Tu es sûr ? C’est vraiment mon meilleur profil ?

lundi 18 février 2008 par Dr Hervé Couteaux1278 visites

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Tu es sûr ? C’est vraiment mon meilleur profil ?

Tu es sûr ? C’est vraiment mon meilleur profil ?

lundi 18 février 2008, par Dr Hervé Couteaux

L’allergie au kiwi a de multiples facettes, tant dans ses mécanismes (allergie « autonome », syndrome pollens-fruits, et latex-fruits) que dans la sévérité (syndrome oral, anaphylaxies sévères). Ces différents aspects sont une des conséquences de la présence de plusieurs allergènes dans un même produit, le kiwi.

Profils de reconnaissance des allergènes purifiés du kiwi vert (Actinidinia deliciosa) par les IgE, chez des patients sensibilisés au kiwi présentant différents symptômes cliniques. : Palacin A, Rodriguez J, Blanco C, Lopez-Torrejon G, Sánchez-Monge R, Varela J, Jiménez MA, Cumplido J, Carrillo T, Crespo JF, Salcedo G.

Unidad de Bioquimica, Departamento de Biotecnología, E.T.S. Ingenieros Agronomos, Madrid, Spain.

dans Clin Exp Allergy. 2008 Jan 19

- Contexte :

  • L’allergie au kiwi vert est de plus en plus fréquente.
  • Toutefois, aucune étude à grande échelle n’a été menée vis-à-vis des allergènes majeurs purifiés du kiwi, incluant à la fois des sujets sensibilisés au kiwi (prick test cutané positif) et des patients vraiment allergiques au kiwi.

- Objectifs :

  • Isoler les allergènes majeurs du kiwi, et étudier leur pertinence par des méthodes in vitro et in vivo dans une population importante de sujets sensibilisés et d’allergiques au kiwi.

- Méthodes :

  • Un groupe important (n = 92) de patients sensibilisés (IgE réactifs) au kiwi avec différents symptômes cliniques ont été retenus, et pour 52 d’entre eux, des tests de provocation au kiwi, en double aveugle contrôlé par placebo, ont été réalisés.
  • Les trois protéines majeures d’extraits de kiwi se liant aux IgE ont été isolées et caractérisées par séquençage d’acide aminé N-terminal, par la taille moléculaire et par analyse de glycosylation.
  • Le potentiel allergisant des trois allergènes de kiwi, de l’allergène Pers a 1 de l’avocat en tant qu’allergène modèle associé au syndrome latex-fruits, a été testé par quantification des IgE spécifiques, tests d’immunodétection et tests cutanés.

- Résultats :

  • Les allergènes isolés du kiwi ont été identifiés comme une actinidine (Act d 1), une thaumatine-like glycosylée (Act d 2) et une nouvelle glycoprotéine de 40 kDa désignée comme Act d 3,02.
  • Des IgE spécifiques vis-à-vis de chacun des trois allergènes ont été trouvées dans plus de 60% des sérums provenant de patients sensibilisés au kiwi, et Act d 1 et Act d 2 ont induit des réponses positives aux SPT chez plus de 50% des patients testés. -*Un lien significatif entre les niveaux d’IgE vis-à-vis de Act d 1 et de Act d 3 et l’anaphylaxie a été découvert.
  • Pers a 1, un allergène de l’avocat, a montré une prévalence de sensibilisation in vitro autour de 45%, mais une faible réactivité in vivo.

- Conclusions :

  • Act d 1, Act d 2 et Act d 3 sont des allergènes majeurs dans la population étudiée. —*Les symptômes sévères après ingestion de kiwi sont associés à des niveaux élevés d’IgE à Act d 1 et Act d 3.

Plus de 50% de la population étudiée (population issue de plusieurs régions d’Espagne) est IgE réactive à Act d 1, Act d 2 et Act d 3.

Les sujets allergiques au kiwi qui présentent des symptômes sévères après ingestion de ce fruit ont des niveaux d’IgE spécifiques élevés vis-à-vis d’Act d 1 et d’Act d 3.

Le texte intégral de la publication nous permet de savoir que les patients ayant présenté des réactions sévères au kiwi constituaient 25% des patients inclus dans l’étude.

L’allergie aux fruits et légumes est le type d’allergie le plus communément rencontré chez l’adulte.

Le Kiwi vert, Actinidia deliciosa, a été étudié dès les années 80, tandis que le kiwi doré, Actinidia chinensis, espèce taxonomiquement très proche de la précédente, est disponible depuis 1999.

L’allergie au kiwi peut être modérée, avec des symptômes locaux (essentiellement syndrome oral), dans le cadre d’une association avec une pollinose.

Elle peut aussi être, de façon non rare, responsable de réactions anaphylactiques sévères, et enfin, peut s’inscrire dans un syndrome latex-fruits.

Selon les auteurs, son évaluation objective est limitée par la qualité des outils commerciaux dont nous disposons, à la fois in vitro ( RAST produit) et in vivo (extrait diagnostic pour les tests cutanés).

C’est d’ailleurs tout l’intérêt de cette étude que de s’intéresser directement à la réactivité des sujets vis-à-vis de certains allergènes du kiwi.

Les allergènes du kiwi ont été étudiés très inégalement, notamment sous l’angle de leur pertinence clinique, et ne sont pas tous caractérisés :

  • Act d 1, c’est l’actinidine, une cytéine protéase papaïne-like de 30kDa, considérée comme un allergène majeur du kiwi.
  • Au Royaume-Uni, le scenario semble différent de celui observé en Espagne puisque Act d 1 n’a été reconnu par aucun des 76 sera issus de sujets sensibilisés au kiwi (Lucas JSA, Nieuwenhuizen NJ, Atkinson RG et al. Kiwifruit allergy : actinidin is not a major allergen in the United Kingdom. Clin Exp Allergy 2007 ; 37:1340–8).
  • Cette « discordance » peut nous faire réfléchir sur la notion d’allergène majeur, qui pourrait être redéfinie, car elle apparaît de plus en plus comme relative à de nombreux facteurs au premier rang desquels se situe très probablement le facteur géographique.
  • Act d 2 est une protéine thaumatine-like, de 22 kDa, dont la prévalence de réactivité reste discutée (à ce propos, soulignons combien une étude épidémiologique des prévalence des IgE-réactivités au niveau moléculaire en France, à l’image de ce qui a été réalisé en Espagne, nous permettrait de progresser dans notre démarche allergologique…)
  • Dans cette étude, deux formes d’Act d 2 ont été détectées : une forme majeure d’environ 20 kDa et une forme mineure d’environ 30 kDa.
  • La fréquence et le type de glycosylation des allergènes de la famille des thaumatines est toujours discutée, mais les auteurs de cette étude attirent notre attention sur le fait que, selon eux, cette caractéristique devrait être prise en compte dans la problématique de l’allergie au kiwi lié au syndrome pollens-fruits.
  • Act d 3, protéine de 45 kDa, qui, selon les auteurs, pourrait être une source de réactivité croisée entre le kiwi et d’autres aliments et pollens. Sa pertinence clinique reste à étudier.
  • Act d 4, cystatine de 11 kDa.
  • Act d 5, kiwelline de 28 kDa.
  • Act d 6, un inhibiteur de pectine méthylestérase.
  • Act d 7, une pectine méthylestérase.
  • Act d 8, une protéine Bet v 1-like.
  • Une chitinase de classe 1 de 41 kDa. Selon les auteurs un allergène homologue a bien été mis en évidence pour le kiwi doré, mais pas pour le kiwi vert…C’est la raison pour laquelle ces auteurs ont inclus l’étude de la réactivité vis-à-vis de Pers a 1, la chitinase de classe 1 de l’avocat, dont l’implication dans le syndrome latex-fruits est mieux connue.

12% (3 patients sur les 25 qui présentaient une co-sensibilité au latex) des patients testés ont montré des réponses positives au test cutané à Pers a 1, ce qui indique une faible réactivité in vivo, alors que 53% des 92 patients inclus avaient montré une IgE réactivité in vitro pour Pers a 1.

Les auteurs soulignent la nécessité d’étudier plus avant la pertinence clinique de la chitinase de classe 1 du kiwi dans la réactivité croisée latex-kiwi.

  • Une profiline

La mise en évidence et la caractérisation des allergènes nous permettent de faire le lien entre ce que nous observons en clinique et le mécanisme intime de la réaction immunitaire en cause.

Si les patients sont en contact avec des produits, c’est bien à certains allergènes de ces produits qu’ils réagissent lorsqu’ils sont allergiques à ces produits, et non au produit dans sa globalité.

Accéder à l’IgE réactivité des allergènes du produit permet de mieux comprendre les différentes facettes de l’allergie à un produit : il n’y a pas qu’une seule manière d’être allergique à un produit…

Ici les auteurs ont mis en évidence un lien entre une forte IgE réactivité vis-à-vis de Act d 1 et Act d 3 et le risque de réactions sévères.