Comment prédire le futur allergique chez les enfants ?

jeudi 4 octobre 2007 par Dr Alain Thillay1008 visites

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Comment prédire le futur allergique chez les enfants ?

Comment prédire le futur allergique chez les enfants ?

jeudi 4 octobre 2007, par Dr Alain Thillay

Les auteurs de ce travail font le constat du lien entre sensibilisations et manifestations allergiques. Cependant, des éléments pertinents manquent pour mettre en évidence les facteurs cliniques prédictifs de sensibilisations ultérieures compte tenu de la marche de l’allergie. Les enfants sont ainsi évalués à 18 mois et 5 ans. Une lecture obligatoire pour l’allergologue clinicien.

Facteurs prédictifs précoces du développement de la maladie allergique et de l’asthme : examen à chaque étape de la « marche de l’allergie ». : C. Almqvist, Q. Li, W. J. Britton, A. S. Kemp, W. Xuan, E. R. Tovey, G. B. Marks, for the CAPS team

*Woolcock Institute of Medical Research, Camperdown, NSW, Australia, University of Sydney, Sydney, NSW, Australia, Department of Woman and Child Health and Department of Medical Epidemiology and Biostatistics, Karolinska Institutet, Stockholm, Sweden, §Centenary Institute of Cancer Medicine and Cell Biology and Children’s Hospital at Westmead, Sydney, NSW, Australia

dans Clinical & Experimental Allergy
Volume 37 Issue 9 Pages 1296-1302, September 2007

- Introduction :

  • Les sensibilisations et les symptômes de la maladie allergique sont fortement corrélés, mais peu d’éléments sont connus au sujet des facteurs prédictifs cliniques du développement de ces sensibilisations allergéniques dans l’enfance.

- Objectif :

  • Le but de cette étude était d’identifier ces facteurs prédictifs et d’examiner séparément l’effet de la sensibilisation précoce sur l’apparition ultérieure des sifflements thoraciques, de l’asthme, de la rhinite et de l’eczéma.

- Méthodes :

  • Dans l’étude prévention de l’asthme chez l’enfant, des enfants ayant des antécédents familiaux d’asthme ont été évalués pour ce qui concerne les sensibilisations allergéniques, les IgE totales sériques, les sifflements thoraciques, l’asthme, l’eczéma et la rhinite aux âges de 18 mois et de 5 ans.
  • Afin d’examiner les facteurs prédictifs à 18 mois pour la sensibilisation ultérieure, des enfants non sensibilisés à cet âge et ayant eu des données de sensibilisation à 5 ans, ont été étudiés, n=375.
  • Afin d’examiner les facteurs prédictifs à l’âge 18 mois de l’apparition ultérieure de symptômes, des enfants qui n’ayant pas eu de sifflements thoraciques, d’asthme, d’eczéma ou de rhinite à 18 mois ont été suivis jusqu’à l’âge de5 ans, n=177.

- Résultats :

  • Parmi les enfants non sensibilisés à l’âge de 18 mois, la présence d’eczéma [Risque Relatif ajusté (RRa) 1,67, IC de 95%, 1,20-2,33], mais pas des sifflements thoraciques, de l’asthme ou de la rhinite, était un facteur prédictif indépendant du début de la sensibilisation à l’âge de 5 ans.
  • Parmi les enfants qui étaient asymptomatiques à l’âge de 18 mois, la sensibilisation à n’importe quel allergène à cet âge était un facteur prédictif indépendant pour la présence de sifflements thoraciques (RRa 2,41, IC de 95%, 1,28-4,55), pour la présence d’asthme (RRa 4,66, IC de 95%, 1,88-11,54) et pour la présence de rhinite (RRa 1,77, IC de 95%,1,08-2,90 de 1.77), mais pas pour le développement de l’eczéma (RRa 0,78, IC de 95%, 0,23-2,64 de 0.78) à l’âge de 5 ans.

- Conclusion :

  • Chez les enfants non sensibilisés, l’eczéma, mais pas les sifflements thoraciques, l’asthme ou la rhinite, est un facteur prédictif du développement ultérieur de la sensibilisation.
  • Ceci suggère que l’eczéma précoce de l’enfance, plutôt que les sifflements thoraciques et la rhinite, puisse favoriser la sensibilisation allergénique ultérieure et soulève la possibilité que la gestion précoce de l’eczéma peut réduire la prédominance de la sensibilisation chez les enfants.

Cette étude est le fruit du travail commun de deux équipes de chercheurs australiens et d’une équipe suédoise.

Il s’agit d’une étude prospective, les enfants étant évalués à l’âge de 18 mois puis à l’âge de 5 ans.

La question que se posaient les auteurs était : « Quels sont les facteurs prédictifs cliniques de sensibilisations allergéniques ultérieures ? ».

Les enfants ont été examinés à deux stades de la marche de l’allergie, 18 mois et 5 ans.

En partant du groupe des enfants non sensibilisés, N=375, le facteur prédictif de sensibilisations allergéniques ultérieures est l’eczéma mais aucunement les manifestations respiratoires ou rhinitiques.

En partant du groupe des enfants asymptomatiques à 18 mois, N=177, la sensibilisation à n’importe quel allergène est un facteur prédictif des sifflements thoraciques, de la rhinite mais pas de l’eczéma.

Ces résultats suggèrent, au travers des résultats du premier groupe, que le meilleur moyen de devenir allergique après l’âge de 18 mois, c’est d’avoir eu de la dermatite atopique. De deux choses l’une, ou bien la DA est intrinsèquement liée à un facteur IgE dépendant, ainsi le sujet réagira via ces IgE aux antigènes environnementaux, ou bien la DA n’est pas en soi une maladie à IgE mais favorise les sensibilisations par la peau dont l’état est dégradé.

Les résultats du deuxième groupe montrent qu’une fois la sensibilisation initiée à un allergène quelconque, c’est la voie royale pour les inflammations IgE dépendantes des muqueuses respiratoires.

Les conclusions des auteurs sont pertinentes, puisque l’eczéma atopique est le premier pas dans la maladie allergique IgE dépendante, il faut gérer très tôt cet eczéma.

Alors, me vient une idée iconoclaste.

Étant donné que la grande majorité des eczémas atopiques ne sont traités que par les dermocorticoïdes. Ceux-ci ne sont-ils pas impliqués dans un déficit immunitaire local favorisant les mécanismes IgE dépendants ? Ne sont-ils pas impliqués, allons plus loin, dans des surinfections bactériennes, ce qui permet d’évoquer la possibilité de superantigènes capables d’activer le système IgE ?