Crache test : la sécurité du diagnostic avant tout !

mardi 25 mars 2008 par Dr Hervé Couteaux1464 visites

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Crache test : la sécurité du diagnostic avant tout !

Crache test : la sécurité du diagnostic avant tout !

mardi 25 mars 2008, par Dr Hervé Couteaux

La physiopathologie de l’asthme repose sur l’inflammation des voies aériennes. L’évaluation de cette composante essentielle de l’asthme, non ressentie par le patient et « non vue » par le médecin est l’objet de nombreux travaux, à la recherche d’un test simple et fiable. Alors, ils l’ont trouvé ?

Evaluation de l’inflammation des voies respiratoires en pratique clinique - expérience de l’analyse des expectorations spontanées. : Holz O, Seiler T, Karmeier A, Fraedrich J, Leiner H, Magnussen H, Joerrres RA, Welker L.

dans BMC Pulm Med. 2008 Feb 28 ;8(1):5

- Contexte :

  • En pratique pneumologique, l’évaluation de l’inflammation des voies aériennes pour le diagnostic de l’asthme ou des BPCO est encore rare.
  • À cet égard, la mesure de l’oxyde nitrique (NO) expiré, une méthode simple et rapide, est de plus en plus utilisée.
  • L’évaluation indirecte de l’inflammation des voies respiratoires a toutefois ses limites et, par conséquent, il y aura toujours un besoin de méthodes permettant une évaluation directe de la composition en cellules inflammatoires des voies aériennes.
  • L’analyse de l’expectoration spontanée est bien connue, simple, économique et c’est une méthode non invasive permettant une déduction de la cytologie qualitative des voies respiratoires.
  • Notre objectif ici est d’évaluer la valeur de l’examen cytologique de l’expectoration spontanée en pratique clinique.

- Méthodes :

  • Trois pneumologues ont fourni des diagnostics pour 481 patients ayant eu une cytologie d’expectoration et nous avons rétrospectivement (postérieur versus antérieur) déterminé les probabilités de troubles inflammatoires des voies respiratoires.
  • De plus, dans une partie prospective incluant 108 patients, les pneumologues ont évalué leur confiance dans le diagnostic antérieur à la cytologie et dans le diagnostic une fois les résultats de l’examen cytologique du crachat connu, et ont évalué sur une échelle analogique son impact sur le processus de diagnostic.

- Résultats :

  • Parmi les 481 patients, 45% ont été diagnostiqués comme ayant un asthme et / ou une hyperréactivité des voies respiratoires.
  • Si les patients présentaient une éosinophilie dans l’expectoration, la prévalence de ce diagnostic a été élevée à 73% (n = 109, p <0,001).
  • Le diagnostic de la BPCO a augmenté, passant de 40 à 66% chez les patients avec neutrophilie (n = 29, p <0,01).
  • 33 des 108 patients ont été exclus de la partie prospective (26 échantillons insuffisants, 7 questionnaires incomplets).
  • Dans 48 cas sur 75, la confiance en un diagnostic a été augmentée après connaissance de la cytologie du crachat, et dans 15 cas sur 75, le diagnostic a été modifié en raison de nouveaux indices fournis par la cytologie.

- Conclusions :

  • Nos données suggèrent que l’examen cytologique d’une expectoration spontanée est capable d’aider au diagnostic des maladies inflammatoires des voies respiratoires chez des patients en ambulatoire.
  • Malgré les limites d’une évaluation semi quantitative et des expectorations de qualité inférieure, les moyens et le faible effort économique que cela implique peuvent justifier l’utilisation de cette méthode, surtout si le diagnostic en question se pose dans un contexte d’allergie.

L’éosinophilie constatée lors de l’examen cytologique d’une expectoration spontanée a permis de diagnostiquer un asthme chez 351 patients sur 481 (soit 73% des patients) alors que, sans cet examen, le diagnostic d’asthme n’avait été porté que chez 217 patients sur 481 (45% des patients).

La neutrophilie constatée lors de l’examen cytologique d’une expectoration spontanée a permis de faire passer la fréquence du diagnostic de 40% (sans la cytologie de l’expectoration) à 66%.

Dans 20% des cas, le diagnostic a été révisé au vu des résultats de la cytologie de l’expectoration.

L’intérêt de ce test réside dans sa simplicité, il s’agit de recueillir une expectoration spontanée, mais le taux d’échec enregistré (24% d’échantillons de crachats insuffisants) est loin d’être négligeable.

Une cytologie réalisée sur une expectoration induite souffre évidemment moins de la qualité de l’échantillon recueilli…

Ce test de cytologie vient en complément des nombreuses publications concernant d’autres tests d’évaluation de l’inflammation bronchique, et notamment la mesure du NO expiré (plus de 1000 publications à ce sujet depuis 10 ans !).

La répétition de la mesure du NO expiré est un outil performant du contrôle de la maladie asthmatique, pouvant permettre au clinicien de mieux ajuster le traitement, que ce soit dans le sens d’un renforcement ou d’une décroissance, mais son inconvénient principal reste la difficulté de mise en œuvre de ce test.

D’autres voies sont possibles, comme l’ECP (Eosinophil Cationic Protein) ou d’autres médiateurs, la réalisation de condensats exhalés, mais le test idéal reste à trouver …