Moins d’allergie et d’asthme pour le paysan !

jeudi 11 octobre 2007 par Dr Alain Thillay2011 visites

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Moins d’allergie et d’asthme pour le paysan !

Moins d’allergie et d’asthme pour le paysan !

jeudi 11 octobre 2007, par Dr Alain Thillay

De nombreuses études suggèrent que l’exposition à l’environnement d’une ferme durant l’enfance protège de l’asthme, du rhume des foins et de l’eczéma. Par contre les données sont moindres quant à cet effet protecteur à l’âge adulte, aussi bien lorsque l’exposition fait suite à celle de l’enfance ou lorsqu’elle intervient seulement à l’âge adulte. C’est tout l’intérêt de ce travail réalisé conjointement par une équipe allemande et une équipe néo-zélandaise.

L’exposition au long cours à l’environnement de la ferme peut fortement réduire le risque d’asthme chez l’adulte. : J. Douwes, N. Travier, K. Huang, S. Cheng, J. McKenzie, G. Le Gros, E. von Mutius, N. Pearce

Centre for Public Health Research, Research School of Public Health, Massey University ; Public Health Intelligence, Ministry of Health, Wellington ; Epicentre, Institute of Veterinary, Animal and Biomedical Sciences, Massey University, Palmerston North ; Malaghan Institute for Medical Research, Victoria University, Wellington, New Zealand ; Dr von Hauner Children’s Hospital, University of Munich, Munich, Germany

dans Allergy Volume 62 Issue 10 Page 1158-1165, October 2007

- Introduction :

  • L’exposition à l’environnement de la ferme peut protéger de l’asthme, du rhume des foins et de l’eczéma dans l’enfance.
  • Il reste que les données sont peu claires pour savoir si l’exposition à cet environnement confère également la protection chez des fermiers adultes.
  • D’ailleurs, peu de chose est connu au sujet du rôle de la répartition dans le temps de l’exposition.
  • Nous avons évalué les effets de l’exposition à un environnement agricole dans l’enfance et en cours sur l’asthme, le rhume des foins et l’eczéma chez des agriculteurs comparativement à un groupe de contrôle de ruraux non agricoles.

- Méthodes :

  • Nous avons conduit une enquête de questionnaire en section croisée dans 2509 familles de fermiers (taux de réponse 78%) et 1001 familles non fermiers (taux de réponse 67%), qui ont inclus 4288 fermiers et 1328 non fermiers.

- Résultats :

  • Les fermiers avaient moins de probabilité de présenter des symptômes d’asthme, de rhume des foins et d’eczéma ; on n’a observé aucune différence significative entre les différentes activités agricoles : laiteries, éleveurs de moutons, éleveurs de bovins et horticulteurs.
  • L’association d’une exposition dans l’enfance et d’une exposition en cours était plus fortement associée négativement à l’essoufflement (OR de 0,50, 0,39-0,66), aux sifflements thoraciques (OR 0,60, 0,49-0,73), à la prise de médicaments de l’asthme (OR 0,48, 0,37-0,63) et à l’asthme persistant (OR 0,56, 0,46-0,68)
    • que l’exposition en cours seule (OR 0,63, 0,47-0,84 ; OR 0,80, 0,65-0,99 ; OR 0,68, 0,51-0,9 ; OR 0,69, 0,56-0,85 respectivement)
    • ou qu’à l’exposition seulement dans l’enfance (OR 0,97, 0,65-1,44 ; OR 1,01, 0,75-1,34 ; OR 0,78, 0,51-1,19 ; OR 0,87, 0,63-1,19 respectivement).
  • D’ailleurs, le nombre combiné d’années d’exposition à l’environnement de la ferme dans l’enfance et à l’âge adulte a montré une association inverse dose dépendante avec la prévalence des symptômes.

- Conclusion :

  • Bien que la vie en ferme semble jouer un rôle dans la faible prévalence des symptômes asthmatiques constatée chez les fermiers aussi bien dans l’enfance qu’à l’âge adulte, il se pourrait que l’exposition continue à long terme soit nécessaire pour maintenir une protection optimale.

Il ne s’agit certes que d’une étude de questionnaire mais regroupant un grand nombre de familles, au total 3610 familles soit 5616 ruraux dont 4288 fermiers.

Les ruraux non fermiers au nombre de 1328 constituaient le groupe contrôle.

Le taux de réponses est satisfaisant, 78% et 67% respectivement.

Nous le savons pour bénéficier de l’effet protecteur de l’environnement agricole, il ne faut pas seulement vivre à la campagne, il faut aussi pratiquer !

Ainsi dans les années 90, l’univers des allergologues a été bouleversé puisque des études ont montré que le fait de naître et de vivre dans les premières années de la vie à la ferme protégeait des manifestations de l’atopie.

Il avait été alors mis en évidence le rôle des endotoxines bactériennes provenant des animaux de la ferme par la rééquilibration de la balance Th1/th2 en favorisant le clone Th1 et donc la production des immunoglobulines G, A et M au détriment du clone Th2 producteur d’IgE.

Nous en étions resté là sans savoir ce que devenaient les fermiers à l’âge adulte, c’est l’objet de ce travail.

Premier point des résultats, quelle que soit l’activité agricole, cela marche. Ainsi les éleveurs de moutons, de bovins ou de vaches laitières font jeu égal avec les horticulteurs.

Là, il y a un peu d’étonnement. A priori, les horticulteurs devraient être beaucoup moins exposés aux endotoxines bactériennes et donc moins protégés ? Alors, qu’est-ce qui peut expliquer ces résultats, un biais, la présence d’endotoxines dans les terreaux ou autres éléments ?

Autre point important, le fait d’avoir vécu dès l’enfance mais encore à l’âge adulte est le meilleur moyen d’être moins allergique ou moins asthmatique. C’est plus protecteur que d’avoir vécu seulement dans l’enfance ou seulement à l’âge adulte. D’ailleurs, plus le nombre combiné d’années de vie à la ferme dans l’enfance et encore en cours est élevé, autant d’association inverse avec les critères de présence de manifestations d’atopie.

Ces résultats interpellent.

L’exposition au milieu de la ferme protège aussi bien l’enfant que l’adulte et encore mieux l’enfant qui continuera à vivre à la ferme durant sa vie. Cela suggère que l’on pourrait agir à tout âge sur la balance Th1/Th2. Cela peut suggérer aussi l’intervention d’autres facteurs liés à la vie de la ferme qui ne sont pas encore connus.

Il serait donc intéressant de lancer de nouvelles études sur l’évolution du statut immuno-allergologique d’adultes venant vivre à la ferme et de comparer ce statut à celui des enfants nés fermiers !

Faudra-t-il pour soulager l’humanité du fléau de l’allergie IgE dépendante envoyer les enfants vivre à la campagne dans des fermes ou bien alors mettre une vache à tous les étages des immeubles ?

Vraiment l’allergologie est un questionnement permanent ! Alphonse Allais ne me contredirait pas.