Boire ou être allergique, il faut choisir. Peut-être pas !?

mardi 18 juillet 2006 par Dr Alain Thillay9191 visites

Accueil du site > Maladies > Atopie > Boire ou être allergique, il faut choisir. Peut-être pas !?

Boire ou être allergique, il faut choisir. Peut-être pas !?

Boire ou être allergique, il faut choisir. Peut-être pas !?

mardi 18 juillet 2006, par Dr Alain Thillay

La consommation d’alcool fait partie du mode de vie à l’occidentale, lui-même mis en cause dans l’émergence des malades IgE dépendantes. Des études ont suggéré un lien entre consommation d’alcool et sensibilisation aux aéroallergènes classiques. C’est ce que ces auteurs danois tentent de déterminer.

Association entre la consommation d’alcool et la sensibilisation aux aéroallergènes chez des adultes danois : A. Linneberg*, I. Hertzum*, L. L. N. Husemoen*, N. Johansen+ and T. Jørgensen*

*Research Centre for Prevention and Health, Glostrup University Hospital, Glostrup, Denmark and +In Vitro Diagnostics Business Unit, ALK-Abelló A/S, Hoersholm, Denmark

dans Clinical & Experimental Allergy 36 (6), 714-721.

- Contexte :

  • Il a été proposé que la consommation d’alcool pouvait être l’un des facteurs du style de vie occidentalisé, urbain, des pays riches contribuant à l’élévation de la maladie atopique.

- Objectif :

  • Le but était de mettre en évidence l’association entre la consommation d’alcool et l’atopie (sensibilisation aux aéroallergènes).

- Méthodes :

  • En 1982, une étude de population en sections croisées comptant 3608 Danois (79% des sujets invités à participer), âgés de 30, 40, 50, et 60 ans, a été effectuée. *L’information sur la consommation d’alcool a été obtenue par un questionnaire.
  • La sensibilisation aux aéroallergènes a été définie ainsi : avoir un test IgE spécifique positif parmi les 19 aéroallergènes communs sur des échantillons stockés de sérum.
  • Un total de 3317 sujets, ayant fait l’objet d’une information complète sur toutes les variables, ont été inclus dans les analyses.

- Résultats :

  • Nous avons trouvé une association statistiquement significative entre la consommation d’alcool et la sensibilisation aux aéroallergènes (indépendante du type de boisson alcoolique consommée).
  • Cette association a semblé être reliée seulement chez ceux qui consommaient plus de 8 boissons/semaine.
  • Après l’ajustement en fonction des facteurs de confusion, cette association était seulement statistiquement significative pour ceux qui consommaient 15-21 boissons/semaine (OR 1.8 ; IC 95% : 1.2-2.8).

- Conclusion :

  • Dans cette population générale d’adultes, la consommation d’alcool rapportée par le sujet a été franchement associée à la sensibilisation aux aéroallergènes.

La relation alcool et allergie reste un sujet intéressant qui revient souvent dans les publications.

On sait l’alcool impliqué dans des réactions d’hypersensibilité IgE médiées ou non. On retrouve là les « flush », les réactions anaphylactoïdes comme l’urticaire, angio-œdème et pour certains, même, des chocs, mais aussi, comme facteur de déclenchement ou de sévérité de l’asthme, des allergies alimentaires ou de l’anaphylaxie induite par l’exercice.

En outre, il existe de plus en plus d’éléments en faveur du rôle de l’alcool comme promoteur du développement des maladies IgE dépendantes à différents allergènes. Ainsi, des études ont déjà montré que la consommation d’alcool est associée avec une augmentation du taux des IgE totales sériques. D’autres études ont suggéré une association alcool et sensibilisation aux aéroallergènes.

C’est ici le propos de cette étude danoise. A savoir enfin, que les mécanismes de l’alcool pour favoriser la réponse IgE ne sont pas encore clairement connus.

Cette étude danoise montre donc in fine, tous facteurs de confusion pris en compte, une relation significative sensibilisation à au moins un aéroallergène et consommation importante de boissons alcoolisées (15 à 21 boissons par semaine).

Bien sûr, on pourra être critique quant au recours à un questionnaire pour évaluer la consommation d’alcool, c’est ce qui constitue à mon avis le biais important de ce travail. Il est probable que les gens ont tendance à minimiser leur déclaration de consommation alcoolique spontanément.

Il faudrait donc refaire ce genre de travail en prenant en compte des marqueurs plus fiables de la consommation alcoolique.