Boudiou ces LTP, elles seraient pas un peu fadas ?

jeudi 15 février 2007 par Dr Hervé Couteaux1216 visites

Accueil du site > Allergènes > Alimentaires > Boudiou ces LTP, elles seraient pas un peu fadas ?

Boudiou ces LTP, elles seraient pas un peu fadas ?

Boudiou ces LTP, elles seraient pas un peu fadas ?

jeudi 15 février 2007, par Dr Hervé Couteaux

De nouveaux allergènes sont caractérisés chaque jour ou presque. Le problème des protéines de transport de lipides est un problème important en zone méditerranéenne tant en fréquence qu’en sévérité des symptômes : c’est le sujet de l’étude du jour !

Identification de la protéine pollinique de transfert de lipide (Pla a 3) du Platane, et ses relations immunologiques à la protéine de transfert de lipides de la pêche, Pru p 3. : I. Lauer, M. S. Miguel-Moncin, T. Abel, K. Foetisch, C. Hartz, D. Fortunato, A. Cistero-Bahima, S. Vieths, S. Scheurer (2007)

*Department of Allergology, Paul-Ehrlich-Institut, Langen, Germany, Allergy Department, Institut Universitari Dexeus, Barcelona, Spain and CNR-ISPA, Proteome Lab, Bioindustry Park, Colleretto Giacosa, Italy

dans Clinical & Experimental Allergy
Volume 37 Issue 2 Page 261 - February 2007

- Contexte :

  • Il a été décrit une association entre l’allergie au pollen de platane et une allergie à des aliments d’origine végétale, mais les allergènes croisants n’ont pas encore été identifiés.
  • Le but de cette étude a été l’identification d’un homologue LTP non spécifique du pollen de platane (nsLTPs) et d’étudier ses relations immunologiques avec la LTP de la pêche, Pru p 3.

- Méthodes :

  • Trois groupes différents de patients ont été recrutés en Espagne : 22 patients allergiques au pollen de platane sans allergie alimentaire (groupe A), 36 patients allergiques au pollen de platane et à la pêche (B) et 10 patients allergiques à la pêche, sans allergie au pollen de platane (C).
  • Les protéines de pollen de platane ont été fractionnées par échange d’ions et chromatographie en phase réverse.
  • Des tests complémentaires ont été pratiqués : analyse de l’extrémité N-terminale de la séquence d’acides aminés, immunoblot, Allergo Sorbent Test, CAP et test de libération d’histamine par les basophiles.

- Résultats :

  • Une protéine IgE réactive de 10kDa a été purifiée à partir du pollen de platane et identifiée comme nsLTP.
  • Pla a 3 a été caractérisé en tant qu’allergène mineur (27.3%) chez les patients allergiques au pollen de platane sans allergie alimentaire (A) et en tant qu’allergène majeur chez les patients allergiques au pollen de platane avec allergie à la pêche (B) avec une prévalence d’IgE réactivité de 63.8%.
  • Le groupe B contenait des patients sensibilisés à Pru p 3 sans IgE-réactivité à la LTP du platane.
  • Par contre on pouvait y trouver des patients IgE-réactifs à Pla a 3 sans sensibilisation à Pru p 3 (16.6%).
  • Les sera des patients sensibilisés aux deux LTP (50%), Pla a 3 et Pru p 3 ont montré des activités biologiques différentes pour les tests d’histamine release : en fonction des sera individuels testés, Pla a 3 montrait un potentiel allergénique similaire, supérieur ou inférieur à Pru p 3.

- Conclusion :

  • La LTP du platane est un allergène majeur des patients polliniques avec allergie à la pêche en zone méditerranéenne.
  • Le résultat des tests d’histamine release et les différents profils de liaison aux IgE sont en faveur de l’existence d’épitopes IgE spécifiques des espèces.
  • De plus, on ne peut tirer aucune conclusion sur l’agent sensibilisant.

La LTP du pollen de platane est un allergène majeur des patients allergiques au pollen de platane et à la pêche dans les pays méditerranéens.

Parmi les patients allergiques à la fois au pollen de platane et à la pêche, on trouvait aussi bien des patients ayant des IgE se liant à Pla a 3 (LTP du platane) et pas à Pru p 3 (LTP de la pêche) que l’inverse.

Il n’a pas été possible de mettre en évidence la sensibilisation « primaire », c’est à dire de savoir si la sensibilisation à la pêche avait précédé la réactivité (croisée) au pollen de platane ou si la sensibilisation au pollen de platane avait entraîné une réactivité (croisée) vis à vis de la pêche.

Il y a une troisième possibilité suggérée par les résultats de cette étude : certains patients du groupe B se sont sensibilisés à la LTP de platane mais leurs IgE ne réagissaient pas à la LTP de pêche (ces patients seraient donc allergiques à d’autres allergènes de la pêche) tandis que d’autres se sensibilisaient à la LTP de pêche sans que leurs IgE ne réagissent à la LTP du platane (ils seraient allergiques à d’autres allergènes du pollen de platane).

Les auteurs supposent donc qu’il existe des épitopes IgE spécifiques des espèces c’est à dire des épitopes de la LTP de pêche différents d’épitopes de la LTP du platane aboutissant à deux IgE réactivités relativement « autonomes » même si elles s’adressent à deux protéines homologues de la famille des LTP, donc très voisines.

Le lecteur qui l’ignorait aura appris qu’un même allergène peut être mineur pour certaines personnes et majeurs pour d’autres... Ce qui n’a rien d’évident...et semble limiter la portée de ce concept.

Enfin, il est intéressant de constater que l’abord moléculaire permet d’envisager de multiples possibilités apportant chacune leur part d’explication quant aux observations pour ce qui, à priori, n’était qu’un groupe de patient pollinique avec ou sans allergie alimentaire associé.

Expliquer n’est pas toujours simplifier...