Une histoire de microbes chez les enfants nés de mamans allergiques !

vendredi 22 juillet 2005 par Dr Alain Thillay1539 visites

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Une histoire de microbes chez les enfants nés de mamans allergiques !

Une histoire de microbes chez les enfants nés de mamans allergiques !

vendredi 22 juillet 2005, par Dr Alain Thillay

Les facteurs environnementaux, particulièrement l’environnement microbien, jouent un rôle essentiel dans la maturation du système immunitaire et dans l’apparition de la maladie atopique. Ici, ces auteurs suédois tentent de préciser l’influence de l’allergie maternelle sur la réponse immune aux stimuli microbiens de leur bébé.

Réponses immunes néonatales aux stimuli microbiens : existe-t-il une influence de l’allergie maternelle ? : Petra Amoudruz, MSc a *
Ulrika Holmlund, PhD b * * Vivianne Malmström, PhD c
Christina Trollmo, PhD c Katarina Bremme, MD, PhD d
Annika Scheynius, MD, PhD b Eva Sverremark-Ekström, PhD a

aFrom the Department of Immunology, Wenner-Gren Institute, Stockholm University
bDepartment of Medicine, Clinical Allergy Research Unit
cDepartment of Medicine, Unit of Rheumatology
dDepartment of Women and Child Health, Division of Obstetrics and Gynecology, Karolinska University Hospital Solna and Karolinska Institutet

dans JACI June 2005 • Volume 115 • Number 6

- Contexte

  • Il est maintenant bien accepté que les facteurs environnementaux jouent un rôle dans le développement de l’atopie.
  • Il semble que cette notion soit importante très tôt dans la vie et dans la vie fœtale.
  • L’environnement in-utero pourrait être affecté par l’allergie maternelle et ainsi influencerait le système immunitaire du bébé.

- Objectif

  • Enquêter sur la manière dont les cellules mononuclées du sang du cordon réagissent aux stimuli microbiens provenant d’enfants dont les mères sont allergiques ou pas.

- Méthodes

  • Les cellules mononuclées du sang périphérique provenant de femmes allergiques (n=9) et de femmes non allergiques (n=10) et les cellules mononuclées de sang cordonal de leurs nouveaux-nés ont été stimulées in vitro par des lipopolysaccharides (LPS) et des peptidoglycanes.
  • Les cellules ont été analysées en cytométrie de flux concernant l’expression de CD14, du Toll-like receptor (TLR)-2 et TLR4 (récepteurs pour les bactéries).
  • La libération des cytokines et chemokines (IL-1 &#946 ;, IL-6, IL-8, IL-10, IL-12p70, TNF- &#945 ;) et du CD14 soluble ont été mesurées au niveau du surnageant de la culture de ces cellules, respectivement, par cytométrie en flux quantitative et Elisa.

- Résultats

  • Les monocytes de sang cordonal des enfants ayant des mères allergiques avaient significativement une expression inférieure de TLR2 et TLR4 comparés aux monocytes maternels à la fois avant et après stimulation microbienne, en contraste, avec les monocytes de sang du cordon des enfants dont les mères n’étaient pas allergiques.
  • De plus, les monocytes du sang du cordon des enfants ayant des mères allergiques avaient une plus faible réponse IL-6 (P=0,03) après stimulation par les peptidoglycanes que ces mêmes cellules provenant d’enfants dont les mères n’étaient pas allergiques.

- Conclusion

  • Nos résultats impliquent que les monocytes du sang du cordon et leurs réponses immunes sont influencés par l’allergie maternelle.
  • Sur ces bases, nous pouvons évoquer que les monocytes d’enfants dont les mères sont allergiques ont une réduction de la capacité à répondre aux stimuli microbiens.

Les auteurs de ce travail ont cherché à savoir si le fait de naître d’une mère allergique modifiait la réponse immunitaire aux agents microbiens chez le nouveau-né.

Il s’agit d’une étude in-vitro relevant d’un petit échantillon, 19 mères au total. Ce qui limite d’emblée sa portée mais qui toutefois, devant la qualité de la méthodologie, permet aussi de s’interroger plus avant.

Ainsi, les résultats semblent indiquer clairement une moins bonne réponse vis-à-vis des agents microbiens chez les enfants nés de mères allergiques avec une expression inférieure des récepteurs pour les bactéries tels CD14, TLR2 et TLR4.

De plus, ces enfants expriment moins l’IL-6. L’IL-6 a un rôle d’activation du lymphocyte B en agissant sur la phase finale de la maturation ce qui augmente la production d’IgM, d’IgG et d’IgA. Au niveau des lymphocytes T, l’IL-6 augmente la génération des LT cytotoxiques. Elle active les cellules NK. Au niveau du système nerveux central, elle provoque la fièvre. Elle active les hépatocytes. Enfin, l’IL-6 est un co-facteur de l’hématopoïèse agissant en synergie avec les autres cytokines.

Il semble alors que les enfants issus de maman allergiques devraient souffrir plus souvent d’infections. Cela restera à démontrer.

Il faut se souvenir que, si l’enfant a une manifestation d’atopie déclarée, on le sait plus enclin à faire des infections ORL et respiratoires, alors même que toutes les études, à ma connaissance, n’ont jamais démontré de déficit immunitaire chez ces patients. Ce qui indiquerait que cela soit l’inflammation allergique qui favorise les infections respiratoires chez l’atopique.

Il faudra donc attendre des études plus grandes pour expliciter ce problème.