Mastocytose + anesthésie : difficile de dormir sur ses deux oreilles !

vendredi 9 octobre 2015 par Dr Alain Thillay2352 visites

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Mastocytose + anesthésie : difficile de dormir sur ses deux oreilles !

Mastocytose + anesthésie : difficile de dormir sur ses deux oreilles !

vendredi 9 octobre 2015, par Dr Alain Thillay

Gestion de l’anesthésie chez des patients atteints de mastocytose (population pédiatrique et adulte : une étude du Réseau Espagnol sur la Mastocytose (REMA) basée sur 726 anesthésies. : Matito A.a, b · Morgado J.M.a, b · Sánchez-López P.b, c · Álvarez-Twose I.a, b · Sánchez-Muñoz L.a, b · Orfao A.b,d,e · Escribano L.b, d

dans Int Arch Allergy Immunol 2015 ;167:47-56
(DOI:10.1159/000436969)

- Contexte :

  • Le rôle de l’anesthésie comme facteur déclenchant de l’apparition des symptômes en rapport avec la libération des médiateurs des mastocytes dans le cadre de la mastocytose est mal étudié.

- Objectif :

  • Déterminer la fréquence et le type de symptômes dus à la libération des médiateurs mastocytaires lors des procédures d’anesthésie chez des patients atteints de mastocytose.

- Méthodes :

  • Les dossiers médicaux ont été examinés pour ce qui concerne les techniques anesthésiques de 501 patients atteints de mastocytose (459 adultes et 42 enfants ; 95 et 5%, respectivement) qui ont été soumis à 676 et 50 techniques anesthésiques, respectivement.
  • Des techniques d’anesthésie, générale, sédative et par péridurale, ainsi que des techniques anesthésiques locales ont été utilisées chez 66 (10%), 67 (10%), 76 (11%) des 515 patients adultes (76%) et chez 24 (48%), 8 (16 %), 2 (4%) et 25 (50%) des patients pédiatriques.

- Résultats :

  • La fréquence des symptômes peropératoires liés aux médiateurs mastocytaires et de l’anaphylaxie peropératoires était de 2% et de 0,4% dans la série des adultes et 4 et 2% chez les enfants.
  • Dans la série des adultes, cette fréquence était significativement plus élevée chez les patients qui ont déjà présenté de l’anaphylaxie (p = 0,03), ayant subi d’importantes interventions chirurgicales (p <0,001) et des anesthésies générales (p = 0,02) et n’ayant pas reçu de thérapeutique antimédiateur prophylactique 1 h avant l’anesthésie (antihistaminiques H1/H2 et benzodiazépines ; p = 0,002).
  • L’hypersensibilité et/ou une allergie aux médicaments concernés ainsi que l’allergie au latex ont été exclues dans tous les cas sauf dans un cas symptomatique ; quand le protocole prophylactique et la sédation ont été administrés, certains cas toléraient plus tard les mêmes médicaments anesthésiques.

- Conclusion :

  • La fréquence de l’anaphylaxie peropératoire apparaît être plus élevée chez les patients atteints de mastocytose que dans la population générale.
  • La mastocytose ne devrait pas être une contre-indication à l’anesthésie grâce aux thérapeutiques antimédiateurs prophylactiques et à la gestion adéquate de l’anesthésie à l’aide de médicaments ayant le profil le plus sûr qui semblent être efficaces dans la prévention et le contrôle des symptômes en rapport avec la libération des médiateurs mastocytaires.

Les mastocytoses s’intègrent dans un groupe hétérogène d’affections qui se caractérisent par l’accumulation ou la prolifération des mastocytes dans un ou plusieurs organes. Si le mastocyte a un rôle de protection à l’encontre des infections, il peut avoir un rôle délétère comme dans les pathologies allergiques IgE dépendantes.

Dans ce cas, son activation aboutit à la libération de médiateurs de l’anaphylaxie, par dégranulation des mastocytes, dont le chef de fil bien connu est l’histamine.

Dans les mastocytoses, son activation est due, chez 85% des patients atteints, à une mutation ponctuelle acquise du récepteur KIT qui s’active.

KIT est le récepteur du facteur de croissance du mastocyte, le STEM CELL FACTOR.

Les formes cliniques distinguent essentiellement deux types, les mastocytoses cutanées et les mastocytoses systémiques.

Les mastocytoses cutanées réalisent un tableau particulier d’urticaire, l’urticaire pigmentaire atteignant surtout l’enfant et souvent résolutive à l’adolescence.

Les mastocytoses systémiques atteignent un ou plusieurs organes, y compris la moelle osseuse, avec ou sans atteinte cutanée ; elles interviennent essentiellement chez l’adulte et représentent 10 à 30 % des mastocytoses.

La prolifération des mastocytes peut se constater dans divers organes, os, moelle osseuse, muqueuses digestives, et, parfois, dans les formes graves au niveau de la rate, du foie.

L’évolution peut être cliniquement stable, on parle alors de mastocytose systémique indolente de bon pronostic sans effet sur la durée de vie, ou bien, d’évolution péjorative réalisant la mastocytose systémique agressive pouvant se compliquer de leucémie, de lymphome.

Nombre de facteurs sont capables de favoriser la dégranulation mastocytaire, avec les conséquences cliniques classiques et dangereuses, comme émotions, stress, piqûre d’hyménoptères, exercice physique intense, les aliments et médicaments histamino-libérateurs, et, bien sûr, les anesthésies.

Cette étude espagnole avait pour objectif de mieux connaître le risque de dégranulation mastocytaire chez des patients atteints de mastocytose subissant tout acte médical sous tout type de techniques anesthésiques.

Il faut retenir les facteurs de risque de dégranulation mastocytaire qui sont antécédent d’anaphylaxie, d’intervention chirurgicale grave, d’anesthésie générale antérieure et d’absence de traitement prophylactique préopératoire.

Le traitement prophylactique fait appel à une association d’antihistaminiques H1 et H2 et de benzodiazépine.

Ainsi, à l’aide de cette prophylaxie et de la gestion adéquate de l’anesthésie, la mastocytose ne constituera plus une contre-indication au recours aux techniques d’anesthésie.

Bien sûr, la mastocytose doit être parfaitement évaluée en amont afin de pouvoir connaître les risques encourus.