Plus il y a de « caïnes » plus y a de plaisir !

mercredi 20 mars 2013 par Dr Alain Thillay1727 visites

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Plus il y a de « caïnes » plus y a de plaisir !

Plus il y a de « caïnes » plus y a de plaisir !

mercredi 20 mars 2013, par Dr Alain Thillay

Allergie de contact aux anesthésiques locaux : valeur du test épicutané avec caïne mix dans la batterie standard. : Brinca, A., Cabral, R. and Gonçalo, M. (2013),
Contact allergy to local anaesthetics–value of patch testing with a caine mix in the baseline series.

dans Contact Dermatitis, 68 : 156–162. doi : 10.1111/j.1600-0536.2012.02149.x

- Contexte :

  • L’allergie de contact aux anesthésiques locaux est relativement fréquente.
  • Le test épicutané à la benzocaïne de la batterie standard européenne est recommandé pour son diagnostic, même si un mélange de « caïnes » ou caïne mix a déjà été suggéré comme étant de qualité supérieure.

- Objectifs :

  • Evaluer la fréquence et les caractéristiques de l’allergie de contact aux anesthésiques locaux en utilisant le caïne mix (benzocaïne, tétracaïne et cinchocaïne) dans la batterie standard et évaluer son efficacité par rapport à la benzocaïne seule.

- Méthodes :

  • Nous avons pratiqué la revue des résultats de 2736 tests épicutanés effectués entre 2000 et 2010, en identifiant les patients présentant des réactions positives au caïne mix ou à l’un de sept anesthésiques locaux.

- Résultats :

  • Cent douze patients (4,1%) ont eu au moins une réaction allergique aux anesthésiques locaux, 86 ont été testés avec les sept anesthésiques locaux, ce qui a entraîné 71 réactions chez 53 patients.
  • La cinchocaïne a donné le plus de réactions (50,7%) ; il s’agissait d’une réaction isolée chez 83,3% des patients, le plus souvent avec pertinence clinique actuelle ou passée (97%).
  • La benzocaïne représentait 22,5% de réactions dont beaucoup étaient non pertinentes (44%) ou résultant de réactions croisées avec le groupement amine en para.

- Conclusions :

  • Près de 70% des réactions allergiques aux anesthésiques locaux auraient été manqués si la benzocaïne avait été utilisée comme seul allergène de dépistage.
  • Cette étude confirme la recommandation de remplacer la benzocaïne par le caïne mix contenant la cinchocaïne dans la batterie standard.

La benzocaïne ou p-aminobenzoate d’éthyle est un allergène important intégré à la batterie standard européenne. Elle fait partie des anesthésiques locaux de la famille des esters de l’acide paraaminobenzoïque ayant une amine primaire en para.

La benzocaïne n’est plus utilisée dans le cadre de l’anesthésie locale, on lui préfère les anesthésiques locaux de la famille des amides dont le chef de fil est la lidocaïne.

La benzocaïne, ou les autres « esters » comme la tétracaïne, est retrouvée dans les pastilles et sirops contre la toux et le rhume, topiques analgésiques, antiprurigineux, etc.

Le point important à noter est que les allergies vraies à ce produit sont plutôt rares.
La positivité de ce test traduit le plus souvent une allergie croisée à d’autres molécules ayant une amine primaire en para comme l’aniline, la procaïne, le butoforme, la butacaïne, la paraphénylènediamine, la paratoluènedamine, le para-aminophénol, la para-aminodiphénylamine, l’acide para-aminosalicylique, la para-aminodiphénylméthane.

Par contre, il n’existe pas de réactivité croisée avec les anesthésiques locaux du groupe « amide » comme lidocaïne, mépivacaïne, pivacaïne, prilocaïne, la cinchocaïne.

Comme l’avance les auteurs portugais de ce travail, le test à la benzocaïne n’est pas d’un très grand rendement pour diagnostiquer une allergie aux anesthésiques locaux.

Ainsi, ils préconisent le recours à un test « caïne mix » contenant benzocaïne, tétracaïne, du groupe ester, et, cinchocaïne du groupe amide.

Cent douze patients ont été recrutés comme ayant eu une réaction à un anesthésique local et ont subi les tests épicutanés avec sept anesthésiques locaux des deux groupes.

Très logiquement, la cinchocaïne est la plus performante, 50,7% de l’ensemble des patients avec une corrélation clinique à 97%, alors que la benzocaïne était positive que chez 22,5% des patients avec une pertinence clinique faible à 44%.

Tout cela s’explique très bien du fait, comme écrit plus haut, que l’on a recours quasi uniquement aux anesthésiques locaux du groupe amide et que la positivité à la benzocaïne ne représente le plus souvent qu’une réaction croisée avec un produit présentant une amide primaire en para.

A mon avis, il serait plus intéressant de pratiquer deux tests, l’un avec de la benzocaïne, l’autre avec la cinchocaïne.