Pollution et sensibilisation allergique, pas si grave ?

mardi 13 mai 2008 par Dr Alain Thillay2242 visites

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Pollution et sensibilisation allergique, pas si grave ?

Pollution et sensibilisation allergique, pas si grave ?

mardi 13 mai 2008, par Dr Alain Thillay

Nombre d’études antérieures ne s’accordent pas pour savoir si oui ou non la sensibilisation allergique est liée au degré de pollution atmosphérique. Cette étude allemande tente de le faire à l’aide des données des études ECRHS I et II comparées à celle de la pollution des villes participantes.

Problème particulier du contexte urbain et sensibilisation allergique chez des adultes issus de l’ECRHS II. : Bedada GB, Heinrich J, Götschi T, Downs SH, Forsberg B, Jarvis D, Luczynska C, Soon A, Sunyer J, Toren K, Künzli N.

GSF-National Research Centre for Environment and Health, Institute of Epidemiology, 85764, Neuherberg, Germany

dans Int J Hyg Environ Health. 2007 Dec ;210(6):691-700

- Historique :

  • Des études épidémiologiques ont démontré la faiblesse ou l’incohérence des associations entre les polluants de l’air ambiant et la sensibilisation allergique.

- Objectif :

  • Le but de cette étude était d’évaluer si la pollution de l’air des zones urbaines peut expliquer en partie la grande variabilité de la prévalence de la sensibilisation allergique dans des villes participantes de l’European Community Respiratory Health Survey (ECRHS) II.

- Méthodes :

  • L’ECRHS est une enquête transversale lancée dans 29 pays à travers l’Europe dans les années 1990 (ECRHS I) avec un suivi effectué 10 ans plus tard (ECRHS II). -*Les caractéristiques des sujets ont été évaluées par questionnaires et par la mesure des IgE spécifiques sériques.
  • Les particules fines (PM (2,5), <2,5 µ) et le soufre sur PM (2,5) ont été mesurés dans 21 centres et les moyennes annuelles de la pollution de l’air des régions urbaines ont été calculées.
  • Les résultats ont été échelonnés par intervalles d’interquartile avec une augmentation des concentrations ambiantes de PM (2,5) (6,03 µg/ m3) et le soufre (1336 ng/m3).
  • Des équations d’estimation généralisée ont été appliquées pour calculer les estimations de l’effet moyen sur la population avec ajustement selon l’âge, le sexe, le tabagisme, l’éducation et le nombre de frères et soeurs.

- Résultats :

  • Une variation notable du niveau de pollution et de prévalence de sensibilisation allergique a été observée.
  • En outre, l’exposition à la pollution de l’air en milieu urbain n’était pas associée à une sensibilisation allergique (OR ajustés et 95% d’intervalle de confiance était 1,02 (0,95-1,09) pour les PM (2,5) et 1,08 (0,86-1 ,31) pour le soufre.
  • Ces associations statistiquement non significatives étaient sensibles à la spécification du modèle.

- Conclusions :

  • L’étude suggère que la pollution atmosphérique régionale mesurée en des sites fixes n’est pas associée à une sensibilisation allergique chez l’adulte dans ECRHS II.

Cette étude d’origine allemande a pour objectif de tirer au clair un problème important : la sensibilisation allergique est-elle liée à la pollution atmosphérique ?

ECRHS I est une étude multicentrique internationale (16 pays, 18 000 sujets) qui a permis d’évaluer les patients en 1991 (questionnaire, EFR, test à la méthacholine, IgE spécifiques). L’ECRHS II, 10 ans plus tard, a permis de réévaluer les mêmes sujets à l’aide des mêmes outils. Ici, les auteurs ont donc tenter de faire la corrélation sensibilisation allergique et niveau de pollution ambiante.

Les auteurs se sont entourés de toutes les précautions d’analyse statistique. On peut toutefois être critique sur le recours aux IgE spécifiques comme seul marqueur de l’allergie, on aurait préféré celles-ci et les tests cutanés.

Conclusion de l’étude, pas de lien significatif entre pollution et sensibilisation allergique. En d’autres termes, dans le cadre d’ECRHS I et II, les sujets qui, de 91 à 2001 ayant vécu dans des conditions de pollution atmosphérique notables, ne sont pas plus allergiques que ceux ayant vécu dans des conditions de salubrité atmosphérique.

D’autres études ont suggéré une relation entre pollution atmosphérique et expression clinique des maladies allergiques, comme la relation entre pics de pollution et crises d’asthme par exemple.

L’augmentation de la prévalence de la sensibilisation allergique semble plutôt liée à des facteurs environnementaux plus complexes au sens large du terme (mode de vie, environnement sanitaire, alimentation, tabagisme, etc…).