Un champignon atopique, ça fait boum aussi ?

vendredi 12 janvier 2007 par Dr Hervé Couteaux2551 visites

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Un champignon atopique, ça fait boum aussi ?

Un champignon atopique, ça fait boum aussi ?

vendredi 12 janvier 2007, par Dr Hervé Couteaux

L’allergie aux champignons concerne 20 à 30 % des atopiques et de 5 à 15% de la population générale selon les études. Omniprésents dans l’environnement, ils sont à l’origine de manifestations allergiques fréquentes et encore mal connues, principalement en raison des difficultés d’obtention d’extrait allergénique de qualité.

La mannitol-dèshydrogénase NADP-dépendante d’Alternaria alternata est un allergène fungique important. : P. B. Schneider, U. Denk, M. Breitenbach, K. Richter, P. Schmid-Grendelmeier, S. Nobbe, M. Himly, A. Mari, C. Ebner and B. Simon-Nobbe.

Division of Genetics, Department of Cell Biology, University of Salzburg, Salzburg, Austria, Department of Dermatology, University Hospital Zürich, Zürich, Switzerland, Division of Allergy and Immunology, Department of Molecular Biology, University of Salzburg, Salzburg, Austria, Center for Clinical and Experimental Allergology, IDI-IRCCS, Rome, Italy, Allergieambulatorium Reumannplatz, Vienna, Austria

dans Clinical & Experimental Allergy 36 (12), 1513-1524

- Contexte :

  • Alternaria alternata est l’un des mycètes allergéniques les plus importants dans le monde.
  • Il a été préalablement établi que la mannitol déshydrogénase (MtDH) est un allergène majeur de Cladosporium herbarum et des réactivités croisées ont été démontrées pour plusieurs allergènes fongiques.

- Objectif :

  • L’objectif de la présente étude était de cloner la MtDH d’une bibliothèque cDNA d’A.alternata, d’exprimer et d’épurer la protéine de recombinaison de non fusion et d’examiner ses propriétés de liaison avec les IgE.

- Méthodes :

  • Une bibliothèque de cDNA, préparée à partir des hyphes et des spores d’A.alternata, a été examinée pour la mannitol déshydrogénase par hybridation d’ADN avec l’homologue radioactivement marqué de C. herbarum comme témoin.
  • Le clone résultant a été ordonné et exprimé de façon hétérogène par Escherichia coli en tant que protéine recombinante de non fusion, et a été épuré jusqu’à l’homogénéité et analysé dans sa capacité de liaison aux IgE.

- Résultats :

  • la séquence codante pour le clone intégral de cDNA comporte 798 bp codant pour une protéine de masse moléculaire de 28.6 kDa et d’un pI (point isoélectrique) de 5.88.
  • L’analyse de la séquence de la protéine a montré une identité de 75% et une homologie de 86% entre MtDHs d’A.alternata et de C.herbarum.
  • La mannitol déshydrogénase fonctionnelle a été exprimée en contrainte BL21 (DE3) d’E. coli transformée avec le vecteur pMW172 et épurée jusqu’à l’homogénéité.
  • L’enzyme catalyse la conversion, NADPH-dépendante, du d-fructose en d-mannitol.
  • En IgE-ELISA et immunoblot, MtDH est identifié par 41% des patients allergiques à A.alternata.
  • L’immunoreactivité in vivo du recombinant MtDH a été vérifiée par prick-test cutané.
  • En conclusion, les expériences d’inhibition-ELISA ont confirmé la réactivité croisée entre le MtDHs d’A.alternata et de C.herbarum.

- Conclusion :

  • La mannitol déshydrogénase (alt a 8) représente un nouvel allergène important de l’ascomycète A.alternata qui pourrait servir à améliorer des procédures diagnostiques et thérapeutiques.

Alt a 8 est un nouvel allergène isolé et caractérisé d’Alternaria alternata ; c’est une mannitol dèshydrogénase qui croise avec Cla h 8, la mannitol dèshydrogénase de Cladosporium herbarum.

Les allergènes d’ Alternaria alternata selon Allergome :

Nom Fonction biochimique PM (kD)
Alt a 1  ? 30
Alt a 2  ? 26.8
Alt a 3 Heat Shock Proteins 85
Alt a 4 Disulfideisomerases 57
Alt a 5 Acid Ribosomal Protein P2 11
Alt a 6 Enolase 30
Alt a 7 YCP4 Protein 22
Alt a 8 Mannitol Dehydrogenase 29
Alt a 9  ? 42
Alt a 10 Aldehyde Dehydrogenases 53
Alt a 12 Acid Ribosomal Protein P1  ?
Alt a 13 Glutathione-S-transferases 26
Alt a 70kD  ? 70
Alt a NTF2 Nuclear Transport Factor 2  ?

Alt a 1 est en cause dans 98% des IgE réactivités à Alternaria, mais les fréquences des réactivités vis à vis des autres allergènes, et en particulier d’Alt a 8, n’est pas connue.

Cosmopolites et ubiquitaires, les espèces du genre Alternaria sont au nombre d’une cinquantaine.

Ce sont des phytopathogènes qui peuvent être retrouvés dans les logements tout au long de l’année.

En Europe, Alternaria représente 2 à 5 % de la flore fongique de l’atmosphère.

Alternaria déclenche des réactions saisonnières avec un pic des manifestations cliniques en été, correspondant à une forte sporulation estivale.

L’été, les concentrations journalières peuvent dépasser 100 à 200 spores / m3 d’air et générer des symptômes ; les pics de plus de 500 spores / m3 correspondent à un niveau de risque élevé de déclenchement de crises d’asthme.

Dans environ 90% des cas la réactivité cutanée ou médiée par les IgE est associée à une réactivité vis à vis des autres aéroallergènes.

La problématique de l’allergie aux moisissures reste fortement grevée par la complexité des extraits allergéniques, aussi nous ne pouvons que nous féliciter de voir se multiplier les études permettant de progresser dans la connaissance de ces allergènes.