Les naso-corticoides coulent-ils dans les bronches ?

lundi 7 juillet 2008 par Dr Clément FOURNIER1943 visites

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Les naso-corticoides coulent-ils dans les bronches ?

Les naso-corticoides coulent-ils dans les bronches ?

lundi 7 juillet 2008, par Dr Clément FOURNIER

Le lien entre l’inflammation allergique des muqueuses nasales et respiratoire est globalement admis. Mais est-ce que le fait de traiter la rhinite allergique par naso-corticoides permet de diminuer l’inflammation des bronches ? Cette étude randomisée fait le point chez des enfants asthmatiques avec rhinite.

Effet des naso-corticoides sur l’inflammation des voies aériennes déterminé par le NO exhalé chez des enfants d’âge scolaire avec rhinite et asthme. : Pedroletti C, Lundahl J, Alving K, Hedlin G.

Department of Woman and Child Health, Karolinska Institutet, Stockholm, Sweden

dans Pediatr Allergy Immunol. 2008 May ;19(3):219-26

Chez les enfants d’âge scolaire allergiques aux phanères d’animaux et constamment exposés à ces allergènes dans leur environnement quotidien, la rhinite est banale.

Comme il a été proposé l’hypothèse d’un lien physiologique entre l’inflammation nasale et bronchique, l’objectif primaire de cette étude était de déterminer si une administration nasale de mométasone fuorate (MF) réduisait l’inflammation bronchique chez des enfants asthmatiques avec allergie aux phanères d’animaux et rhinite légère à modérée, en mesurant le niveau de NO exhalé (FeNO).

- 40 enfants de ce type étaient randomisés en 2 groupes de 4 semaines de traitement par MF ou placebo, en utilisant une procédure en double aveugle.
- La mesure de FeNO représentait le critère d’évaluation principal, des critères secondaires étaient également évalués (niveau de NO nasal, concentration de l’ECP (Eosinophil Cationic Protein) dans le lavage nasal, l’éosinophile sanguine, le VEMS, le DEP, et un score de symptômes).

- Il n’y avait pas de différence significative pour les valeurs de FeNO entre les groupes traitement et placebo.
- Le niveau nasal d’ECP était plus bas dans le groupe traité par comparaison au placebo (p = 0.05) à la fois au jour 7 et 28.
- Le niveau nasal d’ECP était plus bas par comparaison au jour 0 dans le groupe traité (p = 0.06 à J7, p = 0.02 à J28).
- En outre, l’éosinophilie sanguine diminuait dans le groupe traité, ainsi que les scores symptômes par rapport au placebo, mais aucune de ces différences n’étaient statistiquement significative.
- Le VEMS, le DEP, et le niveau nasal de NO ne variaient pas dans les 2 groupes de traitement.
- 4 semaines de traitement nasal par MF n’a pas d’effet sur l’inflammation bronchique, comme le reflète les valeurs de FeNO exhalé, bien que les signes d’activation éosinophilique nasale et sanguine soient réduits.

En conclusion, l’administration nasale d’un corticoides dans le cadre d’une stratégie visant à réduire l’inflammation asthmatique reste contestable dans les cas de rhinites et d’asthmes légers à modérés.


L’existence d’un continuum entre la rhinite allergique et l’inflammation bronchique de l’asthme est actuellement admise. 10 à 30% des patients avec rhinite allergique présenteraient une inflammation bronchique.

L’hypothèse actuelle pour expliquer ce continuum est celle d’une propagation de l’inflammation nasale aux voies respiratoires basses par la circulation systémique.

Cette étude a essayé de voir si le traitement de l’inflammation de la muqueuse nasale diminuait l’inflammation bronchique, cette dernière étant évaluée par la mesure du NO exhalé. Les résultats sont négatifs : pas de différence significative pour les valeurs de FeNO entre les groupes traitement et placebo.

Ces résultats sont à prendre avec réserve = l’effectif est restreint, 4 semaines de traitement est certainement un délai beaucoup trop court.

Mais cela rappelle une chose essentielle = bien que l’inflammation des muqueuses nasales et bronchiques soient étroitement liées au niveau physiopathologique, il faut traiter les 2 en même temps, le traitement de l’une ne permettant pas la guérison de l’autre.