Les jeunes obèses ne sont peut-être pas asthmatiques par hasard…

mercredi 5 novembre 2014 par Dr Cécilia Nocent233 visites

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Les jeunes obèses ne sont peut-être pas asthmatiques par hasard…

Les jeunes obèses ne sont peut-être pas asthmatiques par hasard…

mercredi 5 novembre 2014, par Dr Cécilia Nocent

Asthme et résistance à l’insuline chez des enfants et adolescents obèses. : José Sánchez Jiménez1,*, F. Javier Herrero Espinet1, José M. Mengibar Garrido2, Josep Roca Antonio3, Sara Peños Mayor1, María del Mar Peñas Boira1, Amadeu Roca Comas1 andAnna Ballester Martínez1
DOI : 10.1111/pai.12294

Vol. 25 Issue 5
Pediatric Allergy and Immunology

- Contexte :

  • Les enfants et adolescents obèses ont une augmentation du risque de développer un asthme.
  • Peu d’études ont évalué l’association entre résistance à l’insuline et asthme dans les populations obèses pédiatriques.
  • Les auteurs ont recherché s’il existait une relation entre un haut degré de résistance à l’insuline et la présence d’un asthme chez des enfants et adolescents obèses.

- Méthodes :

  • 153 patients âgés entre 4 et 15 ans, ayant un BMI au moins au 95° percentile pour leur âge ont été recrutés prospectivement.
  • L’évaluation comprenait le diagnostic d’asthme, les pricks tests pour les aéroallergènes environnementaux communs et la résistance estimée à l’insuline (HOMA : homeostasis model of assessment).
  • La médiane à 2,22 était utilisée comme valeur seuil pour caractériser la résistance à l’insuline.

- Résultats :

  • Il y avait 56 (36,6%) asthmatiques et 97 (63,4%) non asthmatiques.
  • Les valeurs HOMA étaient significativement associées avec des tests cutanés positifs (p=0,008) et un diagnostic d’asthme (p=0,016).
  • Les valeurs de base d’insuline étaient significativement associées avec le risque de présenter un asthme avec des tests cutanés positifs (OR : 1,084, p= 0,037).
  • Les auteurs ont retrouvé des différences sur l’âge, le BMI et la circonférence de la taille en fonction du niveau de HOMA inférieur à 2,22 ou supérieur ou égal à 2,22.
  • La circonférence de la taille est associée significativement avec la CVF (p=0,0001) ; plus la circonférence est élevée, moins bonnes sont les valeurs de CVF et de VEMS.

Conclusions :

  • La résistance à l’insuline est un facteur de risque d’asthme allergique chez les enfants et adolescents obèses.
  • La circonférence de la taille est inversement reliée à la valeur de la CVF et du VEMS.

Cette étude espagnole, publiée en 2014 dans « Pediatric Allergy and Immunology » s’intéresse à l’association entre asthme et obésité chez des enfants de 4 à 15 ans.

L’obésité est le fléau des pays développés au XXI° siècle. Cette pathologie concerne les enfants, les adolescents et les adultes. Des études épidémiologiques ont montré que la prévalence de l’asthme chez les obèses était plus importante que dans les populations ayant un BMI « normal ». Les auteurs ont donc essayé de comprendre s’il existait une relation entre le niveau de résistance à l’insuline et la fréquence de l’asthme chez des jeunes de moins de 15 ans.

Il s’agit d’une étude prospective sur 153 jeunes avec recherche du niveau de résistance à l’insuline (par l’HOMA), évaluation de la fonction respiratoire, réalisation de tests cutanés à la recherche d’allergie aux pneumallergènes standards.

Cette étude montre qu’il existe 36% d’asthmatique dans cette population alors que dans cette tranche d’âge la prévalence moyenne est autour de 9%. Les jeunes ayant un niveau élevé de résistance à l’insuline ont plus souvent un diagnostic d’asthme allergique avec tests cutanés positifs. De la même façon, les auteurs ont retrouvé une association entre une circonférence au niveau de la taille élevée et une altération de la fonction respiratoire (CVF et VEMS significativement plus bas).

Ce travail est donc très intéressant car il essaye de comprendre pourquoi il existe une « explosion » d’asthmatiques chez les obèses. Si la clé de cette relation est basée sur la résistance à l’insuline, cela peut éventuellement permettre d’envisager des voies thérapeutiques en travaillant sur la correction de la résistance à l’insuline. Il serait d’ailleurs intéressant de voir si la correction (partielle ou complète) de cette résistance à l’insuline permet de « corriger » l’asthme ou si ce dernier une fois installé évolue pour son propre compte.

Il me semble intéressant de suivre la littérature sur ce sujet à l’avenir car si les choses se confirment peut-être regarderons nous nos asthmatiques obèses sous un autre angle ?