Ça me gratouille, c’est peut-être la thyroïde ? Dites !

dimanche 11 avril 2004 par Dr Alain Thillay10418 visites

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Ça me gratouille, c’est peut-être la thyroïde ? Dites !

Ça me gratouille, c’est peut-être la thyroïde ? Dites !

dimanche 11 avril 2004, par Dr Alain Thillay

Les allergologues sont souvent confrontés aux diagnostics étiologiques des urticaires chroniques. Nombre d’études antérieures ont suggéré fortement la responsabilité des maladies auto-immunes thyroïdiennes. Quels sont les critères à retenir dans cette éventualité ? C’est tout le propos de cette belle étude française.

Association entre urticaire chronique et auto-immunité thyroïdienne : une étude prospective incluant 99 patients. : Verneuil L, Leconte C, Ballet JJ, Coffin C, Laroche D, Izard JP, Reznik Y, Leroy D.

Department of Dermatology, University Hospital, Caen, France. laurence.verneuil@laposte.net

dans Dermatology. 2004 ;208(2):98-103

- CONTEXTE.

  • L’association entre urticaire chronique et auto-immunité thyroïdienne est un sujet souvent débattu.
  • Cependant, ce lien a été suggéré par des études recherchant les anticorps anti-microsomiaux thyroïdien, qui sont moins sensibles et moins spécifiques que les anticorps anti-thyroperoxydase, de plus, ces études ne mesuraient pas les anticorps anti-récepteurs de la TSH, non plus qu’elles n’avaient recours a un groupe contrôle.
  • En conséquence, les résultats de ces études sont difficiles à interpréter.

- OBJECTIF.
Le but de cette étude était de déterminer si l’urticaire chronique est statistiquement associée à l’auto-immunité thyroïdienne.

- METHODES.

  • Dans une étude prospective cas-contrôle, nous avons comparé la fréquence des auto-anticorps thyroïdiens chez 45 patients souffrant d’urticaire chronique et chez 30 patients en bonne santé adultes volontaires ;
  • nous avons également comparé la fréquence de l’urticaire chronique chez 32 patients atteints de pathologies thyroïdiennes accompagnées de la présence d’auto-anticorps thyroïdiens et chez 22 patients atteints de pathologies thyroïdiennes mais sans auto-anticorps thyroïdiens.
  • Les auto-anticorps et les hormones thyroïdiens étaient mesurés chez tous les sujets ; les auto-anticorps antinucléaires, le facteur rhumatoïde, les IgE étaient évalués, de même, le bilan biologique classique de la recherche étiologique d’une urticaire chronique a été pratiqué.
  • La méthode statistique de Fischer a été utilisée afin de tester notre hypothèse.

- RESULTATS.

  • La fréquence des auto-anticorps thyroïdiens étaient significativement plus élevée chez les patients atteints d’urticaire chronique que chez les sujets du groupe contrôle (26,7%/3,3% ; p<0,01).
  • Tous les patients ayant des auto-anticorps thyroïdiens avaient des concentrations d’hormones thyroïdiennes dans les limites de la normale.
  • La fréquence de l’urticaire chronique n’était pas significativement différente (12,5%/9,1% ; p=0,7) chez les patients souffrant de pathologie thyroïdienne avec ou sans anticorps thyroïdiens.
  • Le reste des investigations biologiques révélait seulement un patient atteint de connectivite.

- CONCLUSION.
Cette étude montre une association significative entre l’urticaire chronique et l’auto-immunité thyroïdienne, que les tests de détection des auto-anticorps thyroïdiens sont pertinents chez des patients atteints d’urticaire chronique, alors qu’un bilan biologique large classique ne l’est pas.


Cette solide étude montre indiscutablement que près d’un tiers des patients souffrant d’urticaire chronique ont des auto-anticorps thyroïdiens (anti-thyroperoxydase et anti-récepteurs de la TSH).

Elle montre aussi que les grands bilans étiologiques d’une urticaire chronique sont moins productifs pour ne pas dire non productifs.

Cela veut dire que devant une urticaire chronique la mesure des hormones thyroïdiennes n’est pas suffisante.

Voici le genre d’étude que j’affectionne, simple, intelligente, démonstrative aux multiples retombées pratiques.