Allergie ou pseudo-allergie alimentaire : implication dans l’urticaire chronique.

vendredi 8 août 2003 par Dr Alain Thillay7041 visites

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Allergie ou pseudo-allergie alimentaire : implication dans l’urticaire chronique.

Allergie ou pseudo-allergie alimentaire : implication dans l’urticaire chronique.

vendredi 8 août 2003, par Dr Alain Thillay

Les patients atteints d’urticaire chronique, pathologie difficile surtout dans la recherche de son étiologie, incriminent les aliments dans 30% des cas. Après une revue des publications concernant les aliments et l’urticaire chronique, l’équipe du Pr D.A Moneret-Vautrin propose une méthodologie pour mettre en évidence la responsabilité des aliments.

Réactions allergiques ou pseudo-allergiques aux aliments dans l’urticaire chronique. : Moneret-Vautrin DA. Service de Medecine Interne, Immunologie Clinique et Allergologie, Hopital Central, avenue de Lattre de Tassigny, 54035 Nancy. dans Ann Dermatol Venereol. 2003 May ;130 Spec No 1:1S35-42.

- INTRODUCTION. Le fait que plus de 30% des patients atteints d’urticaire chronique incriminent les aliments, et que l’urticaire aiguë est un symptôme fréquent de l’allergie alimentaire, plaide en faveur de la recherche systématique d’une responsabilité alimentaire impliquée dans l’urticaire chronique.

- METHODES. Une revue globale des publications au travers de Medline a permis de sélectionner 49 articles à partir d’une sélection de 189 sur des critères stricts, dédiés à un lien entre urticaire chronique et aliments.

- RESULTATS.
* Le diagnostic d’une intolérance aux additifs à l’aide de tests oraux contrôlés en double-aveugle contre placebo, est positif dans 2 à 3% des cas.
* Les arômes ont été suspectés mais n’ont jamais été validés par des tests de provocation orale.
* Les contaminants sont les sels de nickel, les résidus de pénicilline dans les viandes et le lait, la larve d’Anisakis dans le poisson.
* L’intolérance aux amines biogènes pourrait être assez fréquente et est bien documentée dans des études expérimentales concernant le métabolisme de l’histamine et par les résultats de régimes spécifiques pauvres en amines.
* L’allergie alimentaire IgE-dépendante a été mise en évidence dans 1 à 5 % des cas.
* L’auteur propose une méthodologie pour chercher l’implication des aliments dans l’urticaire chronique, restreignant la recherche à l’urticaire chronique non-inflammatoire, en éliminant de plus l’urticaire chronique en relation avec des agents physiques, ou de contact.
* L’urticaire chronique idiopathique, qui peut inclure un sous-groupe d’urticaire chronique auto-immune est sous évaluée.
* Une étude préliminaire du régime durant une semaine est nécessaire pour être réalisée dans le but de détecter un excès de consommation des catégories d’aliments induisant des réactions pseudo-allergiques et des additifs alimentaires.
* Un régime d’éviction des amines biogènes peut être proposé en premier.
* En cas d’échec, on sera amené à proposer des tests cutanés avec les aliments consommés quotidiennement.
* Les tests biologiques ne sont pas conseillés.
* Lorsque la sensibilisation est confirmée, on pratiquera d’abord une éviction alimentaire de 3 semaines puis un test de provocation orale contrôlé en double-aveugle contre placebo.
* La positivité indique que cet aliment est probablement l’agent en cause et le diagnostic peut finalement être basé sur la guérison après application d’un régime d’éviction strict.


Cette publication a été produite par D-A Moneret-Vautrin qui est une des références françaises de l’allergie alimentaire. C’est toujours un grand plaisir de lire ses publications. Elle fait partie de ces auteurs qui illuminent l’intelligence. Ici, après avoir pratiqué une revue d’articles pertinents concernant le lien aliments et urticaire chronique, prenant en compte les pseudo-allergies alimentaires comme les allergies alimentaires, elle propose une conduite à tenir diagnostique simple et claire :
* enquête alimentaire sur une semaine,
* régime d’éviction des amines biogènes,
* en cas d’échec, on pratique les tests cutanés dont le choix des aliments est déterminé par l’enquête, on teste les aliments du quotidien,
* si les tests montrent une positivité, éviction de l’aliment durant 3 semaines,
* enfin, test de provocation orale en double-aveugle, contrôlé, contre placebo,
* si positif, le diagnostic est confirmé par la guérison après éviction stricte.

Il faut le rappeler, ça n’est jamais avec grand plaisir que l’Allergologue voit arriver dans son cabinet un patient atteint d’urticaire chronique. La performance face à ce type de patient va se jouer sur un petit « plus ».

Cette publication est un de ces petits « plus », elle constitue un moyen simple pour rechercher l’implication alimentaire, allergique ou non.

In fine, cela fera quelques patients soulagés en plus.