Le Chlamydiae pneumoniae, pas si méchant ?

vendredi 8 avril 2005 par Dr Clément FOURNIER5276 visites

Accueil du site > Sciences > Hygiène > Le Chlamydiae pneumoniae, pas si méchant ?

Le Chlamydiae pneumoniae, pas si méchant ?

Le Chlamydiae pneumoniae, pas si méchant ?

vendredi 8 avril 2005, par Dr Clément FOURNIER

Une belle étude sur l’hypothèse hygiéniste : l’infection des voies respiratoires par Chlamydiae pneumoniae protège-t-elle de l’allergie ?

Association inverse entre infection des voies respiratoires par Chlamydiae pneumoniae et initiation d’un asthme et/ou d’une rhinite allergique chez des enfants. : Sebastian M. Schmidt, Cornelia E. Müller and Siegfried K. W. Wiersbitzky

Department of Infectious, Bronchopulmonary and Allergic Diseases, Children’s and Youth Hospital, Ernst-Moritz-Arndt University, Greifswald, Germany

dans Pediatric Allergy and Immunology 16 (2), 137-144.

- Objectifs et méthodes :

  • Afin d’évaluer en pédiatrie le rôle d’une infection des voies respiratoires par Chlamydiae pneumoniae sur l’apparition d’un asthme, d’une rhinite allergique, ou d’un eczéma atopique, des enfants de 3 catégories d’âge (n = 1211) étaient suivis prospectivement avec dépistage d’une infection à Chlamydiae pneumoniae par écouvillons pharyngés et PCR.
  • Les enfants infectés (study group, SG) étaient examinés à un rythme mensuel jusqu’à ce que l’agent infectieux ne puisse plus être détecté, ceci permettant de « quantifier » les infections persistantes.
  • Ils étaient comparés avec des enfants non infectés sélectionnés par randomisation, sans asthme avec ajustement par âge, sexe et origines ethniques (groupe contrôle, CG).
  • Etait considérés autant la fonction respiratoire et les paramètres inflammatoires que l’apparition d’une maladie allergique basée sur le diagnostic du médecin traitant (médiane de diagnostic=22 mois).

- Résultats :

  • Lors du premier examen de suivi, les enfants SG avaient des taux plus élevés de leucotriènes B4 (médianes : 36 pg/ml vs 19 pg/ml ;p = 0,04) et de 8-isoprostane (médianes : 15 pg/ml vs 12 pg/ml ;p = 0,04) dans les condensats de l’air exhalé, ce profil caractérisant l’inflammation neutrophile en réponse à un agent infectieux et le stress oxydatif dans les voies aériennes inférieures.
  • Il n’y avait pas de différence pour les autres leucotriènes (cystéinyl leucotriènes) intervenant dans les réactions aiguës allergiques.
  • La sécrétion d’IgA anti-Chlamydiae était localement plus élevée chez les enfants après infection par Chlamydiae pneumoniae (médiane de densité oculaire : 0,7 vs 0,4 ;p = 0,001) confirmant les résultats de la PCR.
  • Lors de l’examen final, il n’y avait pas de différence entre les 2 groupes pour les paramètres suivants :
    • fonction pulmonaire pathologique
    • condensats de l’air exhalé
    • hyperéosinophilie de la muqueuse nasale
  • L’incidence de l’asthme (0/55 vs 5/54 ;p = 0,03) et de la rhinite allergique [3/53 vs 10/52 ;p = 0,04 ; odds ratio et intervalle de confiance 95% - OR 0,32 (0,06-0,98)] de même que la prévalence de l’asthme [1/56 vs 9/58 ;p = 0,02 ; OR 0,1 (0,01-0,81)] et de la rhinite allergique [6/56 vs 16/58 ;p = 0,03 ; OR 0,32 (0,11-0,88)] étaient plus basse dans le groupe des enfants SG.
  • Aucune association n’était retrouvée avec l’eczéma atopique
  • On retrouvait chez 3 enfants avec une infection persistante à Chlamydiae une légère augmentation de l’incidence de la rhinite allergique, mais non significative par comparaison aux enfants ayant une infection guérie (1/3 vs 2/50).

- En conclusion, une infection des voies respiratoires supérieures à Chlamydiae pneumoniae peut être considèrée comme un facteur protecteur contre l’asthme et la rhinite allergique de l’enfant dans une population d’enfants en crèche et scolarisés.


Cette étude montre que :

  • La survenue d’une infection à Chlamydiae pneumoniae diminue significativement l’incidence et la prévalence de l’asthme et de la rhinite allergique chez des enfants.
  • De façon curieuse, cet évènement n’a pas d’incidence sur l’expression des leucotriènes exhalés intervenant dans les réactions aiguës allergiques.
  • Il n’y avait de différence non plus sur l’éosinophilie nasale
  • Une infection chronique à Chlamydiae favoriserait plutôt la rhinite allergique

Cette étude illustre bien les difficultés rencontrées lorsque l’on s’intéresse à l’hypothèse hygiéniste de l’allergie : une constatation clinique statistiquement significative, n’est pas aussi claire sur le plan physiopathologique. Ce d’autant plus qu’une infection persistante sera plutôt « pro-allergique », mais il faut rester prudent car cette dernière observation n’est pas statistiquement significative.

Quoiqu’il en soit, cette étude a le mérite d’amener un argument supplémentaire en faveur de cette hypothèse hygiéniste, avec un nombre conséquents de patients.