Vers un nouveau facteur de risque de rhinite allergique dans l’enfance ????

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Vers un nouveau facteur de risque de rhinite allergique dans l’enfance ????

Vers un nouveau facteur de risque de rhinite allergique dans l’enfance ????

lundi 22 septembre 2014, par Dr Cécilia Nocent

La prise d’antibiotiques dans la première semaine de vie est un facteur de risque de rhinite allergique à l’âge scolaire. : Alm B, Goksör E, Pettersson R, Möllborg P, Erdes L, Loid P, Åberg N, Wennergren G.

Antibiotics in the first week of life is a risk factor for allergic rhinitis at school age.

dans Pediatr Allergy Immunol 2014 : 25 : 468–472.

- Contexte :

  • L’hérédité comme des facteurs extérieurs influencent le développement de la rhinite allergique.
  • Le but de cette étude est d’analyser les facteurs de risque précoces et les facteurs protecteurs de rhinite allergique à l’âge scolaire.

- Méthodes :

  • Il s’agit d’une étude prospective, longitudinale concernant des enfants nés en Suède de l’ouest en 2003 ; 50% de la cohorte de naissance est sélectionnée par randomisation.
  • Les parents ont répondu à des questionnaires à 6 mois, 12 mois, 4 ans et demi et 8 ans de la naissance.
  • A 8 ans, 5044 questionnaires ont été distribués. Parmi eux, 4051 ont été remplis soit 80.3%.
  • La rhinite allergique était définie par l’existence de symptômes ou l’utilisation de traitements spécifiques dans les 12 mois précédents.

- Résultats :

  • La rhinite allergique à 8 ans était rapportée dans 10.9% des cas. L’âge moyen de début est de 5.7 ans et dans 61.9% des cas il s’agit de garçons.
  • Dans une analyse multi variée, les antibiotiques dans la première semaine de vie augmentent le risque de rhinite allergique (Odd Ratio ajusté : 1.75, 95% CI : 1.03-2.97).
  • Le risque était également augmenté lorsque les parents présentaient une rhinite allergique (ORa : 2.45 ; 95% CI : 1.61-3.73), en cas d’allergie alimentaire dans la première année (ORa : 2.45 ; 95% CI : 1.61-3.73), en cas d’eczéma la première année (ORa : 1.97 ; 95% CI : 1.50-2.59) et en cas de sexe masculin (ORa : 1.35 ; 95% CI : 1.05-1.74).
  • Par contre, vivre dans une ferme à l’âge de 4.5 ans réduisait le risque (ORa : 0.31 ; 95% CI : 0.13-0.78).

- Conclusion :

  • Les antibiotiques dans la première semaine de vie augmentent le risque de rhinite allergique à l’âge scolaire alors que la vie à la ferme en âge préscolaire réduit ce risque.
  • Ces deux données sont compatibles avec l’hypothèse hygiéniste.

Cette étude épidémiologique suédoise publiée dans Pediatric Allergy and Immunology recherche des facteurs de risque de développement d’une rhinite allergique dans l’enfance.

Les auteurs ont réalisé une très grosse enquête épidémiologique (comme seuls les auteurs nordiques réussissent à le faire).Ils ont suivi par questionnaire la moitié des enfants nés en Suède de l’ouest en 2003. La sélection se faisait par tirage au sort. Les familles des enfants sélectionnés recevaient des questionnaires à 4 reprises : à 6 mois, 12 mois, 4.5 ans et 8 ans. A 8 ans, 80% des questionnaires sont retournés remplis (cela force l’admiration !!).

Grâce à ces questionnaires, les auteurs ont retrouvé une prévalence de 10.9% de rhinite allergique à l’âge de 8 ans. Par contre on n’a pas d’information concernant les éventuels allergènes incriminés (acariens, pollens, phanères d’animaux ?). Les auteurs ont mis en évidence des facteurs de risque de développer cette pathologie : l’administration d’antibiotiques dans la première semaine de vie, mais aussi plus classiquement les antécédents familiaux de rhinite allergique, les allergies alimentaires ou l’eczéma dans la première année de vie et le sexe masculin. Ils ont retrouvé un facteur protecteur : vivre à la ferme à l’âge de 4.5 ans.

Les auteurs mettent donc en garde sur la relation entre prise d’antibiotiques dans la première semaine de vie et le développement d’une rhinite allergique. Cependant il n’est pas classique d’avoir recours à des antibiotiques dès la naissance. En général les infections du nouveau né (jusqu’à 4 semaines me semble-t-il) sont en rapport avec des infections maternelles. Peut-être qu’en Suède la recherche d’infection maternelle (en particulier à streptocoque) n’est pas systématique en fin de grossesse ?

Les auteurs affirment que ces données sont en accord avec l’hypothèse hygiéniste. Il avait déjà été avancé que la vie à la ferme protègerait des manifestations allergiques. En effet le contact avec les endotoxines développerait le système lymphocytaire Th1 au détriment du système Th2 et donc protègerait de l’allergie.
Par contre l’usage d’antibiotiques précocement pourrait également développer le système lymphocytaire Th1 (mis en jeu dans les infections) au détriment du système Th2 (responsable des manifestations allergiques) et si cela était le cas, on ne pourrait pas expliquer l’augmentation des rhinites allergiques dans ce sous groupe d’enfants.

Cette étude est intéressante car elle peut aider à comprendre la genèse des pathologies allergiques. Cependant seule, elle ne suffit pas et il faut suivre les résultats des études à venir. Je pense par contre que la prescription d’antibiotiques dans la première semaine de vie n’est jamais faite sans avoir de bons arguments et qu’on ne pourra pas beaucoup influencer cela.