Chocs au pays des Helvètes !

lundi 15 mars 2004 par Dr Alain Thillay1865 visites

Accueil du site > Maladies > Urgences > Chocs au pays des Helvètes !

Chocs au pays des Helvètes !

Chocs au pays des Helvètes !

lundi 15 mars 2004, par Dr Alain Thillay

Les données cliniques et diagnostiques des réactions anaphylactiques sont bien connues. Par contre, les données épidémiologiques manquent concernant les accidents graves avec retentissement cardio-vasculaire. C’est tout le sujet de cette enquête épidémiologique helvétique.

Incidences des réactions anaphylactiques avec symptômes circulatoires : une étude de 3 ans sur une populations de 940 000 habitants du canton de Bern (Suisse). : Helbling A, Hurni T, Mueller UR, Pichler WJ.

Division of Allergology, Department of Rheumatology, Immunology and Allergology, University Hospital Bern, Switzerland. arthur.helbling@insel.ch

dans Clin Exp Allergy. 2004 Feb ;34(2):285-90

- CONTEXTE.
Le diagnostic de l’anaphylaxie est clinique et habituellement sans ambiguïté.
Cependant, les données épidémiologiques de l’anaphylaxie, particulièrement celles concernant les réactions les plus graves, pouvant mettre la vie en danger comme le choc, sont limitées et semblent être sous-évaluées.

- OBJECTIF.
Le but principal de cette étude était d’étudier l’incidence et les étiologies des réactions anaphylactiques sévères accompagnées de signes circulatoires dans le canton de Bern, comprenant 940 000 habitants, ce qui représente approximativement un septième de la population helvétique.

- METHODES.

  • Sur une période de 3 ans, du premier janvier 1996 au 31 décembre 1998, tous les rapports médicaux (7739 dossiers) provenant des deux services d’allergologie du canton de Bern ont été revus.
  • De plus, tous les Allergologues de ce canton, diplômés du « Foederatio Medicorum Helveticorum in Allergology and Clinical Immunology », ainsi que les 17 hôpitaux de ce territoire ayant un service d’urgence ont été contactés afin de récupérer les cas n’ayant pas fait l’objet d’un bilan au sein des services d’allergologie.

- RESULTATS.

  • Au total, 226 individus, 106 de sexe féminin (47%) d’âge moyen de 41 ans (5 ans à 74 ans) et 120 sujets de sexe masculin (53%) d’âge moyen de 38 ans (8 mois à 83 ans) ont été diagnostiqués pour avoir présenté une réaction anaphylactique généralisée mettant en jeu le pronostic vital et accompagnée de symptômes circulatoires.
  • Au total, ces patients ont subi 246 épisodes de réactions anaphylactiques sévères.
  • De plus, trois sujets sont décédés des suites des ces accidents anaphylactiques.
  • L’incidence annuelle de l’anaphylaxie pour 100 000 habitants et par an se situait entre 7,9 et 9,6 cas.
  • Les étiologies les plus fréquemment identifiées étaient les piqûres d’hyménoptères (58,8%), les médicaments (18,1%) et les aliments (10,1%).
  • Dans 5,3% de tous les cas d’anaphylaxie, la cause n’a pu être identifiée.

- CONCLUSION.

  • L’incidence des réactions anaphylactiques sévères avec retentissement circulatoire mettant en jeu le pronostic vital dans le canton de Bern (Suisse) est comparable aux données des autres enquêtes épidémiologiques.
  • Dans la plupart des cas, un agent causal ou un allergène peut être identifié par un bilan allergologique pratiqué avec prudence.

Il s’agit d’une nouvelle étude de population concernant les réactions anaphylactiques graves.

Autant le dire de suite, les résultats s’accordent avec ceux d’autres études de la même ampleur.

En allant au pire, en 3 ans, sur une population de 940 000 habitants, il est rapporté 3 décès ce qui pourrait correspondre à un décès par an.

Près de 60% de ces accidents sont dus aux piqûres d’hyménoptères, suivent ensuite les médicaments et les aliments.

Globalement, l’incidence annuelle pour 100 000 habitants tourne autour de à 8 à 9 cas.

Pour finir avec les résultats, il est toujours curieux de constater 12 cas de réaction anaphylactique grave qui ne font pas leur preuve étiologique.

Sur le plan de l’Allergologie praticienne, il faudra retenir que les allergies alimentaires arrivent en troisième position des réactions anaphylactiques sévères.
Elles méritent donc toute notre attention afin de mettre en place les mesures préventives adaptées.

Il est dommage que cette étude n’indique pas le délai de la mise en œuvre du traitement du choc et tout particulièrement de l’adrénaline.