DA+MAI : l’association inattendue ?

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DA+MAI : l’association inattendue ?

DA+MAI : l’association inattendue ?

jeudi 8 janvier 2015, par Dr Alain Thillay

Maladies autoimmunes en tant que comorbidité chez des patients atteints de dermatite atopique : une étude nationale cas-témoins à Taiwan. : Lung-Chi Wu1,2,3,4,5,†, Chian-Yaw Hwang4,6,7,†, Pei-I Chung1,4, Tuan-Chun Hua1,4, Yen-Da Chen1,4, Szu-Yin Chu1,4, Din-Dar Lee1,4, Yun-Ting Chang1,4, Wen-Jen Wang1,3,4, Han-Nan Liu1,3,4 andChih-Chiang Chen1,4,8,*

dans Pediatric Allergy and Immunology
Volume 25, Issue 6, pages 586–592, October 2014

- Contexte :

  • La dermatite atopique (DA) est une dermatose chronique récurrente d’étiologie inconnue.
  • Il est évoqué que la régulation anormale de Th1 et Th2 est non seulement la cause principale de la DA, mais aussi la pathogenèse cruciale de nombreuses maladies autoimmunes (MAI).
  • À ce jour, aucune étude à grande échelle n’a été réalisée concernant la relation entre dermatite atopique et maladies autoimmunes.

- Objectifs :

  • A l’aide d’une étude de population nationale avec cas-contrôles à Taiwan, nous avons cherché à préciser l’association de la DA et des MAI afin de parvenir à une meilleure compréhension de sa pathogénie.

- Méthodes :

  • Les données ont été obtenues à partir de la base de données de recherche nationale d’assurance maladie (NHIRD) de Taiwan de 1997 à 2010.
  • Au total, 41 950 patients atteints de DA et 167 800 contrôles appariés par âge et sexe ont été inscrits.

- Résultats :

  • Les patients atteints de la DA ont tendance à avoir un risque élevé de lupus érythémateux associé (LE) (OR : 1,94, IC 95% : 1,48 à 2,54).
  • Le risque de LE était plus élevé chez les femmes atteintes de DA (OR : 2,05, IC à 95% : 1,53 à 2,76) que chez les patients mâles atteints de DA (OR : 1,48, IC à 95% : 0,76 à 2,85).
  • Les patients âgés de moins de 18 ans atteints de D A avaient un risque plus élevé de LE (OR : 3,02, IC à 95% : 1,30 à 7,03) que les patients adultes atteints de DA (OR : 1,68, IC à 95% : 1,26 à 02,24).

- Conclusions :

  • Notre étude confirme l’association entre DA et LE.
  • Une enquête précoce à la recherche d’un LE chez les patients jeunes atteints de DA est recommandée.

Les maladies de l’atopie et les maladies autoimmunes, sur le plan dysimmunitaire, se situent dans le même paradigme de la balance Th1/Th2.

Il y a un peu plus d’une dizaine d’années, il était de bon temps de dire que les MAI étaient en rapport avec un déséquilibre en faveur de Th1, et, qu’à l’inverse, les maladies atopiques relevaient d’un déséquilibre en faveur de Th2. Tout cela s’inscrivant dans la fameuse théorie de l’hygiène.

Malheureusement, pour cette théorie simpliste, les faits expérimentaux étant têtus, une étude publiée en 2003, dans le JACI par Sheikh A et al. suggérait déjà un manque de corrélation inverse entre atopie, profil Th2, et maladies autoimmunes, profil Th1.

Encore plus insistant, cette présente étude taïwanaise est en faveur d’une corrélation positive entre DA et MAI.

Il s’agit d’une étude de population de grande envergure sur trois ans de 1997 à 2000, 41 950 patients atteints de DA ont été recrutés et avec un grand groupe témoin de 167 800 individus indemnes de cette pathologie, appariés en âge et sexe.

Les résultats sont clairs et significatifs.

Il existe un risque global plus important d’être atteint de LE si on est atteint de DA.
Ce constat est encore plus vrai chez la femme et le sujet jeune (âgé de moins de 18 ans).

Cette étude remet donc en cause le manichéisme de la balance Th1/Th2.

Il est vrai que l’immunologie a fait de nombreux progrès, la population des lymphocytes CD4+ ne se limite plus aux Th1 et aux Th2 et le rôle de ces différents acteurs cellulaires est mieux précisé.

Ainsi, le fameux Th2 GATA-3, STAT-6, dont l’interleukine emblématique est l’IL-4, agit dans la défense antiparasitaire mais aussi, de façon pathologique, dans les maladies allergiques et l’asthme.
Le non moins connu, Th1 T-bet STAT-4, interleukine IFN-gamma, est impliqué dans la lutte contre les agents pathogènes intracellulaires.
Les deux nouveaux sont, d’une part, le Th-17 STAT-3 (attention dans certaines études encore appelé Th-3), caractérisé entre autre par son interleukine, IL-17, joue un rôle dans la défense à l’encontre des agents bactériens extracellulaires, lutte contre le cancer et l’auto-immunité, et, d’autre part, le Treg Foxp3, TGF-Bêta1 pour l’interleukine représentative, immunosuppression.

La maladie lupique est des plus complexes et protéiformes.
Ainsi, en est-il de son immunopathologie.
Il existe une association avec un terrain génétique particulier, un déficit en IgA, une susceptibilité à certains médicaments en rapport avec un profil génétique particulier, des facteurs exogènes comme infections bactériennes, virales, UV, certaines hormones comme les œstrogènes, une augmentation de l’apoptose, des auto-anticorps de type anti-DNA double brin, d’épitopes cryptiques, le rôle des cellules dendritiques qui amplifient les réactions autoimmunes, des plaquettes qui activent anormalement les cellules dendritiques, d’une hyper-expression des TLR, d’une augmentation de l’activation des lymphocytes T CD8+ avec activation du granzyme B et altération des radeaux lipidiques, de l’hyperactivité des lymphocytes B à produire des immunoglobulines in vitro, d’un déficit en protéines du complément de la voie classique, d’une diminution de la capacité des globules rouges à assurer la clearance des complexes immuns.

Nous le voyons établir de façon simple des caractéristiques immunopathologiques communes aux deux types de maladies relèvent de la gageure.

Les constats de cette étude de population demandent à être confirmés par des faits immunologiques patents.