Ça gêne les enfants d’avoir de mauvais gènes, ou comment la BPCO débute dès la conception !

vendredi 31 janvier 2014 par Dr Philippe Carré420 visites

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Ça gêne les enfants d’avoir de mauvais gènes, ou comment la BPCO débute dès la conception !

Ça gêne les enfants d’avoir de mauvais gènes, ou comment la BPCO débute dès la conception !

vendredi 31 janvier 2014, par Dr Philippe Carré

Sifflements précoces transitoires et fonction respiratoire dans la petite enfance, en association avec les gènes de la broncho pneumopathie chronique obstructive.:Marjan Kerkhof, H. Marike Boezen, Raquel Granell, Alet H. Wijga, Bert Brunekreef, Henriëtte A. Smit, Johan C. de Jongste, Carel Thijs, Monique Mommers, John Penders, John Henderson, Gerard H. Koppelman, Dirkje S. Postma

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - January 2014 (Vol. 133, Issue 1, Pages 68-76.e4, DOI : 10.1016/j.jaci.2013.06.004)

- Contexte :

  • L’hypothèse a été émise qu’une anomalie précoce du développement pulmonaire sous-tend la susceptibilité à développer une broncho pneumopathie chronique obstructive (BPCO)
  • On ne connait que peu de choses sur le fait de savoir si les sujets génétiquement prédisposés à une BPCO voient leurs premiers symptômes ou la réduction de leur fonction respiratoire apparaître dans l’enfance.

- Objectif :

  • Rechercher si les gènes de réplication pour la BPCO sont associés à des sifflements précoces transitoires (SPT) et à un certain niveau de fonction respiratoire chez les enfants âgés de 6 à 8 ans, et si l’exposition à la fumée de cigarette in utero et après la naissance (fumée de tabac environnementale FTE) modifient ces effets.

- Méthodes :

  • L’association entre les génotypes liés à la BPCO de 20 polymorphismes uniques de nucléotides sur 15 gènes avec les SPT, le VEMS, la CVF et le rapport VEMS/CVF a été étudiée dans la cohorte de naissance PIAMA (Prevention and Incidence of Asthme and Mite Allergy) n=1996, et refaite dans la cohorte KOALA (Child, parents and health : lifestyle and genetic constitution) et la cohorte ALSPAC (Avon Longitudinal Study of Parents And Children).

- Résultats :

  • Le gène AGER montrait une réplication associée au rapport VEMS/CVF
  • TNS1 était associé avec des SPT plus importants dans PIAMA et un VEMS plus bas dans ALSPAC
  • TNS1 interagissait avec la FTE dans PIAMA, montrant un VEMS plus bas chez les enfants exposés
  • HHIP rs1828591 interagissait avec la FTE in utero dans PIAMA et avec la FTE dans ALSPAC, avec une fonction respiratoire plus basse chez les enfants non exposés
  • SERPINE2, FAM13A et MMP12 étaient associés à un VEMS et une CVF plus élevés, et SERPINE2, HHIP et TGFB1 interagissaient avec la FTE dans PIAMA seulement, montrant des effets adverses de l’exposition sur le VEMS qui étaient limités aux enfants aux enfants ayant des génotypes qui leur conférait le risque le plus faible de BPCO.

- Conclusion :

  • Ces résultats montrent l’intervention significative d’au moins 3 gènes de BPCO dans le développement pulmonaire et la croissance pulmonaire, en démontrant des associations orientées vers une réduction de calibre des voies aériennes dans la petite enfance
  • De plus, ces résultats suggèrent que les gènes de la BPCO sont impliqués dans la réponse pulmonaire des enfants à l’exposition à la fumée de tabac in utero et dans la vie précoce.

Il s’agit probablement de la première étude qui ait testé l’hypothèse que des variants génétiques connus comme étant associés à la BPCO et à une baisse de la fonction respiratoire chez l’adulte, soient associés à la fonction respiratoire et aux sifflements précoces dans la petite enfance.

Les résultats soutiennent l’hypothèse que la BPCO peut avoir son origine dans la petite enfance, en montrant des associations entre plusieurs gènes importants associés à la BPCO et des symptômes de sifflements précoces transitoires ou de fonction respiratoire plus basse dans 2 études de cohortes. Ces effets ne sont pas mineurs, et des différences de 4 à 7% du VEMS prédit ont été observées entre les enfants avec ou sans les gènes de BPCO exposés au tabagisme maternel pendant la grossesse, ce qui suggère que les gènes de la BPCO sont impliqués dans la réponse pulmonaire de l’enfant au tabagisme maternel dès cette période là.

A côté de l’hypothèse que les gènes de la BPCO influencent le développement pulmonaire, une autre hypothèse serait que les gènes de la BPCO influencent la susceptibilité des enfants aux infections respiratoires de la petite enfance, conduisant à des SPT sans relation avec une BPCO ultérieure, mais l’absence de relation directe dans cette étude entre les gènes TNS1 et HHIP et les infections respiratoires rend cette association très improbable.

Le but de l’étude étant de trouver un lien entre la fonction pulmonaire infantile et la BPCO de l’adulte, les auteurs ont limité leur étude aux nucléotides associés dans les études antérieures à la BPCO ; il n’est pas exclu que d’autres variants génétiques fonctionnels soient impliqués chez les enfants.

Cette étude conforte donc l’hypothèse générale que la BPCO a son origine très tôt dans l’enfance, et que les gènes de la BPCO sont impliqués dans la réponse pulmonaire des enfants à l’exposition tabagique de leurs parents.