Rhinite allergique et pollution atmosphérique : les vieux sont plus coriaces !

jeudi 29 juin 2006 par Dr Alain Thillay3104 visites

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Rhinite allergique et pollution atmosphérique : les vieux sont plus coriaces !

Rhinite allergique et pollution atmosphérique : les vieux sont plus coriaces !

jeudi 29 juin 2006, par Dr Alain Thillay

Nombre d’études ont suggéré un rapport, chez l’enfant, entre rhinite allergique et la pollution atmosphérique. L’objectif de cette étude canadienne était de vérifier ce même rapport chez des sujets âgés de 65 ans ou plus. Les résultats apparaissent plutôt étonnants...

La pollution atmosphérique extérieure est-elle associée aux consultations du médecin généraliste pour rhinite allergique par les personnes âgées à Toronto, Canada ? : P. J. Villeneuve1, M.-S. Doiron1, D. Stieb1, R. Dales1, R. T. Burnett2, R. Dugandzic1

1Air Health Effects Division, Environmental Contaminants Bureau, Health Canada, Ottawa, Ontario, Canada ; 2Biostatics and Epidemiology Division Health Canada, Ottawa, Ontario, Canada

dans Allergy 61 (6), 750-758

- Introduction :

  • Alors qu’un certain nombre d’études suggèrent que la pollution atmosphérique est associée à la rhinite allergique chez l’enfant, les résultats pour l’adulte restent équivoques.

- Objectif :

  • Le but de cette étude était d’examiner le rapport entre la pollution atmosphérique et les consultations du médecin généraliste pour rhinite allergique chez des individus âgés de 65 ans ou plus à Toronto, Canada.

- Méthodes :

  • Les consultations chez le médecin ont été identifiées en employant les données du plan provincial d’assurance médicale d’Ontario qui est rendu disponible à tous les résidents.
  • Nos analyses sont basées sur 52 691 consultations de médecin pour rhinite allergique chez des individus âgés de 65 ans ou plus dans la zone métropolitaine de Toronto entre 1995 et 2000.
  • Des modèles linéaires généralisés ont été employés pour pratiquer des comptes quotidiens de régression des consultations du médecin et comparer aux mesures quotidiennes des composants gazeux et particulaires de la pollution atmosphérique après contrôle en fonction du caractère saisonnier, des facteurs potentiels de confusion (la température, l’humidité relative, les aéroallergènes), la dispersion et la corrélation périodique.

- Résultats :

  • Un grand nombre de comparaisons ont été effectuées avec, pour la plupart, l’absence d’association statistiquement significative entre les niveaux quotidiens de pollution atmosphérique et le nombre de consultations du médecin pour rhinite.
  • En revanche, une augmentation interquartile de la moyenne sur dix jours des particules d’ambroisie a augmenté le nombre moyen de consultations quotidiennes pour rhinite de 6.4% (IC 95% = 0.7-12.4%).

- Conclusions :

  • Nos résultats suggèrent que la pollution atmosphérique est un facteur prédictif peu important des consultations du médecin généraliste pour rhinite allergique chez les personnes âgées.

Des études antérieures ont effectivement fortement suggéré, sur des populations pédiatriques, que la pollution atmosphérique favorise l’expression des rhinites allergiques. Ici, les auteurs ont voulu rechercher cette association dans une population de personnes âgées de 65 ans ou plus.

Les résultats de cette étude canadienne semblent indiquer que la pollution atmosphérique particulaire ou gazeuse n’augmente pas le nombre de consultations pour rhinite allergique. Seule la pollution biologique due au pollen d’ambroisie joue ce rôle, ce qui paraît évidemment très logique.

La pollution atmosphérique agit sur les voies respiratoires par augmentation de l’inflammation des muqueuses. Il est donc logique d’avoir eu des études qui ont montré que, chez l’enfant, les pics de pollution atmosphérique étaient liés à une augmentation des demandes de consultations motivées par une symptomatologie rhinitique allergique.

Alors, pourquoi cette étude chez les personnes âgées ne retrouve pas les mêmes résultats ?

Je ne pense pas que la méthodologie soit à mettre en cause, le nombre de 52 691 consultations de personnes âgées de 65 ans ou plus paraît significatif et les précautions de l’analyse des résultats semblent d’un assez haut niveau.

Si ces résultats sont confirmés par d’autres études, il faudra s’interroger sur le fait que les personnes âgées souffrant de rhinite allergique ne réagissent pas de la même manière face à la pollution atmosphérique.

Il faut toujours dans ces cas évoquer la possibilité de biais. Les sujets âgés de 65 ans ou plus n’ont-ils pas plus tendance à vivre à l’intérieur ou n’ont-ils pas l’habitude plus ou moins intuitive d’éviter les pics de pollution, liés à la chaleur par exemple ? Ne voyagent-ils pas dans de meilleurs conditions, voitures plus luxueuses donc équipées de climatiseurs avec filtre à pollens ?

Autant d’interrogations qu’il faudra éclaircir avant de dire que les conséquences physiopathologiques de la pollution atmosphérique sur les voies respiratoires ne sont pas les mêmes chez l’enfant que chez le sujet âgé.

Enfin, cette étude nous rappelle que la rhinite allergique existe chez les personnes âgées et que, par conséquent, il faut la rechercher aussi dans cette tranche d’âge.