Problème de rhinite ? Surveillez vos nuits !

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Problème de rhinite ? Surveillez vos nuits !

Problème de rhinite ? Surveillez vos nuits !

jeudi 28 mai 2015, par Dr Cécilia Nocent

Reflux gastro-oesophagien nocturne – un facteur de risque de rhinite/ rhinosinusite : l’étude RHINE : Schiöler L, Ruth M, Jõgi R, Gislason T, Storaas T, Janson C, Forsberg B, Sigsgaard T, Torén K, Hellgren J.

Nocturnal GERD – a risk factor for rhinitis/rhinosinusitis : the RHINE study.

dans Allergy 2015 ; 70 : 697–702.

- Contexte :

  • Il a été suggéré que le reflux gastro-œsophagien (RGO) est un facteur de risque de développer une rhinite ou rhino-sinusite mais les données manquent.
  • Il s’agit d’une étude prospective de suivi sur 10 ans d’une large cohorte multicentrique d’Europe du Nord, évaluant la relation entre RGO nocturne et rhinite non infectieuse (RNI).

- Méthodes :

  • L’étude comprend 5417 sujets nés entre 1945 et 1973, ayant répondu à des questionnaires en 1999-2001 et 2010-2012.
  • Les RNI étaient définies comme une obstruction nasale, des écoulements et/ou des éternuements sans épisode de rhume.
  • Il a été calculé des odd ratios de développer une RNI en relation avec l’âge, le genre, le BMI, le tabagisme, l’asthme et les RGO nocturnes.

- Résultats :

  • Pendant la période d’observation de 10 ans, 1034 sujets (19.1%) ont développé une RNI.
  • Les sujets rapportant un RGO nocturne en 1999 et 2010 avaient plus de RNI en 2010 (2.8% vs 1.2%, p<0.001).
  • Il y a une relation dose-réponse significative entre le nombre de RGO par semaine en 1999 et le risque d’avoir une RNI en 2010 (p=0.02).
  • Dans une régression multiple ajustée sur l’âge, le genre, le BMI, le tabagisme et l’asthme, les sujets ayant un RGO nocturne en 1999 (≥3 épisodes de RGO nocturnes symptomatiques par semaine) avaient un odd ratio à 1.6 (95%CI : 1.0-2.5, p=0.03) de développer une RNI en 2010.
  • Le tabagisme était associé avec une augmentation du risque de développer une RNI (30.7% vs 24%, p<0.001) et de développer un RGO nocturne.

- Conclusion :

  • Cette étude large de suivi d’une population pendant 10 ans montre que le RGO nocturne est un facteur de risque de RNI ou rhino-sinusite.
  • Le RGO doit dorénavant être recherché chez les patients ayant une rhinite d’origine connue ou non.

Cette étude épidémiologique parue dans Allergy en 2015 est issue du travail d’équipes d’Europe du Nord (Suède, Estonie, Islande, Norvège et Danemark).

Cette étude est basée sur les données de suivi d’une cohorte de sujets nés entre 1945 et 1973 et ayant répondu à au moins deux questionnaires à 10 ans d’intervalle.
Dans cette étude les auteurs se sont intéressés à l’éventuel lien entre RGO nocturne et apparition d’une RNI. Les analyses ont été ajustées sur les facteurs confondant habituels.

Cette étude montre donc que les sujets décrivant des symptômes de RGO en 1999 avaient développé significativement plus de RNI en 2010 que les patients sans RGO.
Cette étude montre également qu’il existe une relation entre sévérité du RGO (caractérisée par le nombre d’épisodes symptomatiques par semaine) et le risque de développer une RNI.

En parallèle, l’existence d’un tabagisme est également un facteur de risque de développer un RGO nocturne et une RNI.

Cette étude est intéressante car elle objective et prouve une relation que nous suspections cliniquement. Cependant comme il s’agit d’une étude épidémiologique, elle n’est basée que sur les données déclaratives des patients et il n’y a pas de preuve de l’existence d’un RGO nocturne ou d’une rhinite. On aimerait effectivement que le RGO soit objectivé par une pH-métrie mais en pratique cela n’est pas possible.

Cependant cette relation prouvée permet de recommander de rechercher systématiquement un RGO nocturne chez un patient développant une RNI, a fortiori s’il est fumeur.