Plus on tète, plus les poumons sont gros !

mardi 9 décembre 2008 par Dr Alain Thillay893 visites

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Plus on tète, plus les poumons sont gros !

Plus on tète, plus les poumons sont gros !

mardi 9 décembre 2008, par Dr Alain Thillay

Un grand nombre d’études ont fortement suggéré les bénéfices de l’allaitement maternel sur la santé : prévention des infections, de l’allergie, de l’obésité et d’autres encore. Pour les auteurs américains de cette étude, les choses ne semblent pas aussi nettes pour ce qui est de la prévention de l’asthme dans l’enfance. Parviendront-ils à nous convaincre ? A vous de faire votre opinion.

Effet de la durée de l’allaitement maternel sur la fonction pulmonaire à l’âge de 10 ans : une étude prospective de cohorte de naissance. : Ogbuanu IU, Karmaus W, Arshad SH, Kurukulaaratchy RJ, Ewart S.

Epidemiology & Biostatistics, University of South Carolina, United States.

dans Thorax. 2008 Nov 10

- Introduction :

  • Les effets protecteurs de l’allaitement maternel sur les infections respiratoires du début de vie sont établis, mais les rapports sont contradictoires quant à la protection vis-à-vis de l’asthme à la fin de l’enfance.
  • Nous avons évalué l’association de la durée de l’allaitement maternel et de la fonction respiratoire à l’âge de 10 ans.

- Méthodes :

  • Dans une cohorte de naissance (n = 1456) de l’île de Wight, nous avons évalué de façon prospective les pratiques d’allaitement maternel et sa durée, à la naissance et lors des visites de suivi à 1 et 2 ans.
  • La durée de l’allaitement maternel a été catégorisée comme :
    • non allaités (n = 196) ;
    • <2 mois (n = 243) ;
    • entre 2 et <4 mois (n = 142)
    • et « > = 4 mois »(n = 374).
  • La fonction respiratoire a été mesurée à l’âge de 10 ans (n = 1033) :
    • capacité vitale forcée (CVF) ;
    • volume expiratoire maximal à la première seconde (VEMS) ;
    • rapport VEMS/CVF ;
    • et débit expiratoire de pointe (DEP).
  • Les antécédents maternels d’asthme et d’allergie ont été évalués à la naissance.
  • Nous avons analysé l’effet de l’allaitement maternel sur la fonction respiratoire à l’aide de modèles linéaires généraux ajustés en fonction du poids de naissance, le sexe, la taille et le poids, le statut social de la famille et l’éducation maternelle.

- Résultats :

  • Comparativement à ceux qui n’ont pas été allaités, la CVF était augmentée de 54,0 + / - 21.1 ml (p = 0,001) ; le VEMS de 39,5 + / - 20,1 ml (p = 0,05) et le DEP 180,8 + / - 66,1 ml (p = 0,006) chez les enfants qui ont été allaités pendant au moins 4 mois.
  • Dans les modèles concernant le VEMS et le DEP ajustés en fonction de la CVF, l’effet de l’allaitement maternel a été retenu uniquement pour le DEP (p = 0,04).

- Conclusions :

  • L’allaitement maternel pendant au moins 4 mois renforce le volume pulmonaire chez les enfants.
  • L’effet sur les débits semble être lié par les modifications du volume pulmonaire.
  • D’autres études sont nécessaires pour élucider les mécanismes qui déterminent ce phénomène.

Cette étude prospective de cohorte de naissance est d’origine américaine. Elle a l’intérêt de tenter de mettre en relation la durée de l’allaitement maternel et l’existence d’un asthme à l’âge de 10 ans.

En fait, les résultats ne sont pas aussi probants qu’espérés puisqu’il faut un minimum de 4 mois d’allaitement maternel pour voir une amélioration essentiellement au niveau volumétrique ; l’effet sur les débits étant plutôt en rapport avec l’augmentation du volume respiratoire.

Ainsi, on pourrait dire que l’allaitement maternel permet sans doute plus un meilleur développement de l’ensemble des poumons.

Les auteurs suggèrent la nécessité d’autres études pour expliquer ce phénomène.

Qu’en est-il du bénéfice sur la santé de l’allaitement maternel ? Les publications sont nombreuses pour montrer des retombées positives sur différents facteurs.

Ainsi, la prévention des maladies infectieuses a été mise en évidence par le rôle joué par les IgA sécrétoires mais aussi par différents agents qui permettent d’améliorer la trophicité de la muqueuse digestive du nourrisson et donc de mieux lutter contre les infections digestives.

D’autres bénéfices sont mis en exergue, certes plus discutés, comme la prévention du risque cardio-vasculaire, encore plus débattu, la prévention du diabète de type I, la prévention de la maladie coeliaque, leucémies, cancer, SEP et maladies inflammatoires du tube digestif.

Plus intéressant dans le cadre de cette étude, c’est le rôle préventif sur l’obésité. Nombre d’études ont mis en évidence un effet protecteur au moins jusqu’à l’enfance et l’adolescence. Nous savons tous qu’il existe un lien entre asthme et obésité, lien semble-t-il s’exerçant dans la réciprocité.

Encore plus près de nous, la prévention des allergies. Gdalewich en 2001, dans une méta-analyse reprenant les résultats de 18 études prospectives pertinentes, montrait bien une diminution du risque de dermatite atopique chez le nourrisson à risque. Outre, les théories immunologiques, il semble que l’effet retardant de l’allaitement maternel sur la diversification alimentaire soit important.

Enfin, le même auteur, la même année, pratiquait une méta-analyse regroupant 12 études ayant trait à l’effet préventif de l’allaitement maternel exclusif d’une durée d’au moins 3 mois sur la diminution du risque d’asthme dans la population générale mais plus net en cas d’atopie familiale.

A mon sens, l’effet protecteur de l’allaitement maternel sur l’asthme doit s’intégrer dans une action multifactorielle, multifocale, -une action d’ensemble, pas l’effet protecteur sur les infections, les allergies, l’obésité.

Encourageons donc nos patientes à allaiter !