D’accord l’immunothérapie c’est pas dangereux, mais dans 20 ans : je risque pas un cancer ou une maladie auto-immune ?

vendredi 30 mai 2014 par Dr Stéphane Guez809 visites

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D’accord l’immunothérapie c’est pas dangereux, mais dans 20 ans : je risque pas un cancer ou une maladie auto-immune ?

D’accord l’immunothérapie c’est pas dangereux, mais dans 20 ans : je risque pas un cancer ou une maladie auto-immune ?

vendredi 30 mai 2014, par Dr Stéphane Guez

Immunothérapie spécifique aux acariens et au pollens et cancer et maladies auto-immunes : une étude observationnelle cas témoins à long terme. : Bozek A. · Kozłowska R. · Jarzab J.

dans Int Arch Allergy Immunol 2014 ;163:307-312 (DOI:10.1159/000361022)

- Introduction :

  • La sécurité de l’immunothérapie spécifique (ITS) a été bien documentée.
  • Cependant, les effets éventuels à long terme chez des patients qui ont arrêté leur désensibilisation de nombreuses années auparavant, n’ont été étudiés que dans un nombre très faibles d’études.

- Objectif de l’étude :

  • Il a été de réaliser une évaluation observationnelle 20 ans après une SIT afin d’évaluer toutes les manifestations en rapport avec une maladie impliquant un mécanisme immunologique.

- Matériel et Méthode.

  • Un total de 1144 patients (521 femmes et 623 hommes) ayant une âge moyen de 22.8 ans + /_ 16.9 ans (au moment de la fin de l’ITS) et un terrain atopique avec asthme ou rhinite allergique, ont été inclus et surveillés pendant 20 ans après la fin de l’ITS.
  • Toutes les manifestations néoplasiques et les maladies auto-immunes ont été enregistrées.
  • Le groupe ITS a été comparé à un groupe témoin de 1154 patients allergiques qui n’ont jamais eu de désensibilisation et seulement des traitements symptomatiques.

- Résultats :

  • Il y a une relation inverse entre le traitement par ITS et la prévalence d’avoir une leucémie myéloïde chronique et une leucémie lymphoblastique chronique (respectivement OR 0.32, IC95% : 0.18-0.81 et OR : 0.58, IC95% : 0.44-0.78).
  • Pour les autres affections néoplasiques, des prévalences similaires à celles observées dans le groupe contrôle sont confirmées.
  • Il n’y a pas également de différence significative concernant la prévalence des affections auto-immunes entre les groupes analysés.

- Conclusion :

  • Les résultats à long terme de cette étude observationnelle montrent l’absence d’une prévalence significative d’un risque de néoplasie ou de maladies auto-immune, ce qui suggère que réellement l’ITS n’a pas d’effet délétère même à long terme.

Dans cette étude observationnelle sur les effets à long terme de la désensibilisation, les auteurs ont recherché s’il y avait, après 20 ans, un risque de développer une maladie auto-immune ou une affection cancéreuse. Il n’y a bien aucun risque et même un effet protecteur modeste à confirmer pour certaines leucémies.

Ce travail va totalement rassurer les allergologues.

On peut cependant faire quelques remarques.

La désensibilisation reste contre-indiquée dans toutes les affections auto-immunes et donc certains patients allergiques ont été initialement exclus de même que tous ceux qui avaient une suspicion d’affection néoplasique. Il y a donc un biais évolutif puisque les patients ont été triés. Même si les patients allergiques ont été désensibilisés ils ont certainement poursuivi des traitements symptomatiques. Il n’est donc pas certain que le groupe contrôle soit très différent du groupe traité. Il aurait été intéressant dans ces conditions de savoir si le seul fait d’avoir une allergie, donc un système immunologique « tolérant », a ou non un effet protecteur par rapport à une population générale concernant le risque de faire une leucémie ou une maladie auto-immune.

Enfin, la question de l’ITS chez les patients qui ont une affection dite « immunologique » reste toujours sans réponse : rien ne prouve qu’elle soit contre-indiquée et encore moins qu’elle ne puisse avoir un effet positif plutôt que délétère.