Atopie du nourrisson, l’allaitement au sein enfin innocenté ?

vendredi 31 mars 2006 par Dr Alain Thillay1744 visites

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Atopie du nourrisson, l’allaitement au sein enfin innocenté ?

Atopie du nourrisson, l’allaitement au sein enfin innocenté ?

vendredi 31 mars 2006, par Dr Alain Thillay

Certaines études ont suggéré un risque d’atopie plus grand chez les nourrissons recevant un allaitement au sein. Considérant que ce constat pourrait être dû à un biais, les mères alertées par l’apparition de l’atopie chez leur bébé prolongeraient l’allaitement au sein, les auteurs tentent de le vérifier.

Maladie atopique et allaitement au sein. Cause ou conséquence ? : Adrian J. Lowe, MPHa, John B. Carlin, PhDa, Catherine M. Bennett, PhDa, Michael J. Abramson, PhDb, Clifford S. Hosking, FRACPc, David J. Hill, FRACPc, Shyamali C. Dharmage, PhDa

a From the Centre for Molecular, Environmental, Genetic and Analytic Epidemiology, The University of Melbourne
b Department of Epidemiology and Preventive Medicine, Monash University
c Department of Allergy, Royal Children’s Hospital

dans JACI Volume 117, Issue 3, Pages 682-687 (March 2006)

- Introduction

  • Un certain nombre d’études a observé une association entre l’allaitement au sein et un plus grand risque de développement d’asthme et d’eczéma.
  • Il a été proposé que ces résultats pourraient être dus aux signes précoces de la maladie atopique chez le nourrisson incitant les mères à prolonger l’allaitement au sein.

- Objectif

  • Nous avons cherché à déterminer si des symptômes précoces de maladie atopique (eczéma, réaction alimentaire, ou asthme) ou des réponses positives aux tests cutanés réduisent la probabilité d’arrêter l’allaitement au sein.

- Méthodes

  • Les auteurs ont eu recours à une étude de cohorte de naissances de 620 nourrissons de Melbourne, Australie.
  • L’interrogatoire téléphonique a été pratiqué toutes les 4 semaines jusqu’à 64 semaines, et, ensuite, à 78 et 104 semaines pour déterminer la durée de l’allaitement au sein (exclusif et total) et la mise en évidence de la maladie atopique.
  • En raison de la période variable de l’apparition des symptômes atopiques, ils ont été modélisés en tant que covariable en fonction du temps (modèle de Cox).

- Résultats

  • Seuls 52 nourrissons (8,4%) n’ont pas été nourris au sein, tandis que 103 (25,0%) n’ont pas été allaités au sein de façon exclusive.
  • Les signes précoces de maladie atopique ou de sensibilisation étaient indépendamment associés à une réduction approximativement de 28% du risque de cesser l’allaitement exclusif au sein (rapport de hasard ajusté, 0.72 ; IC 95%, 0.53-0.97) ; P =0.029), mais il n’y avait aucune évidence pour une relation avec le risque de cesser l’allaitement au sein complètement (rapport de hasard ajusté, 1.12 ; IC 95%, 0.92-1.37 ; P =0.262).

- Conclusion

  • Les signes précoces de maladie atopique pourraient prolonger la durée de l’allaitement au sein exclusif.
  • Ceci a pu masquer un effet protecteur de l’allaitement au sein ou même donner le résultat apparent que l’allaitement au sein puisse être un facteur de risque de développement des maladies atopiques.
  • La prochaine investigation concernant la relation entre l’allaitement au sein et les maladies atopiques devra prendre en considération cette possibilité.

De nombreuses études ont été pratiquées afin de savoir si l’allaitement maternel est protecteur ou non vis-à-vis des maladies atopiques. Malheureusement, elles ne sont pas unanimes pour confirmer l’intérêt de l’allaitement au sein. Ce travail tente de trouver des explications à ces dissonances.

La question posée par ces auteurs est simple : « Certaines études ayant montré qu’effectivement, autant de mois d’allaitement au sein, autant de risques de devenir allergique, n’existe-t-il pas des facteurs qui pourraient expliquer ce constat ? »
L’explication serait alors que l’apparition précoce de manifestation d’atopie inciterait les mères à poursuivre plus encore l’allaitement au sein. Ce qui, à l’évidence, créerait un biais.

Les résultats de l’étude suggèrent plus une tendance qu’une réelle relation entre l’existence d’éléments en faveur d’une atopie du nourrisson et la prolongation de l’allaitement maternel. Ainsi, en cas de révélation d’une atopie du nourrisson, les mères auraient plus tendance à prolonger ce type d’allaitement.

Comme le soulignent les auteurs dans leur conclusion, ce biais peut masquer l’effet protecteur de l’allaitement maternel ou même suggérer qu’il est à risque d’apparition de l’atopie chez le nourrisson. C’est ce que plusieurs études néo-zélandaises, me semble-t-il, avaient tendance à montrer.

Cette étude a donc le mérite de nous rendre prudents à la lecture des articles concernant les effets de l’allaitement maternel sur la survenue de l’atopie.