La vraie vie des allergiques expliquée aux scientifiques.

mercredi 9 décembre 2015 par Dr Céline Palussière981 visites

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La vraie vie des allergiques expliquée aux scientifiques.

La vraie vie des allergiques expliquée aux scientifiques.

mercredi 9 décembre 2015, par Dr Céline Palussière

Patients allergiques à l’arachide dans l’étude MIRABEL : caractéristiques, conseils diététiques des allergologues, et leçons issues de la vraie vie. : Deschildre A1,2, Elégbédé CF3,4, Just J2,5,6, Bruyère O7, Van der Brempt X2,8, Papadopoulos A3, Beaudouin E2,9, Renaudin JM2,9, Crepet A3, Moneret-Vautrin DA2,9,10.

dans Clin Exp Allergy. 2015 Nov 20. doi : 10.1111/cea.12681.

- Contexte :

  • L’étude MIRABEL est une étude observationnelle portant sur l’allergie à l’arachide en France, en Belgique et au Luxembourg.
  • Les objectifs étaient de fournir des données sur une grande population, d’analyser le comportement des consommateurs, d’étudier la présence de traces d’arachide dans les aliments pré-emballés avec ou sans étiquetage de précaution sur les allergènes (PAL, precautionary allergen labelling), et de combiner ces données pour quantifier le risque allergique et réaliser une analyse coût-bénéfice.
  • Ce document rapporte l’observation de 785 patients de la vraie vie (moins de 16 ans : 86%) : caractéristiques médicales, doses de déclenchement des symptômes dans la vraie vie et au cours de tests de réintroduction par voie orale (TPO), facteurs associés avec les réactions sévères, conseils diététiques données par les allergologues, et anxiété des patients au sujet de leur allergie.

- Méthodes :

  • L’âge et les symptômes au moment du diagnostic, le mode d’exposition, les comorbidités, les résultats des tests allergologiques, les doses déclenchantes (TPO/ vraie vie, en mg de protéines), les conseils diététiques concernant les PAL, et les scores d’anxiété étaient enregistrés.

- Résultats :

  • L’âge médian était de 3 ans.
  • 85% étaient déclarés allergiques
  • Des réactions sévères ou potentiellement sévères étaient rapportées pour 30% des patients allergiques : réactions systémique sévère (15%), angioedème laryngé (8%), choc (4%), et asthme aigu (3%).
  • 66% souffraient de dermatite atopique, 58% d’asthme.
  • Le taux moyen d’IgE spécifiques pour rAra h 2 était de 11,5 kUA/l.
  • Sur les 278 TPO, 225 étaient positifs (dose moyenne de déclenchement 67,3mg).
  • La dose déclenchante dans la vraie vie étaient inférieure à 100mg dans 44,3% des cas.
  • Les réactions sévères étaient significativement plus fréquentes chez les adolescents et les adultes (p=0,004), chez les patients asthmatiques (p=0,033) et chez les patients qui avaient réagi par inhalation (p<0,001).
  • Il n’y avait pas d’association significative avec la dose déclenchante au TPO ou le taux d’IgEs pour rAra h 2.
  • Les facteurs associés avec des conseils d’éviction stricte, incluant les PAL, étaient une dose déclenchante au TPO<100mg (p<0,001), mais pas un antécédent de réaction sévère (p=0,051) ou l’asthme (p=0,34).
  • L’anxiété était associée significativement avec les mesures d’éviction stricte (p<0,001).

- Conclusion et pertinence clinique :

  • Les réactions sévères ou potentiellement sévères, les comorbidités allergiques et les faibles doses de déclenchement des symptômes dans la vraie vie sont fréquentes chez les patients allergiques à l’arachide.
  • L’asthme, l’adolescence ou l’âge adulte, et les réactions par inhalation sont associés à des symptômes sévères.
  • Les PAL et les critères permettant de guider les conseils diététiques ont besoin d’être améliorés.

Cette étude réalise une photographie de l’allergie à l’arachide : comment s’est elle manifestée, quelle a été la sévérité de la réaction, quelles sont les comorbidités, quelles sont les doses de déclenchement des symptômes, comment les patients se comportent-ils...

Du point de vue du médecin, l’allergie à l’arachide comporte diverses facettes, différentes sévérités et seuils de déclenchement des symptômes, divers modes d’exposition, et il doit se baser sur ces éléments pour donner les conseils adaptés à son patient.

Du point de vue de l’allergique, les étiquetages des produits pré-emballés sont parfois difficiles à décrypter, les antécédents de réactions sévères sont anxiogènes, les conduites à tenir sont parfois mal comprises.

Les réactions allergiques à l’arachide, dans cette enquête, survenaient précocement, puisque l’âge moyen des allergiques était de 3 ans. Un tiers avait des antécédents de réactions sévères (systémiques ou respiratoires).
La dose réactogène retrouvée au cours des 280 TPO réalisés se rapprochait de ce qui était évalué lors des réactions allergiques : moins de 100mg pour près de la moitié d’entre eux.

La difficulté porte toujours sur la nécessité ou non de réaliser l’éviction des produits mentionnant la présence de traces possibles d’arachide. Le facteur induisant le plus d’évictions était le seuil de déclenchement bas, mais pas les antécédents de réactions sévères ou les comorbidités (asthme).

La prise en charge globale de l’allergique est primordiale, notamment la recherche de comorbidités et la prise en compte des spécificités liée à l’âge du patient. L’éducation thérapeutique a ici toute sa place, pour sortir d’une prise en charge centrée sur l’allergie uniquement et aider le patient à vivre quotidiennement avec cette allergie, avec le minimum d’anxiété.