Une nouvelle maladie pour les allergologues, l’AOA : autisme d’origine allergique !!

jeudi 19 septembre 2013 par Dr Stéphane Guez3443 visites

Accueil du site > Maladies > Atopie > Une nouvelle maladie pour les allergologues, l’AOA : autisme d’origine (...)

Une nouvelle maladie pour les allergologues, l’AOA : autisme d’origine allergique !!

Une nouvelle maladie pour les allergologues, l’AOA : autisme d’origine allergique !!

jeudi 19 septembre 2013, par Dr Stéphane Guez

Est-ce qu’un sous-type d’autisme serait une allergie du cerveau ? : Theoharis C. Theoharides

dans Clinical Therapeutics - May 2013 (Vol. 35, Issue 5, Pages 584-591, DOI : 10.1016/j.clinthera.2013.04.009)

- Introduction :

  • L’ensemble des manifestations pathologiques regroupées sous le terme d’autisme (ASDs) se caractérise par un déficit dans la communication sociale et le langage ainsi que par la présence de comportements répétitifs.
  • Ces affections affecteraient environ 1 enfant sur 50 aux Etats-Unis.
  • Le stress périnatal, et des facteurs environnementaux apparaissent jouer un rôle significatif dans l’augmentation du risque d’ASDs.
  • Il n’y a pas actuellement un mécanisme physiopathologique précis, ce qui entrave le développement d‘un traitement curatif.

- Objectif de l’étude :

  • Il a été d’identifier les publications utilisant des données fondamentales ou cliniques qui pourraient :
    • suggérer une association possible entre symptômes atopiques et ASDs,
    • et réunir des arguments et données sur la façon dont une telle association pourrait conduire à une lésion cérébrale,
  • afin d’expliquer la pathogénie de l’ASD par un phénomène allergique.

- Matériel et Méthode :

  • La recherche a été conduite sur PubMed, sur l’ensemble des articles publiés depuis 1995 et rapportant une association entre autisme et/ou ASDs avec l’un des termes suivants : allergie, atopie, cerveau, hormone de l’axe corticotrope, cytokines, eczéma, allergie alimentaire, intolérance alimentaire, mutation génétique, inflammation, cellules mastocytaires, mitochondries, neurotensine, phénotype, stress, sous-groupes, ou traitement.

- Résultats :

  • Les enfants ayant un ASD répondent de façon disproportionnée au stress et présentent également des allergies alimentaires et cutanées qui impliquent les cellules mastocytaires.
  • Les cellules mastocytaires cérébrales sont trouvées principalement dans l’hypothalamus, qui participe à la régulation du comportement et du langage.
  • Les hormones de l’axe corticotrope sont sécrétées par l’hypothalamus sous les effets du stress, et associées à la neurotensine, stimulent les cellules mastocytaires cérébrales ce qui pourrait entrainer :
    • une allergie cérébrale localisée
    • et une neurotoxicité.
  • La neurotensine est significativement augmentée dans le sérum des enfants ayant un ASD et stimule les sécrétions cellulaires mastocytaire d’ATP et DNA des mitochondries, sécrétion qui sont augmentées chez ces enfants.
  • Ces produits mitochondriaux sont mal interprétés comme des pathogènes innés, stimulant une réponse auto-allergique dans le cerveau.
  • Les mutations génétiques associées à un risque augmenté d’ASD sont liées à la réduction des phosphatases et de l’homologue de la neurotensine qui inhibent les cibles des mammifères à la rapamycine (récepteurs mTOR).
  • Ces mêmes mutations conduisent également à une activation cellulaire des mastocytes et à leur prolifération.
  • Les hormones coticotropes, la neurotensine et les toxines de l’environnement pourraient agir comme plusieurs stimulants sur le mTOR déjà activé, conduisant alors à une hyperstimulation des cellules mastocytaires du cerveau dans ces zones responsables des symptômes de l’ASD.
  • Des preuves préliminaires semblent montrer que la lutéoline (composé chimique de la famille des flavonoïdes) est un plus puissant inhibiteur des mTOR que la rapamycine et est potentiellement un puissant bloqueur des mastocytes.

- Conclusion :

  • L’activation des cellules cérébrales par les allergies, l’environnement, le système immun, les neuro-hormones, le stress et des stimulants toxiques, en particulier dans les aires associées avec le comportement et le langage, pourrait conduire à des allergies cérébrales localisées et à une encéphalite focale.
  • Ces possibilités sont plus fréquentes dans les sous groupe de patients ayant un ASD avec des gènes de susceptibilité qui impliquent également l’activation des cellules mastocytaires.

Les auteurs ont fait une recherche exhaustive sur Pub Med à la recherche de toutes les publications pouvant conduire à valider l’hypothèse selon laquelle l’autisme serait une affection de nature allergique impliquant les mastocytes cérébraux et les facteurs d’environnement sur un terrain génétique prédisposé.

L’approche est originale, et l’hypothèse séduisante, en comprenant le terme « allergie » au sens large puisqu’ici il n’y a pas d‘allusion aux IgE mais seulement aux mastocytes, certes cellules impliquées dans les réactions allergiques, mais faisant surtout partie du système immunitaire.

Pour les auteurs, il y a des mastocytes dans la région du cerveau qui est impliquée dans l’autisme : l’hypothalamus, car c’est dans cette zone que se situe le centre du langage et de l’adaptation. Il y a synthèse d’une neuro-hormone, la neurotensine, qui stimule les mastocytes par le biais d’un récepteur spécifique le mTOR qui peut être inhibé par la rapamycine. C’est l’hyperstimulation des mastocytes qui serait responsable de l’autisme par le biais d’une encéphalite localisée dans l’hypothalamus.

Cette hypothèse pourrait expliquer l’augmentation de l’autisme sous toutes ses formes puisqu’il pourrait y avoir un lien avec l’environnement qui, dans certaines conditions, pourrait modifier la régulation des mastocytes de l’hypothalamus. On peut également penser qu’une action thérapeutique ciblée puisse rectifier l’activation des mastocytes en bloquant en particulier les récepteurs mTOR, et guérir de cette affection.

Reste maintenant à conduire des études expérimentales pour valider cette hypothèse qui est actuellement un « montage » intellectuel reposant sur des données très dispersées. Mais l’enjeu est tel que ces recherches méritent d’être conduites car cette approche est réellement novatrice avec des perspectives thérapeutiques très séduisantes.