ?

Une « usine à gaz » allergologique pour aider les allergiques au lait ou pour rendre fou les allergologues ?

vendredi 1er février 2013, par Dr Stéphane Guez

Réactivité des basophiles, diamètre de la papule et taux des immunoglobulines permettent de distinguer les différents degrés de tolérance du lait de vache. : Lara S. Ford, Katherine A. Bloom, Anna H. Nowak-Węgrzyn, Wayne G. Shreffler, Madhan Masilamani, Hugh A. Sampson

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - January 2013 (Vol. 131, Issue 1, Pages 180-186.e3, DOI : 10.1016/j.jaci.2012.06.003)

- Introduction :

  • Dans une étude précédente les auteurs ont montré que 75% des enfants ayant une allergie au lait de vache (LV) tolèrent les produits cuits avec du lait, ce qui améliore leur pronostic et leur qualité de vie.

- Objectifs de l’étude :

  • Les auteurs ont cherché à identifier les biomarqueurs des différents degrés de tolérance clinique parmi une cohorte d’enfants ayant une allergie au LV.

- Matériel et Méthode :

  • 132 patients ont été classés initialement comme :
    • réactifs au lait cuit,
    • tolérants au lait cuit
    • ou ayant perdu leur allergie au lait en grandissant
  • sur la base des résultats des tests de réintroduction alimentaire.
  • Le groupe des patients tolérants le lait cuit a été divisé en 3 selon :
    • la quantité
    • et le degré de dénaturation de cuisson,
  • des protéines qu’ils peuvent tolérer.
  • Il a été fait une recherche dans le sérum
    • des taux d’IgE spécifiques et d’IgG4,
    • une étude de la réactivité des basophiles évaluée sur sang total, et stimulés avec des dilutions (facteur 10) de protéines du lait,
    • et des tests cutanés (SPT) avec les extraits commerciaux de lait.
    • Les basophiles activés ont été étudié par Cytométrie de flux : expression du CD63.
  • Les données ont été analysées avec le test statistique de Jonckheere-Terpstra.

- Résultats :

  • Il y a des différences significatives parmi les 5 groupes cliniques en ce qui concerne :
    • les taux moyens d’IgE vis-à-vis de la caséine et du lait,
    • les taux d’IgG4 spécifiques de la caséine,
    • le ratio IgE caséine / IgG4
    • le ratio activation des basophiles par le lait / activation non spécifique,
    • la réactivité moyenne des basophiles et leur activation spontanée (expression de CD 203c après stimulation avec RPMI)
    • les diamètres des SPT au lait.
  • Les taux d’IgE spécifiques du lait et de la caséine, la réactivité des basophiles spécifiques au lait et les diamètres des SPT au lait sont tous significativement plus importants parmi les patients ayant une allergie au lait et qui réagissent au lait cuit que parmi ceux qui le tolèrent.

- Conclusion :

  • La majorité des patients ayant une allergie au LV sont capables de tolérer certaines formes de lait cuit dans leur régime.
  • Différents phénotypes d’enfants ayant une allergie au LV peuvent être distingués par les taux d’IgEs au lait et à la caséine, la réactivité des basophiles au lait et les diamètres des tests cutanés au lait.
  • L’activation spontanée des basophiles est plus importante parmi les patients qui ont une allergie clinique au lait plus sévère.

Dans ce travail portant sur des enfants allergiques au lait de vache, les auteurs ont cherché des marqueurs permettant d’identifier les enfants qui peuvent tolérer le lait cuit. L’association de plusieurs marqueurs biologiques et cliniques permet de séparer les sous-groupes d’enfants qui tolèrent le lait cuit.

Comme dans beaucoup de ce type d’étude, il est intéressant de constater rétrospectivement que les enfants allergiques au lait de vache et qui tolèrent le lait cuit ont un phénotype différent de ceux qui ne tolèrent pas le lait cuit et qui ne perdent pas leur allergie en grandissant.

Mais pour pouvoir utiliser ces données en clinique il faudrait une étude prospective qui, en prenant en compte ces marqueurs, observe si réellement ils permettent en toute sécurité de repérer les enfants tolérants le lait cuit.

L’idée étant bien entendu de se passer d’un test de réintroduction per os qui est difficile à proposer à tous les allergiques.

Force est de constater que les résultats de ce travail ne permettront pas au clinicien d’avoir une valeur seuil certaine pour ces différents tests, lui permettant actuellement de classer correctement ses patients.

Un test de réintroduction en milieu protégé est encore aujourd’hui le seul moyen d’affirmer si oui ou non un enfant allergique au lait de vache peut ou non tolérer le lait cuit.