Vache qui riz.

jeudi 30 mars 2006 par Dr Hervé Couteaux2952 visites

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Vache qui riz.

Vache qui riz.

jeudi 30 mars 2006, par Dr Hervé Couteaux

L’allergie au lait de vache survient à une période de la vie où les solutions de remplacement habituellement préconisées peuvent poser de nouveaux problèmes allergiques et/ou des problèmes nutritionnels. C’est dire l’importance pratique que revêt toute nouvelle solution.

Une formule hydrolysée à base de riz est tolérée par des enfants présentant une allergie au lait de vache : une étude multicentrique. : A. Fiocchi*, P. Restani, R. Bernardini, S. Lucarelli§, G. Lombardi¶, G. Magazzù, G. L. Marseglia**, K. Pittschieler, S. Tripodi, R. Troncone§§ and C. Ranzini*

*Melloni Paediatria, Milan, Italy, Department of Pharmacological Sciences, University of Milan, Italy, Department of Pediatrics, Meyer Hospital, University of Florence, Italy, §Department of Pediatrics, ’La Sapienza’ University, Rome, Italy, ¶Department of Pediatric Gastroenterology, Pescara, Italy, Department of Pediatrics, G. Martino Hospital, University of Messina, Italy, **Department of Pediatrics, S. Matteo Hospital, University of Pavia, Italy, Department of Pediatrics, Central Hospital, Bolzano, Italy, Pediatric Allergology Unit, Sandro Pertini Hospital, Rome, Italy and §§Department of Pediatrics, Federico II Hospital, University of Naples, Italy

dans Clinical & Experimental Allergy 36 (3), 311-316.

- Contexte :

  • Les enfants allergiques au lait de vache sont alimentés par un produit de remplacement à base de soja ou de lait de vache hydrolysé.
  • Ni l’un ni l’autre ne peuvent éliminer un risque de sensibilisation.
  • Des études précédentes ont prouvé que du riz hydrolysé est toléré par des animaux et des enfants avec des hypersensibilités multiples aux aliments.

- Objectif :

  • Une évaluation clinique prospective de la tolérance à une formule hydrolysée à base de riz a été effectuée chez les enfants allergiques au lait de vache.

- Patients et méthodes

  • Cent enfants (42 filles et 58 garçons, âge moyen 3.17 ± 2.93, médiane à 2.20, avec un éventail de 0.18 à 14.6 ans) avec une histoire de réactions immédiates au lait de vache confirmée par test de provocation en double aveugle contre placebo (DBPCFC) si ce dernier n’était pas contre indiqué, ont été évalués quant à la tolérance clinique aux protéines du lait de la vache.
  • Leur bilan allergologique a comporté des tests cutanés au lait entier, à l’alpha-lactalbumine (ALA), à la béta-lactoglobuline (BLG) et aux caséines totales et on a dosé les IgE spécifiques par la technologie CAP vis-à-vis du lait entier, de l’ALA, de la BLG et de la caséine.
  • La sensibilisation au riz et à la formule hydrolysée à base de riz a été étudiée de façon similaire.
  • Les sérums des patients ont été évalués par immunoblotting pour les IgE spécifiques aux protéines du lait de vache, au riz et à la formule hydrolysée à base de riz.
  • Un DBPCFC avec une formule hydrolysée à base de riz a été effectué avec progression des doses.

- Résultats :

  • Tous les patients étaient sensibilisés au lait de la vache et/ou au moins à une fraction de protéines du lait de vache.
  • Pour les tests cutanés, 87 patients sur 99 étaient positifs à une fraction de protéine du lait de vache et/ou au lait de vache.
  • Des dosages d’IgE positifs (>0,35 kUA/l) ont été retrouvés chez :
    • 92 patients sur 95 pour le lait de vache ou des fractions du lait de vache.
    • 21 patients sur 91 pour le riz.
    • 4 patients sur 91 pour le substitut hydrolysé à base de riz.
  • A l’immunoblot, les sérums de 96 enfants étaient positifs à l’alpha-caséine (n=54), à la béta-caséine (n=38), à l’ALA (n=57), au BLG (n=37) et à la sérum albumine bovine (n=61).
  • De même, bien que les sérums des patients aient souvent contenu des IgE spécifiques contre des protéines de riz en technique CAP (21/91) et à l’immunoblotting (70/96), seulement six réponses très faiblement positives ont été observées contre la formule hydrolysée à base de riz.
  • Tous les DBPCFC avec la formule hydrolysée à base de riz étaient négatifs.

- Conclusion :

  • La formule hydrolysée à base de riz est une alternative possible non seulement pour des enfants avec des allergies multiples mais également pour des enfants allergiques au lait de vache.

Cette étude multicentrique a retrouvé une bonne tolérance d’un hydrolysat à base de riz chez des enfants allergiques au lait de vache.

Aucun test de provocation à cet hydrolysat n’a été positif, même si l’on avait décelé auparavant chez un patient des IgE spécifiques, en CAP ou à l’Immunoblot.

Cette étude est l’extension d’une étude déjà commentée dans nos colonnes en 2003 par Alain Thillay.

Le nombre de patients est évidemment plus conséquent : de 18 patients testés en 2003, il passe à une centaine en 2006.

Rappelons que, pas plus qu’en 2003, nous n’avons de renseignement sur la qualité nutritionnelle de cet hydrolysat de riz.

Comme en 2003, nous ignorons le risque de sensibilisation ultérieure qui n’est même pas évoqué dans l’article.

Si la fréquence des allergies au riz (IgE médiées) dans une population d’atopiques, est estimée à environ 10% au Japon, ce chiffre est évidemment bien inférieur en Europe.

Sur les 91 enfants allergiques au lait (on ne part plus d’une population de base d’atopiques) 21 d’entre eux, soit 23%, présentaient des IgE spécifiques vis-à-vis du riz, ce qui est bien plus élevé et pourrait être un facteur favorisant pour la survenue de sensibilisation consécutive à la consommation de cet hydrolysat de riz...

A côté de l’hydrolysat, on peut signaler une autre technique de diminution de l’allergénicité, par transgénèse, technique qui est déjà utilisable chez le riz.

C’est ainsi que l’inactivation du gène codant pour une protéine responsable d’allergies dans le riz a été obtenue.

Cette technique présente l’avantage de conférer une amélioration sans aucune addition de matériel génétique, puisque l’amélioration est obtenue par la suppression d’une caractéristique négative.

Si la production d’un riz hypoallergénique est possible et sans doute prochainement réalisée, il reste que ces techniques de manipulation génétiques sont en plein développement, et pas nécessairement à visée hypoallergénique : il faut savoir en effet, que la Chine va autoriser la commercialisation d’un riz OGM à l’horizon 2006-2007.