Allergologues : enfin une spécialité ?

jeudi 15 novembre 2007 par la rédaction

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Allergologues : enfin une spécialité ?

Allergologues : enfin une spécialité ?

jeudi 15 novembre 2007

C’est un serpent de mer en allergologie : serons nous un jour des médecins spécialistes pour la médecine Française ?

La situation que nous vivons, allergologues exclusifs, est effectivement assez cocasse

  • La France, traditionnellement, a toujours eut une préférence pour les spécialités d’organe : la peau, le nez, l’oeil, le système nerveux etc. L’allergologie est une spécialité qui touche à de nombreux organes et forcément notre pratique empiète sur une partie de celle des autres spécialistes.
  • L’ordre des médecins donne la qualification en allergologie bien que nous ne soyons pas une spécialité : seuls les médecins pouvant faire état d’un diplôme national (Capacité) ou de diplômes régionaux (DU) accompagnés d’une longue pratique de l’allergologie sont officiellement qualifiés en allergologie.
  • Les caisses d’assurance maladie, ne sachant où ranger les allergologues ont choisi de les mettre dans la catégorie : MEP, soit médecin généraliste à mode d’exercice "particulier".
  • Les allergologues sont donc, aujourd’hui, des médecins généralistes à mode d’exercice particulier ou, s’ils ont fait une spécialité d’organe antérieurement des spécialistes avec une qualification les autorisant à pratiquer l’allergologie *uniquement* dans le domaine qui concerne leur spécialité d’organe (le pneumo-allergologue a le "droit" de soigner l’asthme allergique mais pas la conjonctivite allergique : ubuesque !)
  • Les caisses d’assurance maladie se sont lancées dans des restrictions de prescription médicamenteuse pour tenter de faire des économies : les médecins allergologues qui sont les premiers médecins a traiter les atopiques n’ont donc pas droit de prescrire le Protopic qui sert à soigner...les dermatites atopiques et pire, le Xolair (anti-IgE donc anti-anticorps de l’allergie) est également interdit de prescription aux allergologues).

Je vous avais dit que c’était cocasse...

Seulement voilà, la médecine générale, avec la réforme des études médicales, devient une spécialité et les médecins qui l’exercent vont être qualifiés en spécialiste de médecine générale.

Cochonnerie d’allergologues : ils ne font pas de médecine générale alors qu’allons nous en faire ? se disent nos instances pensantes.

L’ordre des médecins (Bulletin ordinal du 9/11/2007) s’est penché sur la question et a eu soudain une révélation : la directive Européenne 2005-36 ! Si le diplôme est reconnu par 2/5 des pays Européens, la spécialité doit être créée dans les autres pays membres.

Les allergologues vont donc être des spécialistes : chouette.

Ah oui ? Pas plus enthousiaste que ça ? Ben...oui.

De fait, le fossé s’est déjà créé dans la profession :

  • Certains médecins allergologues sont nutrionniste-esthéticien-homéopathe-pneumologue-cancérologue-généraliste selon leur humeur du jour : comment peuvent ils vraiment se tenir à jour dans tous ces domaines ? Il est difficile de les considérer comme allergologues et d’ailleurs ils sont rarement présents dans les associations régionales de formation continue.
  • Les spécialistes d’organe qui mentionnaient l’allergologie dans leur compétence se sont parfois rendu compte que de maintenir un plateau technique performant dans le domaine pouvait être coûteux : ils n’hésitent plus à adresser leurs malades allergiques.
  • Les caisses ont identifié les actes techniques que nous pratiquons tous les jours (tests cutanés immédiats, retardés, EFR etc.) et nous a du coup permis de coter correctement notre activité. Restent les consultations payées comme celles d’un médecin généraliste mais les caisses ont tellement dévalorisé l’acte intellectuel de consultation que ce n’est pas un gros manque.
  • Les progrès effectués en allergologie moléculaire rendent encore plus pointues les connaissances nécessaires à une bonne pratique laissant les moins motivés à une allergologie d’un autre temps.

De fait, aujourd’hui, l’allergologie est une spécialité : la question ne se pose même plus pour les médecins, mais elle se pose pour les instances administratives alors tant mieux si cela se termine bien. Nous aurons, un jour, une spécialité officielle et en attendant la spécialité officieuse continuera son travail sur le terrain.


Voir en ligne : Par l’ordre des médecins : spécialistes en allergologie ? Feu !

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