Vitamine D et allergie

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Vitamine D et allergie

Vitamine D et allergie

mardi 4 février 2014, par Dr Bertrand Lovato

Taux de 25 OH D dans le sang du cordon et risque de wheezing et de d’eczéma atopique dans la petite enfance : Nour Baïz, Patricia Dargent-Molina, John D. Wark, Jean-Claude Souberbielle, Isabella Annesi-Maesano, EDEN Mother-Child Cohort Study Group

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - January 2014 (Vol. 133, Issue 1, Pages 147-153, DOI : 10.1016/j.jaci.2013.05.017)

- Objectifs

  • Si l’effet de la prise maternelle de Vitamine D pendant la grossesse sur le risque de survenue d’un asthme ou d’allergies de la progéniture semble établi, les études portant sur les taux de 25-OH D du sang du cordon sont rares.
  • Le but de cette étude parue dans le JACI était d’examiner le lien éventuel entre le taux du sang du cordon de 25 (OH) D et la prévalence de l’asthme, du wheezing, de la rhinite allergique et la dermatite atopique chez les enfants de la naissance à 5 ans.

- Méthodes

  • 239 prélèvements de sang du cordon ont été analysés. Les enfants ont été suivis jusqu’à l’âge 5 ans par des questionnaires validés internationalement.

- Résultats

  • Le taux médian de 25 (OH) D dans le cordon était 17.8 ng/mL.
  • Une association inverse significative a été observée entre le taux de 25 (OH) D et le risque de survenue d’épisodes transitoires de wheezing et de dermatite atopique. -* Aucune association par contre n’a été notée avec le risque d’apparition d’un asthme ou d’une rhinite allergique à 5 ans

- Conclusion

  • Le taux dans le sang du cordon de 25 (OH) D a été inversement associé au risque de wheezing transitoire et de dermatite atopique, mais aucune association n’a été trouvée avec l’asthme et la rhinite allergique.

La vitamine D est une vitamine liposoluble apportée par l’alimentation ; elle peut être considérée comme une « hormone » en raison de la grande variété de ses effets extra osseux, notamment sur le système immunitaire.
Au cours des dix dernières années, plusieurs études ont suggéré des relations épidémiologiques entre de faibles taux sériques de 25 (OH)D et l’augmentation des risques de diverses pathologies aussi variées que la sclérose en plaques, le diabète de type I, certains cancers, des pathologies cardio-vasculaires et sur l’atopie.

Même si les taux recommandés permettant d’assurer les fonctions physiologiques restent débattus et qu’il n’existe pas de consensus, on parle de carence en vitamine D par un taux de 25 (OH)D inférieur à 10 ng/ml ; l’insuffisance en vitamine D correspond à des valeurs comprises entre 10 et 30 ng/ml. Ces valeurs ne sont pas a priori extrapolables aux taux de vitamine D nécessaires aux actions immunitaires.

La vitamine D agit à plusieurs niveaux : immunité innée, immunité acquise et en ce qui concerne plus spécifiquement les maladies atopiques, la vitamine D diminue la production des IgE et l’augmentation de sa synthèse dans la peau augmente la production d’Il 10 et par conséquent, réduit l’inflammation cutanée.

De nombreux gènes associés à des maladies allergiques sont régulés par la vitamine D ou ses métabolites, dont ceux de nombreuses cytokines (TNF, IFN, IL8, IL4) et celui de la filaggrine (protéine permettant l’arrangement des filaments de kératine, représentant ainsi l’un des éléments principaux de la fonction barrière de la peau).

Les études portant sur les relations entre asthme et vitamine D tendent à montrer un lien entre hypovitaminose D et apparition d’un asthme, exacerbations et mauvais contrôle global de l’asthme.

Enfin les sensibilisations IgE dépendantes sont plus fréquentes chez les enfants déficitaires en vitamine D, avec des manifestations cliniques souvent plus marquées (peau, bronches, ORL).

Les recommandations françaises pour la prescription de vitamine D sont précises : 80 000 – 100 000 UU au début du 7e mois de grossesse chez la femme enceinte, 600 à 1200 UI par jour chez le nourrisson de moins de 18 mois selon son mode d’allaitement et 2 doses de charge trimestrielle en novembre et février de 80 000 – 100 000 UI de 18 mois à 5 ans et de 10 à 18 ans.
En présence d’un facteur de risque particulier (forte pigmentation cutanée, affection dermatologique, port de vêtements très couvrants, malabsorption digestive, insuffisance rénale ….) les doses devront être réajustées à la hausse.

Une fois de plus, l’allergologue trouve ici un rôle d’interniste, en intégrant dans son interrogatoire et dans son bilan le statut vitaminique de ses patients atopiques.