Vacciner les bébés à haut risque atopique, dangereux ou pas ?

vendredi 21 novembre 2008 par Dr Alain Thillay4131 visites

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Vacciner les bébés à haut risque atopique, dangereux ou pas ?

Vacciner les bébés à haut risque atopique, dangereux ou pas ?

vendredi 21 novembre 2008, par Dr Alain Thillay

Les parents d’enfants atopiques peuvent s’interroger sur l’intérêt de pratiquer les vaccinations communes précoces. En effet, les manifestations atopiques s’expriment parfois dès le début de la vie concomitamment à la période des vaccinations. Cette étude multicentrique internationale tente d’y répondre de façon pertinente.

Vaccinations précoces de l’enfant et précocité de la maladie atopique. Existe-t-il un lien ? : C. Grüber 1 , J. Warner 2 , D. Hill 3 , V. Bauchau 4 , the EPAAC Study Group*

1 Department of Pediatric Pneumology and Immunology, Charité - Universitätsmedizin, Berlin, Germany ; 2 Department of Pediatrics, Imperial College (St Mary’s Campus), London, UK ; 3 Murdoch Children’s Research Institiute, Royal Children’s Hospital, Melbourne, Australia ; 4 UCB Pharma S.A., R&D, Clinical Epidemiology and Outcomes Research, Braine-l’Alleud, Belgium

dans Allergy
Volume 63 Issue 11, Pages 1464 - 1472

- Rappel des faits :

  • Les parents d’enfants à haut risque d’atopie s’interrogent souvent sur le bien-fondé des vaccinations précoces.

- Objectifs :

  • L’étude a évalué l’effet des vaccinations pratiquées avant le premier anniversaire sur la gravité de l’eczéma atopique et sur l’IgE réactivité spécifique dans la deuxième année de vie.

- Méthodes :

  • Un total de 2184 enfants, âgés de 1 à 2 ans, avec dermatite atopique avérée et ayant des antécédents familiaux d’allergie, a été recruté dans 97 centres de 10 pays européens, de l’Afrique du Sud et de l’Australie.
  • L’exposition aux différents types de vaccins (diphtérie, tétanos, coqueluche, poliomyélite, Haemophilus influenzae de type B, hépatite B, oreillons, rougeole, rubéole, varicelle, BCG, méningocoques et pneumocoques) ainsi que les dates de vaccination ont été enregistrées à partir des carnets de vaccination.
  • Le taux des immunoglobulines E (IgE) a été déterminé par RAST et la gravité de l’eczéma a été évaluée par le score de la dermatite atopique (SCORAD).

- Résultats :

  • La vaccination contre toute cible n’était pas associée à un risque accru d’IgE réactivité à des aéroallergènes ou trophallergènes.
  • La vaccination contre la varicelle (seulement 0,7% d’immunisés) était inversement associée à des IgE totales> 30 kU / L (OR 0,27 ; IC 95% 0,08-0 ,87) et à la gravité de l’eczéma atopique (OR 0,34 ; IC 95% 0,12-0,93).
  • La vaccination contre la coqueluche (seulement 1,7% non immunisés) était inversement associée à la gravité de l’eczéma atopique (OR 0,30 ; IC 95% 0,10-0,89).
  • Les doses cumulatives reçues de vaccins étaient inversement associées à la gravité de l’eczéma atopique (P = 0,0107).
  • Le taux de couverture vaccinale des enfants avant et après l’apparition de la dermatite atopique était similaire.

- Conclusion :

  • Chez les enfants à risque accru d’atopie, les vaccinations communes de l’enfant de la première année de vie ne sont pas associées à un risque accru de sévérité de la dermatite atopique ou d’IgE réactivité spécifique.
  • Les parents d’enfants atopiques doivent donc être encouragés à faire pratiquer les vaccinations précoces communes.

La théorie hygiéniste est passée par là avec son lot d’incompréhensions.

Les anti-vaccinations de tous poils ont vite fait, avec les approximations habituelles, d’enfourcher cette monture pour faire craindre aux parents que la vaccination en général augmente le risque d’expression de l’atopie. On peut toujours leur rétorquer que la vaccination est un mimétisme d’infection et que le système immunitaire se doit de « travailler » tout de même. Ainsi, théoriquement, les vaccinations courantes de la petite enfance ne peuvent pas favoriser l’atopie.

Cette étude se propose justement de prouver si oui ou non il existe un lien entre les manifestations atopiques précoces et les vaccinations.

Il s’agit d’une grande étude multicentrique internationale comptant 2184 sujets.

Deux critères d’atopie ont été considérés, l’évaluation de la sévérité de la dermatite atopique par le SCORAD pour la première année de vie et, pour la seconde année, la recherche d’une IgE réactivité spécifique d’aéroallergènes ou de trophallergènes par les RAST. C’est sûr, nous aurions préféré des tests cutanés avec des aliments natifs. Toutefois, cela aurait compliqué l’étude.

Les résultats sont clairs. Les enfants qui ont reçu, dans la première année de vie, les vaccinations courantes, n’ont pas plus de risque de développer une IgE réactivité spécifique des aéroallergènes ou trophallergènes dans leur deuxième année.

Pour les vaccins contre la coqueluche et contre la varicelle, il n’existe pas de risque associé d’aggravation de la dermatite atopique. Il en est de même si on tient compte des doses accumulées des différents vaccins.

Les résultats de ce travail s’ajoutent donc à ceux d’études antérieures pour confirmer l’innocuité des vaccinations classiques du nourrisson à haut risque atopique.

Les Allergologues avaient bien ce sentiment de façon intuitive, mais donc spéculative, là, ils ont des arguments objectifs à opposer aux parents inquiets.
Ce qu’il fallait démontrer.