Faudrait pas confondre l’allergique Grec avec l’allergique Islandais ! Et la France, dans tout ça ?

lundi 10 mars 2014 par Dr Céline Palussière387 visites

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Faudrait pas confondre l’allergique Grec avec l’allergique Islandais ! Et la France, dans tout ça ?

Faudrait pas confondre l’allergique Grec avec l’allergique Islandais ! Et la France, dans tout ça ?

lundi 10 mars 2014, par Dr Céline Palussière

Prévalence et distribution de la sensibilisation allergénique alimentaire chez les adultes d’Europe. : Burney PGJ, Potts J, Kummeling I, Mills ENC, Clausen M, Dubakiene R, Barreales L, Fernandez-Perez C, Fernandez-Rivas M, Le T-M, Knulst AC, Kowalski ML, Lidholm J, Ballmer-Weber BK, Braun-Fahlander C, Mustakov T, Kralimarkova T, Popov T, Sakellariou A, Papadopoulos NG, Versteeg SA, Zuidmeer L, Akkerdaas JH, Hoffmann-Sommergruber K, van Ree R. The prevalence and distribution of food sensitization in European adults.

dans Allergy 2014 ; 69 : 365–371.

- Contexte :

  • Les plaintes « d’allergie alimentaire » sont de plus en plus fréquentes.
  • Les études standardisées de la sensibilisation dépendante des IgE aux aliments sont toujours peu répandues et les analyses comparant plusieurs pays demeurent rares.
  • Nous avons évalué la sensibilisation IgE aux allergènes alimentaires dans différentes régions d’Europe à l’aide d’un protocole commun.

- Méthodes :

  • Les participants étaient issus d’une population générale âgée de 20 à 54 ans de 8 centre européens (Zurich, Madrid, Utrecht, Lodz, Sophia, Athènes, Reykjavik et Vilnius).
  • On leur demandait s’ils présentaient des symptômes allergiques associés à des aliments en particulier.
  • Des échantillons pondérés de sujets avec et sans symptômes d’allergie ont ensuite complété un questionnaire plus long, et ont donné du sérum, pour une analyse des IgE en ImmunoCAP pour 24 aliments, 6 aéroallergènes et, par biopuce multiallergénique, pour 48 protéines alimentaires individuelles.

- Résultats :

  • La prévalence de la sensibilisation IgE pour les aliments atteignait 23.6% à 6.6%.
  • Les sensibilisations IgE les moins fréquentes concernaient le poisson (0.2%), le lait (0.8%) et l’œuf (0.9%), et les plus fréquentes concernaient la noisette (9.3%), la pèche (7.9%) et la pomme (6.5%).
  • L’ordre de prévalence de la sensibilisation IgE vis à vis des différents aliments était le même dans chaque centre, et était corrélé avec la prévalence de la sensibilisation aux allergènes de pollens Bet v 1 et Bet b 2 (r=0,86).
  • La sensibilisation IgE aux composants des allergènes végétaux ne reposant pas sur une réactivité croisée avec les allergènes polliniques était plus équitablement distribuée, et indépendante de la sensibilisation IgE aux pollens (r=-0,10).
  • Les aliments les plus fréquents ne reposant pas sur un allergène croisant avec les pollens étaient le sésame, la crevette et la noisette.

- Discussion :

  • La sensibilisation IgE aux allergènes alimentaires est fréquente, mais elle varie radicalement selon le pays, et elle est principalement liée à la sensibilisation IgE aux allergènes de pollens.
  • La sensibilisation IgE aux allergènes alimentaires ne croisant pas avec les pollens est rare et plus équitablement distribuée.

Alors que les allégations d’allergie alimentaire sont fréquentes chez l’adulte, les auteurs de cette étude ont cherché à en préciser la prévalence exacte dans plusieurs pays d’Europe.

Des adultes issus de la population générale de 8 centres européens ont été recrutés, ont rempli des questionnaires, et certains séra ont été analysés en terme d’IgE réactivité grâce à la biopuce multiallergénique ISAC.

Cet outil diagnostique prouve ici son intérêt en terme de recherche épidémiologique, puisqu’il permet la détection d’IgE pour 48 allergènes alimentaires au niveau moléculaire, ce qui permet une approche précise du profil de sensibilisation des sujets testés.

Tout d’abord les données concernant la prévalence de l’IgE-réactivité aux allergènes alimentaires est très variable selon les pays : elle va de 6 à 23%, avec un gradient très nettement lié à l’exposition aux pollens de Fagales. Les pays nordiques et d’Europe de l’Est affichent ainsi une prévalence plus élevée que les pays du Sud.

Il s’agit toutefois ici de la prévalence de l’IgE réactivité, et non de l’allergie alimentaire à proprement parler, sans notion des symptômes présentés par les patients.

La prévalence de la sensibilisation aux allergènes alimentaire est directement corrélée à la prévalence de réactivité vis à vis des allergènes de la famille des PR-10 et des profilines. Les rosacées sont ainsi les sources allergéniques les plus fréquemment rencontrées.

Les aliments allergisants ne présentant pas de réactivité croisée avec les pollens (poisson, œuf, lait) ont une prévalence faible, inférieure à 1%, et leur distribution géographique est homogène en Europe.

Cette étude multicentrique apporte donc des données précises sur la fréquence de différentes sensibilisations alimentaires selon les pays.

Chez l’adulte, la majorité des allergies alimentaires est secondaire à la pollinose, par allergie croisée par le biais des PR-10 et des profilines. Ces allergènes sont responsables de réactions allergiques bénignes dans la majorité des cas.

Les allergies de l’enfant (lait et oeuf) guérissent, puisque leur prévalence chez l’adulte chute. Les différentes habitudes alimentaires ne semblent pas influencer la prévalence de la sensibilisation, qui reste homogène dans les différents centres étudiés.

Quant à la France ? Une fois encore, nous voici privés de données épidémiologiques de grande ampleur. Les profils de sensibilisation polliniques et alimentaires des Français restent donc inconnus, alors que les nouveaux outils tels que la biopuce ISAC apporteraient des mines d’informations pertinentes et utiles...