Prématurés et petits poids de naissance, perméabilité intestinale et allergie alimentaire.

lundi 25 juin 2007 par Dr Alain Thillay2064 visites

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Prématurés et petits poids de naissance, perméabilité intestinale et allergie alimentaire.

Prématurés et petits poids de naissance, perméabilité intestinale et allergie alimentaire.

lundi 25 juin 2007, par Dr Alain Thillay

Les prématurés et les petits poids de naissance ont une plus grande perméabilité intestinale. Pour les auteurs canadiens de cette étude, cette spécificité digestive pourrait être en relation avec une plus grande prévalence de l’allergie alimentaire chez ces enfants ultérieurement. C’est tout l’objet de cette étude rétrospective.

Risque de développement de l’allergie alimentaire chez le prématuré ou chez l’enfant de petit poids de naissance. : Joel J. Liem, MD, FRCPCab, Anita L. Kozyrskyj, PhDacd, Shamima I. Huq, BScac, Allan B. Becker, MD, FRCPCae

a From the Department of Pediatrics and Child Health
b Section of Allergy and Clinical Immunology
c Faculties of Pharmacy
d Medicine, Department of Community Health Sciences
e Manitoba Institute of Child Health, University of Manitoba

dans JACI Volume 119, Issue 5, Pages 1203-1209 (May 2007)

- Contexte :

  • Les enfants prématurés ou avec un petit poids de naissance ont une augmentation de la perméabilité intestinale comparativement aux enfants nés à terme ou avec un poids normal.

- Objectif :

  • Déterminer si les prématurés ou les petits poids de naissance ont un risque accru de développer une allergie alimentaire comparativement aux enfants nés à terme ou avec un poids normal.

- Méthodes :

  • La cohorte de naissances du Manitoba de 1995 a été étudiée à l’aide des données du plan d’assurance du service de santé du Manitoba (Manitoba Health Services Insurance Plan, MHSIP).
  • Cette banque de données est une étude de population, d’administration des soins de santé et des données des prescriptions.
  • C’est un enregistrement de chaque naissance et de l’utilisation ultérieure du système de soins provincial.
  • Les diagnostics d’allergie alimentaire (code diagnostic ICD-9-CM retrouvés parmi 693 requêtes ou une prescription d’adrénaline en dehors de l’indication d’allergie au venin) ont été obtenus jusqu’à 2002.
  • Nous avons déterminé le risque relatif d’allergie alimentaire chez les prématurés ou les petits poids de naissance comparativement aux enfants nés à terme ou avec un poids de naissance normal.

- Résultats :

  • Nous avons recruté un total de 13 980 enfants nés en 1995 et vivant toujours dans la province du Manitoba.
  • Parmi eux, 592 enfants (4,23%) ont été identifiés comme allergiques alimentaires, l’adrénaline a été prescrite chez 316 d’entre eux (2,26%).
  • La durée gestationnelle ou le poids de naissance n’avait pas de retentissement sur une augmentation statistiquement significative d’un risque accru d’allergie alimentaire.

- Conclusion :

  • La prématurité et le faible poids de naissance ne sont pas associés à une modification du risque de développement d’une allergie alimentaire dans l’enfance.

- Implications cliniques :

  • L’immaturité du tractus gastro-intestinal ou de la réponse immune n’apparaissent pas modifier le risque de développement d’une allergie alimentaire.
  • Nous nous interrogeons pour savoir si l’exposition précoce aux trophallergènes pourrait protéger les enfants prématurés par une augmentation de la tolérance immunitaire à ces antigènes.

Il s’agit d’une étude d’origine canadienne qui pose une question intéressante.

Puisque les prématurés et les petits poids de naissance ont une augmentation de la perméabilité du tractus digestif, il serait logique de constater chez eux une plus grande prévalence de l’allergie alimentaire. Cela paraît logique, il faut pourtant le démontrer.

Ces chercheurs ont donc pratiqué une étude rétrospective utilisant les données du système de santé de la province du Manitoba.

Ils ont étudié les dossiers des enfants nés prématurément ou avec un petit poids de naissance et ayant eu un diagnostic d’allergie alimentaire, ce qui correspond à un code précis, ou bien reçu une prescription d’adrénaline autre que pour une allergie au venin d’hyménoptère.

Il est probable que dans ce genre d’étude un biais de recrutement se soit glissé, tous les allergiques alimentaires n’ont peut-être pas fait l’objet d’un diagnostic.

Les enfants intéressés étaient tous nés en 1995 et la recherche des éléments en faveur d’une allergie alimentaire a été effectuée jusqu’en 2002.

Résultats, 13 980 enfants nés dans le Manitoba et y vivant toujours en 2002 ont été recrutés. 592 enfants étaient allergiques alimentaires selon les critères du système de santé de la province du Manitoba. Comparativement à des enfants nés à la même époque mais avec un poids de naissance normal ou nés à terme, il n’y avait pas de différences de pénétration de l’allergie alimentaire.

Ainsi, si ce constat se vérifiait dans le cadre d’une étude prospective, cela signifierait que l’augmentation de la perméabilité intestinale et/ou l’immaturité immunitaire supposée de ces patients, ne joueraient pas de rôle dans l’apparition ultérieure d’une allergie alimentaire. Les auteurs vont même jusqu’à se poser la question d’un effet protecteur vis-à-vis de l’allergie alimentaire de ces deux facteurs.

Il est vrai qu’une étude qui recruterait des enfants allergiques alimentaires et qui rechercheraient une plus forte prévalence de la prématurité ou d’un petit poids de naissance chez eux permettrait de trancher.

En fait, le facteur essentiel de l’allergie alimentaire reste le terrain atopique.