Homme, soit pas rat : souris, même si t’en as plein le nez !.

dimanche 29 décembre 2002 par Dr Stéphane Guez2699 visites

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Homme, soit pas rat : souris, même si t’en as plein le nez !.

Homme, soit pas rat : souris, même si t’en as plein le nez !.

dimanche 29 décembre 2002, par Dr Stéphane Guez

L’allergie professionnelle est encore un domaine mal connu car difficile à explorer. Sur le plan allergologique, les professions à risque sont nombreuses. Ici, les auteurs explorent des patients soumis à des allergènes de rongeurs : comment apprécier le risque de l’environnement et comment évaluer les mesures préventives proposées ?

Prélèvement d’air nasal utilisé pour évaluer l’exposition aux allergènes professionnels et évaluer l’efficacité des mesures de protection respiratoire. : A. Renström*, A.-S. Karlsson* and E. Tovey *Lung and Allergy Research, The National Institute of Environmental Medicine, Karolinska Institute Stockholm, Sweden andInstitute of Respiratory Medicine, Department of Medicine, University of Sydney, Sydney, Australia dans Clinical & Experimental Allergy 32 (12), 1769-1775.

L’exposition professionnelle aux allergènes de rongeurs peut entraîner une allergie aux animaux de laboratoires.

L’exposition aux allergènes professionnels est mesurée en collectant l’air ambiant sur des filtres à l’aide d’une pompe portable. Cette technique ne peut être cependant utilisée pour évaluer la protection de l’équipement respiratoire de façon individuelle.

Récemment des méthodes de prélèvement des particules impactées au niveau des fosses nasales sur des adhésifs ont été proposées.

- Objectifs : Le but de cette étude a été de comparer l’exposition aux aéroallergènes de rongeurs à l’aide d’un prélèvement nasal, et d’évaluer l’efficacité d’une protection respiratoire à ces allergènes à l’aide de cette même méthode.

- Méthodes :
* L’exposition aux aéroallergènes de rongeurs a été évaluée durant le travail avec les rongeurs, en utilisant soit un prélèvement au niveau des fosses nasales, soit un prélèvement de l’air ambiant.
* L’efficacité de la protection respiratoire (masque facial P2 ou casque filtrant) a été étudiée chez des patients travaillant cote à cote, une personne avec une protection et une personne sans protection.
* Les échantillons de la narine droite ont été mis en contact avec des protéines de liaison membranaire puis immunomarquées avec des allergènes d ’ urine de rat.
* Les échantillons de la narine gauche et les prélèvements d’air ont été élués dans une solution tampon, et analysés par méthode ELISA avec des allergènes urinaires de rats et de souris(seuil de détection 10 pg/ml).
* Les recueils des prélèvements des fosses nasales ont été étudiés selon des niveaux élevés ou bas d’exposition allergénique, et à différents flux en utilisant un prélèvement statique.

- Résultats :
* Le masque facial P2 diminue la quantité d’allergènes inhalés de 90%, et avec le casque de très petites quantités d’allergènes sont inhalés.
* Les taux des allergènes dans l’air ambiant et au niveau des fosses nasales sont bien corrélés (0.8 pour les allergènes de rat et de souris).
* Les tests ELISA positifs de rat et les taux d’allergènes au niveau des fosses nasales mesurés en ELISA sont bien corrélés. (rs 0.8).
* L’efficacité du recueil au niveau des fosses nasales est meilleur lors des fortes expositions (nettoyage des cages, en moyenne 73% de particules allergiques recueillies dans l’air ambiant), par rapport aux basses expositions (salle non perturbée, 49% de particules).

- Conclusions : Le prélèvement d’un échantillon nasal est un complément efficace et sensible par rapport aux prélèvements d’air ambiant, et permet d’évaluer l’équipement personnel de protection. L’utilisation d’un masque facial P2 et d’un casque filtrant peut réduire de façon notable l’exposition professionnelle aux allergènes inhalés.


Dans cet article les auteurs évaluent l’efficacité d’un prélèvement des particules allergèniques directement au niveau des fosses nasales, ce qui permet d’apprécier précisément l’exposition individuelle aux allergènes professionnels et les mesures de protection respiratoire, en particulier dans l’allergie aux rongeurs.

Cet article est intéressant car l’allergie professionnelle est souvent négligée car difficile à apprécier et à évaluer. Souvent les prélèvements d’air ambiant sont peu contributifs, car ne permettant pas vraiment d’apprécier le risque à l’échelon individuel.

Cette technique de prélèvements des particules au niveau des voies respiratoires supérieures permet d’apprécier vraiment cette exposition personnelle. Elle permet également une approche thérapeutique efficace car permettant de vérifier les mesures prises pour diminuer l’exposition à ces allergènes.

Cependant les meilleurs résultats sont observés lorsqu’il y a beaucoup allergènes en suspension dans l’air ambiant. Mais on peut déjà avoir des symptômes pour de petites quantités allergènes : dans la moitié des cas, ces allergènes ne sont pas perceptibles avec cette technique.

Des progrès sont donc encore nécessaires, sans doute en cherchant à mesurer le niveau de réaction allergique des patients par un moyen fiable plutôt qu’en cherchant à mesurer directement le taux des allergènes dans l’air ce qui restera toujours compliqué.