Et si l’asthme prédisposait à la BPCO ???

jeudi 16 octobre 2014 par Dr Cécilia Nocent663 visites

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Et si l’asthme prédisposait à la BPCO ???

Et si l’asthme prédisposait à la BPCO ???

jeudi 16 octobre 2014, par Dr Cécilia Nocent

Association entre asthme de l’enfant et pathologies pulmonaires chroniques obstructives à l’âge adulte. : Andrew Tai1, Haily Tran2, Mary Roberts3, Nadeene Clarke2, John Wilson4, Colin F Robertson2,5

dans Thorax 2014 ;69:805-810 doi:10.1136/thoraxjnl-2013-204815

- Introduction :

  • Il existe une évidence épidémiologique à suggérer que les événements de l’enfance influencent la croissance pulmonaire et constitue un risque significatif de BPCO à l’âge adulte.
  • Le but de cette étude est d’évaluer l’association entre l’asthme de l’enfance et la BPCO adulte.

- Méthodes :

  • Il s’agit d’une étude longitudinale, prospective s’intéressant à des enfants asthmatiques de 6-7 ans et suivis tous les 7 ans jusqu’à l’analyse actuelle à 50 ans.
  • Les participants ont rempli un questionnaire respiratoire et ont effectué des EFR avec test de réversibilité.
  • A l’âge de 50 ans, les sujets étaient classifiés en différents groupes : non asthmatiques, asthme en rémission, asthme actuel et BPCO définie par un rapport VEMS/CVF inférieur à 0.7 après bronchodilatateurs.

- Résultats :

  • Sur les survivants, 346 ont participé à l’étude actuelle (niveau de participation : 76%) dont 197 ont complété le questionnaire et effectué les EFR.
  • En comparaison avec les enfants n’ayant aucun symptôme de sifflement à 7 ans (non asthmatiques), les enfants ayant un asthme sévère ont un risque 32 fois plus élevé de développer une BPCO (95% CI : 3.4 à 269).
  • Dans cette cohorte, 43% des BPCO n’ont jamais fumé.
  • Il n’a pas été mis en évidence de différence sur le niveau de déclin du VEMS (ml/an, 95th CI) entre le groupe BPCO (17, 10 à 23) et les autres groupes : non asthmatiques (16, 12 à 21), rémission (20, 16 à 24) et asthme actuel (19, 13 à 25).

- Conclusions :

  • Les enfants présentant un asthme sévère ont un risque accru de développer une BPCO.

Cette étude publiée dans Thorax émane d’une équipe australienne. Il s’agit d’une étude épidémiologique longitudinale qui force le respect. En effet des enfants sont recrutés à l’âge de 6-7 ans et sont suivis tous les 7 ans jusqu’à l’âge de 50 ans. Ce papier s’intéresse à la santé respiratoire de la population à 50 ans mais l’étude se poursuit toujours.

L’effectif à 50 ans est de 346 sujets dont seulement 197 ont rempli le questionnaire et effectué la mesure de la fonction respiratoire. Certes l’effectif paraît peu important pour une étude épidémiologique mais vue l’ampleur de l’étude sur la durée, c’est déjà notable.

Cette étude montre que les enfants ayant un asthme sévère ont 32 fois plus de risque de développer une BPCO à l’âge adulte. La définition de la BPCO est l’existence d’un trouble ventilatoire obstructif (TVO) fixé, c’est-à-dire non réversible après inhalation de béta 2 mimétiques. Parmi les sujets ayant ce TVO fixé, 43% n’ont jamais fumé. Ces résultats sont intéressants mais la conclusion me semble discutable. En effet ces sujets présentent un TVO fixé mais il n’est pas certain qu’il s’agisse d’une BPCO. Peut-être est ce seulement la conclusion d’un asthme ancien avec remodelage bronchique et donc TVO non réversible. Il est très fréquent de retrouver de telles anomalies chez des asthmatiques dont l’asthme a commencé dans la petite enfance et dont l’asthme n’a jamais cessé de faire parlé de lui. Cependant si on effectuait des biopsies bronchiques chez ces sujets, il est probable que l’inflammation retrouvée soit plus celle d’un asthme que celle que l’on retrouverait dans la BPCO.

Cette étude me semble donc très intéressante même si je l’interpréterais différemment. Les asthmatiques sévères dans l’enfance ont plus de risque de développer des anomalies définitives à l’âge adulte et il semble donc important de dépister ces enfants et de les traiter de façon optimale pour essayer de limiter les TVO fixés à l’âge adulte.