Animaux domestiques durant la grossesse : une tentative jusqu’au-boutiste de la théorie hygiéniste ?

jeudi 3 mars 2005 par Dr Alain Thillay4052 visites

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Animaux domestiques durant la grossesse : une tentative jusqu’au-boutiste de la théorie hygiéniste ?

Animaux domestiques durant la grossesse : une tentative jusqu’au-boutiste de la théorie hygiéniste ?

jeudi 3 mars 2005, par Dr Alain Thillay

De nombreuses études suggèrent que l’exposition environnementale in utero a un rôle sur la maturation du système immunitaire fœtal. En reprenant les données de l’étude PIAMA, ces auteurs hollandais tentent de montrer le rôle de l’environnement durant la gestation sur les IgE totales à la naissance et la sensibilisation à 1 an puis à 4 ans.

Effet de l’exposition prénatale sur les IgE totales à la naissance et sur la sensibilisation à l’âge de 12 mois et de 4 ans : étude PIAMA (Prevention and Incidence of Asthma and Mite Allergy). : Marjan Kerkhof1, Alet Wijga2, Henriëtte A. Smit2, Johan C. de Jongste3, Rob C. Aalberse4, Bert Brunekreef5, Jorrit Gerritsen6, Dirkje S. Postma7 and the PIAMA study group*

1Department of Epidemiology, University of Groningen, Groningen, The Netherlands, 2National Institute of Public Health and the Environment, Bilthoven, The Netherlands, 3Department of Paediatrics, Sophia Children’s Hospital, Rotterdam, The Netherlands, 4Central Laboratory of the Red Cross Blood Transfusion Service, Amsterdam, The Netherlands, 5IRAS, Utrecht University, Utrecht, The Netherlands, 6Departments of Paediatric and 7Respiratory Medicine, University Hospital Groningen, Groningen, The Netherlands

dans Pediatric Allergy and Immunology 16 (1), 10-18

- CONTEXTE

  • Il existe de plus en plus d’éléments de preuve pour dire que le développement du système immunitaire fœtal peut être influencé par l’exposition environnementale in utéro.

- OBJECTIF

  • Nous avons cherché à savoir si l’exposition prénatale était associée à un haut niveau d’IgE totales, et, à la sensibilisation à l’âge de 1 ans et de 4 ans.

- METHODES

  • Les données provenant de 1027 enfants ont été collectées à partir d’une étude de cohorte de naissance hollandaise (étude PIAMA).
  • Les IgE totales ont été mesurées sur un prélèvement sanguin pratiqué au niveau du talon dans la première semaine de vie.
  • La sensibilisation étaient définie lorsque le taux d’IgE spécifiques sériques était supérieur ou égal à 0,35 IU/ml à l’encontre des acariens domestiques, chat, chien, lait de vache et œuf.
  • L’analyse par régression logistique a été pratiquée afin d’étudier les relations de façon indépendante entre les facteurs de risque et le haut niveau d’IgE totales (supérieur ou égal à 0,50 IU/ml) ou la sensibilisation.

- RESULTATS

  • Un haut niveau néonatal d’IgE totales a été trouvé chez 12,2% des garçons et 6,2% des filles.
  • La présence d’un chien au domicile durant la grossesse était négativement associée à un haut taux néonatal d’IgE totales [OR 95%, IC 0,5 (0,2-1,0)].
  • La présence d’un chat au domicile [OR 0,6 (0,4-1,0)] et le tabagisme maternel [OR 0,4 (0,2-1,0)] étaient négativement associés à une sensibilisation à 12 mois, mais pas à 4 ans.
  • L’existence d’une fratrie plus âgée, la saison de naissance, le poids de naissance, le mode d’accouchement, l’âge gestationnel et l’âge maternel n’étaient pas associés à un haut niveau d’IgE totales ou à la sensibilisation.
  • Les hauts taux d’IgE totales et la prévalence de la sensibilisation à 4 ans chez les garçons comparativement aux filles étaient présents uniquement chez les enfants issus de mères allergiques.

- CONCLUSION

  • Nos résultats suggèrent un effet protecteur bref de l’exposition prénatale aux animaux domestiques sur le taux des IgE totales à la naissance et sur la sensibilisation précoce.

La présente étude d’origine hollandaise reprend les données de l’étude de cohorte prospective PIAMA.

Il y a peu à dire pour ce qui concerne la détermination du taux des IgE totales dans la première semaine de vie. Par contre, on ne peut qu’être déçu de la manière de déterminer les sensibilisations. D’une part, du fait du recours uniquement à des tests sériques, nous aurions préféré aussi les tests cutanés, et, d’autre part, le fait qu’à douze mois ne soit testé que l’œuf et le lait de vache, oubliant ainsi, arachide, poisson, moutarde, soja et blé. Il existe donc ici un biais par manque de performance des tests diagnostiques.

Toutefois, les résultats de cette cohorte de 1027 enfants semblent homogènes pour ne pas montrer grand-chose.

Ainsi, la présence d’un chien durant la gestation serait protecteur vis-à-vis d’un fort taux d’IgE totales. Mais, quelle race de chien, combien de chiens, quel niveau de nettoyage de l’habitation ? Aucune réponse. Pourtant, autant de facteurs susceptibles de jouer un rôle sur le taux effectif d’allergène du chien dans l’environnement.

La présence d’un chat et le tabagisme maternel seraient protecteur à l’encontre d’une sensibilisation à l’âge de 12 mois mais pas à 4 ans. Mais, qu’en est-il du chat et du tabagisme maternel de la naissance à 4 ans de vie ?

A 4 ans, en toute logique, le fait d’être issu d’une mère allergique favorise les forts taux d’IgE totales et la sensibilisation à l’âge de 4 ans. Quatre ans, tout le temps nécessaire pour que le terrain atopique hérité de la mère puisse s’exprimer.

Cette étude n’apporte donc pas grand-chose surtout du fait d’une méthodologie qui n’est pas à la hauteur de l’objectif. Il est difficile d’être aussi optimiste que les auteurs qui voient dans leurs résultats un effet protecteur bref de l’exposition prénatale aux animaux domestiques sur les IgE totales et la sensibilisation. Il y a trop de biais environnementaux entre 1 ans et 4 ans pour tirer une quelconque conclusion pertinente.