Les tests cutanés intradermiques aux céphalosporines peuvent-ils prédire l’imprédictible ? Mais non quoi !

mercredi 25 septembre 2013 par Dr Philippe Carré1187 visites

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Les tests cutanés intradermiques aux céphalosporines peuvent-ils  prédire l’imprédictible ? Mais non quoi !

Les tests cutanés intradermiques aux céphalosporines peuvent-ils prédire l’imprédictible ? Mais non quoi !

mercredi 25 septembre 2013, par Dr Philippe Carré

Validation du test cutané intradermique aux céphalosporines pour la prédiction de l’hypersensibilité immédiate : étude prospective avec test de provocation. : S.-Y. Yoon, S. Y. Park, S. Kim, T. Lee, Y. S. Lee, H.-S. Kwon, Y. S. Cho, H.-B. Moon, T.-B. Kim*

dans Allergy
Volume 68, Issue 7, pages 938–944, July 2013

- Contexte :

  • Les céphalosporines sont des molécules majeures en terme d’hypersensibilité médicamenteuse avec la pénicilline
  • Les tests cutanés intradermiques (TCID) aux céphalosporines ont été largement utilisés ; cependant, leur validité pour la prédiction de l’hypersensibilité immédiate n’a pas été étudiée
  • Cette étude visait à déterminer la valeur prédictive des tests cutanés intradermiques aux céphalosporines avant l’administration du médicament.

- Méthodes :

  • Les auteurs ont réalisé de façon prospective des TCID avec quatre céphalosporines, avec une molécule sélectionnée parmi les céphalosporines de première, seconde, troisième ou quatrième génération : ceftezol ; cefotetan ou cefamandole ; ceftriaxone ou cefotaxime ; et flomoxef, respectivement, ainsi qu’avec la pénicilline G
  • Après le test cutané, quel qu’en soit le résultat, l’une des céphalosporines testées était administrée par voie intraveineuse, et le patient était surveillé de façon stricte.

- Résultats :

  • 1421 patients ont été recrutés, qui avaient besoin de céphalosporines en post-opératoire
  • 74 patients (5.2%) avaient des tests positifs à au moins une céphalosporine
  • Cependant, aucun des sujets répondeurs n’avait de réaction d’hypersensibilité immédiate après test de provocation avec une céphalosporine identique ou différente, qui était positive en test cutané
  • 4 patients qui ont eu une urticaire généralisée et un prurit après le test de provocation avaient des tests cutanés négatifs à la molécule correspondante
  • Les TCID aux céphalosporines avaient une sensibilité de 0%, une spécificité de 97.5%, une valeur prédictive négative de 99.7%, et une valeur prédictive positive (VPP) de 0%, après tests de provocation aux mêmes molécules qui étaient positives en test cutané.

- Conclusion :

  • Les tests cutanés de routine aux céphalosporines avant leur administration ne sont pas utiles pour prédire l’hypersensibilité immédiate, car leur sensibilité et leur VPP sont très faibles.

Dans une étude prospective, 1421 patients âgés de 14 à 86 ans ont eu des tests cutanés aux céphalosporines : aucun des patients qui avait des tests cutanés intradermiques positifs n’a eu d’hypersensibilité immédiate après un test de provocation IV à la même céphalosporine ou à une autre, alors que 0.28% des sujets qui avaient des tests négatifs ont développé une réaction immédiate. 13.6% des patients avaient été auparavant exposés à une céphalosporine, 9.1% ne l’avaient pas été, et les autres ne le savaient pas.

Prédire une hypersensibilité avant d’administrer un médicament est la façon la plus efficace et la plus sûre de prévenir des réactions d’hypersensibilité ; les tests intradermiques ont été largement utilisés à cet effet mais leur valeur n’avait jamais été validée.

L’étude incluait des patients ne sachant pas s’ils avaient eu une réaction antérieure ; de plus les auteurs ont administré une dose thérapeutique unique à tous les patients quel que soit le résultat des tests cutanés, ce qui semble être la première étude prospective qui étudie la validité des tests cutanés aux céphalosporines avant leur administration, y compris quand le test cutané est positif. Il y a toujours une controverse sur la validité de ces tests en raison de la méconnaissance des déterminants antigéniques de la réponse immunologique aux céphalosporines.

Dans cette étude, les auteurs ont fait les tests de provocation avec une dose entière de médicament, sans doses progressives qui sont faites habituellement en cas d’histoire antérieure d’allergie aux céphalosporines, ce qui n’était pas le cas ici ; ce qui permet de montrer que la provocation à doses progressives n’est pas nécessaire, même si le test cutané est positif.

Une des limites de cette étude est qu’elle n’a évalué que les patients qui avaient besoin d’une antibiothérapie prophylactique avant la chirurgie et qui nécessitaient une dose pleine d’antibiotique ; elle n’incluait pas de patients qui avaient besoin d’antibiotiques à titre curatif pour éviter tout facteur confondant. Tous les types de céphalosporines n’ont donc pas été étudiés, ce qui peut limiter la généralisation sur les réactions d’hypersensibilité qui sont liées à leur utilisation.

En résumé, une IDR réalisée pour prédire les réactions d’hypersensibilité aux céphalosporines avant leur administration n’a pas d’intérêt en raison de l’absence de toute valeur prédictive négative, suggérant que des recherches sont nécessaires pour trouver des alternatives aux tests cutanés.