Rhinite et asthme le mauvais deal !

jeudi 22 mai 2008 par Dr Alain Thillay980 visites

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Rhinite et asthme le mauvais deal !

Rhinite et asthme le mauvais deal !

jeudi 22 mai 2008, par Dr Alain Thillay

De nombreux travaux rétrospectifs suggèrent très fortement un lien entre rhinite et sévérité de l’asthme. L’objectif de cette étude brésilienne prospective de suivi sur un an était de vérifier si la présence d’une rhinite compte tenu de sa sévérité est en corrélation avec la sévérité de l’asthme. Bien sûr, les critères ARIA ont été retenus ici.

L’absence de contrôle de l’asthme sévère est associée à une rhinite modérée à sévère. : Ponte EV, Franco R, Nascimento HF, Souza-Machado A, Cunha S, Barreto ML, Naspitz C, Cruz AA.

Universidade Federal da Bahia - Programa de Pós Graduação em Medicina e Saúde, Rua Padre Feijó, Canela, Salvador, Bahia, Brazil

dans Allergy. 2008 May ;63(5):564-9.

- Contexte :

  • Des études rétrospectives ont fourni la preuve que la rhinite est associée à une plus grande sévérité de l’asthme.

- Objectif :

  • L’objectif de cette étude était d’évaluer prospectivement si la rhinite est un facteur prédictif de l’augmentation de la sévérité de l’asthme.

- Méthodes :

  • Cinq cent cinquante-sept patients souffrant d’asthme sévère ont été enrôlés.
  • Pendant l’année de suivi, chaque patient a été évalué tous les 3 mois, au moyen de l’enregistrement des visites en urgence et de la fourniture de corticostéroïdes topiques pour l’asthme et la rhinite.
  • Pendant l’année de visite de suivi, les patients ont été contrôlés pour le diagnostic de rhinite, sa sévérité et les réponses aux questionnaires des symptômes de l’asthme et de la qualité de vie.

- RÉSULTATS :

  • Quatre-vingt-deux patients (15%) n’avaient pas rhinite, 299 (54%) avaient une rhinite légère et 176 (31%) une rhinite modérée à sévère.
  • Dans des modèles de régression logistique, la rhinite modérée à sévère est un facteur prédictif des visites en urgence dans la période de suivi [3,83 (2,00-7,35)], de la présence d’un asthme non contrôlé après 1 an de suivi [12,68 (1,73 - 92,85)], d’une amélioration <10% de l’obstruction des voies respiratoires [2,94 (1,48-5,85)] et de la réduction du nombre de visites en urgence <50% [2,90 (1,02-8,26)] dans l’année de suivi.
  • La présence d’une rhinite modérée à sévère a également été associée à une chance inférieure de plus de 90% de réduction du nombre de visites en urgence dans l’année de suivi [0,27 (0,12-0,60)].
  • Dans un modèle de régression multiple linéaire, la gravité de la rhinite est positivement corrélée au score de sévérité de l’asthme et inversement corrélée à l’indice de qualité de vie.

- CONCLUSIONS :

  • Dans la population ayant un asthme sévère, une rhinite modérée à sévère est un facteur prédictif puissant d’une plus grande sévérité de l’asthme.

Cette étude brésilienne (Université de Bahia) est intéressante à plus d’un titre.

Comme le signalent les auteurs, de nombreuses études rétrospectives ont suggéré un lien fort entre présence d’une rhinite et sévérité de l’asthme.

Ici, premier point d’intérêt, il s’agit d’une étude prospective de suivi sur un an. Les patients sont vus tous les 3 mois ce qui permet d’évaluer assez précisément la relation entre la présence d’une rhinite et de son degré de sévérité avec la sévérité de l’asthme.

Ainsi, l’étude recrute 557 patients asthmatiques dont on suit la sévérité en corrélation avec la sévérité de la rhinite en reprenant les critères ARIA.

Les résultats sont clairs. La présence d’une rhinite modérée à sévère est un facteur prédictif du recours aux urgences, d’un asthme non contrôlé après un an de suivi, d’une amélioration inférieure à 10% de l’obstruction des voies respiratoires. Ainsi, la rhinite est corrélée positivement à la sévérité de l’asthme et inversement corrélée à la qualité de vie.

Ce travail prospectif confirme bien l’ensemble des travaux rétrospectifs, c’est le deuxième point important.

Il est un peu dommage que les auteurs ne soient pas allés un peu plus loin en reprenant les conclusions d’un travail espagnol (lire l’article 3430) qui permet de faire le distinguo entre rhinite modérée et rhinite sévère, toujours au travers des critères d’ARIA, (1, 2 ou 3 items sévérité, c’est une rhinite modérée, présence des 4 items de sévérité c’est une rhinite sévère). Peut-être aurions-nous eu une corrélation encore plus évidente ? Toutefois, l’article en question est paru dans le JACI en août 2007. Sans doute un peu juste pour en tenir compte.

En tous cas, cette étude est un argument de plus pour la prise en charge globale du patient asthmatique.