Peut-on couper le sifflet de nos tout-petits avec un bon coup de corticoïdes oraux ?

lundi 22 avril 2013 par Dr Philippe Carré531 visites

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Peut-on couper le sifflet de nos tout-petits avec un bon coup de corticoïdes oraux ?

Peut-on couper le sifflet de nos tout-petits avec un bon coup de corticoïdes oraux ?

lundi 22 avril 2013, par Dr Philippe Carré

Les corticostéroïdes oraux réduisent-ils la sévérité des maladies aigues de l’arbre respiratoire inférieur chez des enfants d’âge préscolaire présentant des sifflements répétés ? : Avraham Beigelman, Tonya S. King, David Mauger, Robert S. Zeiger, Robert C. Strunk, H. William Kelly, Fernando D. Martinez, Robert F. Lemanske, Katherine Rivera-Spoljaric, Daniel J. Jackson, Theresa Guilbert, Ronina Covar, Leonard B. Bacharier,

Childhood Asthma Research and Education Network of the National Heart, Lung, and Blood Institute

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - 15 March 2013 (10.1016/j.jaci.2013.01.034)

- Contexte :

  • Les corticostéroïdes oraux (CSO) sont recommandés chez les enfants ayant des épisodes sévères de sifflements
  • Cependant, les preuves sont limitées en faveur de leur utilisation chez les enfants d’âge préscolaire vus en externe avec des maladies sifflantes.

- Objectif :

  • Evaluer si les CSO réduisent les scores de symptômes au cours des maladies aigues des voies respiratoires inférieures (MVRI) chez les enfants d’âge préscolaire ayant des sifflements répétés.

- Méthodes :

  • Les auteurs ont réalisé des analyses post-hoc et répétées dans deux cohortes externes d’enfants âgés de 1 à 5 ans participant à des essais cliniques, et ayant des sifflements épisodiques
  • Les scores de symptômes ont été comparés pendant des MVRI, quelles soient ou non traitées par des CSO, après ajustement pour les différences de maladies et la sévérité des épisodes
  • Les épisodes ont été stratifiés par sévérité en utilisant un modèle de propension
  • L’objectif principal était la détermination de l’aire sous la courbe (ASC) des scores totaux de symptômes parmi les épisodes les plus sévères.

- Résultats :

  • Au cours de l’essai sur les Stratégies Aigues d’Intervention (AIMS), 215 participants ont présenté 798 MVRI aigues, dont 112 étaient définies comme sévères sur les scores de propension
  • Les ASC des scores totaux de symptômes n’étaient pas différentes entre les épisodes qui étaient (n= 70) ou qui n’étaient pas (n= 42) traités par des CSO (p=0.46) pas plus qu’il n’y avait un effet du traitement par CSO sur les scores de symptômes individuels
  • Dans l’essai sur le Traitement par Corticoïdes Inhalés comme traitement de Fond ou Intermittent chez les Tout-petits Siffleurs (MIST), incluant 278 participants avec 133 MVRI sévères, des analyses semblables ont confirmé les résultats ci-dessus (p=0.46 pour l’ASC de la comparaison des scores totaux de symptômes).

- Conclusions :

  • Dans 2 cohortes distinctes d’enfants d’âge préscolaire ayant des sifflements épisodiques, le traitement par des CSO au cours de MVRI cliniquement significatives ne réduisait pas la sévérité des symptômes au cours des MVRI aigues, malgré l’utilisation pendant la plupart des épisodes de médicaments contrôleurs de l’asthme
  • Ces résultats nécessitent d’être confirmés dans un essai prospectif contrôlé randomisé.

Les 2 études post-hoc de cohortes AIMS et MIST, concernant des enfants d’âge préscolaire présentant des sifflements intermittents avec plus de 1500 MVRI, suggèrent que les corticoïdes oraux ne réduisent pas la sévérité des symptômes au cours des épisodes aigus de MVRI.

De plus, les sous-groupes d’enfants qui auraient pu bénéficier le plus d’une réponse aux corticoïdes, tels que ceux ayant des facteurs de risque d’asthme, n’apparaissaient pas avoir de bénéfice plus grand que ceux sans facteurs de risque.

Ces données sont applicables seulement dans la population des enfants d’âge préscolaire avec un asthme sévère intermittent qui sifflent au cours d’une infection virale de l’arbre respiratoire, mais qui sont peu symptomatiques entre les épisodes ; ces données ne sont pas applicables aux enfants ayant un asthme persistant. De plus, les données concernent des patients suivis en externe et ne peuvent pas être extrapolées à ceux nécessitant des soins aigus en urgence ou une hospitalisation.

Une limite de cette étude est qu’elle n’a pas été réalisée pour étudier directement l’effet des corticoïdes oraux puisqu’il s’agissait d’une étude post-hoc ; mais le modèle de propension utilisé permet d’éviter au maximum les biais d’analyse, et les résultats ont été confirmés dans deux cohortes différentes. Des biais restent cependant possibles, notamment le schéma de 4 jours corticoïdes utilisé : il est possible qu’une durée plus longue ou des doses plus importantes ou un début de traitement plus rapide aurait pu voir un effet différent.

Les résultats de ces études post-hoc suggèrent que le traitement par corticoïdes oraux ne réduit pas la sévérité des symptômes au cours des MVRI chez des enfants d’âge préscolaire avec des sifflements récidivants ; les limites de cette étude sont une indication à conduire des essais prospectifs rigoureux pour établir clairement le rôle des corticoïdes dans la prise en charge de ce problème médical fréquent chez ces jeunes enfants.